Un 25 juillet, il y a dix ans
j’étais convoquée chez l’Ambassadeur de France qui m’annonçait la bouche en
cœur que j’étais mise à pied pour avoir critiqué à la fois Sharon et Moubarak
et pour avoir fait « l’apologie du terrorisme »
Bibi : « Monsieur
l’Ambassadeur, c’est la France qui m’a appris à critiquer et à écrire comme j’écris.
Vous croyez que c’est dans mon pays qu’il y aurait Le Canard Enchaîné ?
Vous croyez que c’est dans mon pays que j’aurais appris la liberté
d’expression ? Je ne savais pas à l’époque que la patrie des droits de
l’homme avait deux poids et deux mesures (au minimum) mais tout compte fait je
viens naïvement de découvrir que certains systèmes (tous pervers d’ailleurs)
étaient inattaquables et qu’il fallait reléguer ses principes là où je pense…..
L’Inspecteur Général qui se
déplace pour virer des ambassadeurs a
été légèrement surpris lorsque j’ai ouvert la porte des WC et qu’il y était
confortablement installé…Juste 10 minutes avant l’inspection la dernière chose
que j’aurais aimé voir était le postérieur de ce respectable représentant des
Affaires Etranges.
Je croyais encore que mon épais
dossier de défense allait servir, en fait non, je dérangeais encore et
toujours…Avec l’âge je me suis assagie mais personne ne veut le croire.
Le 1er août je pense
que je vais reprendre mon travail, le 17 septembre je comprends que le paquet
encombrant va aller à la Bibliotheca, le 10 octobre je suis autorisée à revenir
sur les lieux en tant que syndicaliste…J’avoue que la bibliothécaire était
beaucoup moins dangereuse mais ainsi est faite la vie.
10 ans après je me souviens
encore de ce virus qui m’a fait reformater tout le disque dur de ma vie. Tout
compte fait, c’était bien que cette vie là s’arrête car j’ai appris bien des
choses depuis…
J’ai appris que Freud était un
bonhomme formidable et que ses découvertes allaient transformer cette petite
Nazly qui stoïquement était partie dans la vie pour combattre l’injustice.
La reconnaissance n’arrive que
quand on arrête de l’attendre et qu’on ne se coupe plus en quatre pour
« plaire » aux autres.
Et à ce moment du texte le cher
Pierre Augustin Caron intervient pour m’applaudir et dire :
« Loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là,
aidant au bon temps, supportant le mauvais,
me moquant des sots, bravant les méchants, riant de
ma misère et faisant la barbe à tout le monde... »