Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








jeudi 15 septembre 2011

Moi qui croyais ne plus écrire !

Ca faisait très longtemps que je n’avais pas eu envie de dire « je vais faire un texte » et pourtant ce 12 février 2009 (avant le vendredi 13 heureusement) je prends le train pour aller à la capitale infernale de l’Egypte. Un peu assommée par le manque de sommeil et par l’achats de deux billets qui n’ont servi à rien et le paiement d’un troisième in extremis je ne me rends pas trop compte de la « froidure » qui règne dans le wagon de ce train autrefois qualifié d’espagnol. Ne voyez là aucun clin d’œil ibérique, voyez simplement une garantie des railways d’Egypte que toute autre nationalité hormis l’égyptienne arrive à l’heure. Bon bref, ce n’est pas notre propos. Notre propos c’est le retour dans le même train qualifié d’espagnol (encore)
Je suis au téléphone, ce qui est pléonasme concernant ma modeste petite personne. Pendant une heure une amie me « mange les oreilles » comme dirait l’autre et je m’aperçois à peine qu’un vent glacial commence à pénétrer mes pauvres bras devenus graisseux et autrefois maigres.
Au même instant, je vois un jeune homme, vêtu d’une chemise grise (style balzacien : moi, pas la chemise) qui se penche vers un passager du train, qui lui chuchote aimablement des choses en tenant à la main quelque chose qui ressemble à une poignée de porte, puis il traverse élégamment le wagon avec un sourire qui se voudrait charmeur mais qui n’est que niais. Arrivé à ma hauteur, une communication supranaturelle s’établit entre nous et je comprends que c’est le technicien de la climatisation.
Oui oui vous avez bien lu, je ne me suis pas trompée, ce n’est pas le chauffage c’est la climatisation, en février, avec 18 °degrés à l’extérieur, des pulls, des écharpes, des manteaux …. Mais climatisation quand même.
Avec ma superbe naïveté d’égyptienne qui s’entête à ne pas comprendre les rouages mystérieux qui régissent ce pays, je me lève, portable à la main et je lui dis :
-          Attendez, j’ai bien compris, il y a  la clim dans ce train
et il me répond avec un clin d’œil malin, « Je vais la baisser »
et je lui rétorque soulagée « ah oui s’il vous plaît, sauf erreur de ma part, nous sommes en février »
Quelques minutes passent, je suis toujours au téléphone et je recommence à sentir le même souffle glacial (je suis dans les polars actuellement pour raisons de thèse)
Le souffle glacial me dérange donc et je me lève pour chercher le jeune homme charmant à la chemise grise. Je le trouve devant les WC qui par un hasard extraordinaire se trouvent juste en face de l’énorme armoire abritant des centaines de petits interrupteurs et que l’on ouvre avec la poignée de porte qui eut l’audace de traverser le wagon au bout de celui que j’appelais le technicien de la climatisation.
Parmi ces centaines de petits interrupteurs il y en avait un qui m’intéressait : celui de la clim ; j’avais l’outrecuidance d’avoir froid en février dans un train dont le billet m’a coûté 50 livres (tous pourboires compris)
Celui que j’appelle encore le jeune homme à la chemise grise est là avec son sourire voulu séducteur mais imbécile.
J’entame à nouveau la conversation (celle-ci étant intacte) avec lui :
Vous avez remis la clim ?
  • Si j’éteins la clim il fera trop chaud
  • Mais cher Monsieur nous sommes dans la saison hivernale qui comprend si je ne m’abuse le mois de février
  • Ce n’est pas possible d’éteindre complètement la clim je l’ai baissée et cela suffit
(Changement de ton de part et d’autre)
Ah oui et qui est-ce qui décide si ça suffit ou pas ?
  • moi
Et vous êtes qui ?
  • je travaille ici
C’est quelqu’un de responsable qui vous a demandé ça ou c’est de votre propre initiative ?
  • de quoi vous vous mêlez ?
Aie Aie Aie, on dérape là et je commence à hausser ce ton qui en dérange plus d’un !
Ecoutez, j’ai payé un billet et j’estime avoir le droit de ne pas avoir froid en février à cause de la climatisation
  • je suis responsable et c’est moi qui m’en occupe
Peut-être alors on pose la question aux autres voyageurs ?
Le Wagon contenant une soixantaine d’êtres humains (je suppose) dont 57 êtres masculins ; 1 dame normale et une dame voilée et bibi est en émoi mais en émoi tranquille. Ca voudrait dire qu’à peu près 50 personnes une centaine de paires d’yeux (je n’ai pas compté les borgnes, les non-voyants, les endormis et les téléphoneurs) sont tournés vers moi et celui que jadis j’appelais le jeune homme à la chemise grise et qui maintenant s’appelle maintenant le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été.
Ils sont encore silencieux, à leur regard je dénombre une quarantaine de machos et une dizaine d’abrutis
A leur regard, je comprends, c’est quoi cette nana hystérique qui a froid et qui engueule le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été ? C’est vous dire si l’hostilité est ambiante
  • Vous voulez qu’on éteigne la clim ? harangue la foule le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été.
Je suis dans l’expectative où me rejoint un bonhomme de type maffieux qui discutait le bout de gras avec son copain debout devant moi.
 Il était 20 heures et des poussières et le monsieur arborait de superbes lunettes de soleil lui donnant un air légèrement maffieux teinté de ridicule (l’air pas les lunettes)
  • Pourquoi vous ne mettez pas votre manteau ? car il a admirablement déduit que ce truc noir suspendu à côté de mon siège et fabriqué en laine devait être mon manteau
Je fulmine intérieurement et grande dame ne répond pas
J’attends les résultats du référendum. Vous aussi je suppose ?
Eh bien ? Vous ne connaissez pas l’Egypte ? 50 mecs qui se taisent et une nana qui parle, vous croyez que c’est normal ? une nana qui agresse (allez-y c’est la mode, la jardilliaire me l’a déjà faite) le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été. ? une nana qui hausse le ton (ça aussi c’est pas bien du tout) ?
Résultats : ils hochent la tête en disant n’éteignez pas la clim.
Paf dans mes gencives !
Le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été me regarde d’un air victorieux, commence à pavaner dans le wagon et s’incline devant un monsieur barbu qui doit lui dire : qu’est-ce qu’on ne doit pas entendre, c’est une nana et c’est un pécher d’entre sa voix.
Deux gros rigolent avec lui et moi je rumine ma défaite.
C’est alors que le maffieux teinté de ridicule me répète d’un ton goguenard : mettez votre manteau »
Et c’est alors mes enfants qu’il se prend la plus méprisante et la plus glaciale des réponses de sa vie de macho :
  • Toi Coco, tu ne te mêle pas, on ne t’a pas demandé ton avis, au lieu de te mêler de ce qui ne te regarde pas et de bavarder debout avec ton copain et de déranger ma lecture (alors que je téléphonais) tu devrais gagner ta place illico presto
Mon souffre-douleur qui en a pris pour tout le monde est stupéfait mais trouve la force de me répondre :
« Doucement pourquoi vous criez ?» (Cette phrase qui a l’air anodine comme ça est devenue la devise passe-partout de l’Egypte moderne et fera l’objet d’un texte prochain)
Je ne criais pas encore et c’est là pour lui montrer la différence que je hurle :
TA GUEULE
Coup de théâtre !!!
le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été est abordé par un petit monsieur que j’avais mal classé dans mes catégories arbitraires, subjectives et fières de l’être, un petit monsieur barbichu qui hausse le ton (lui aussi) et dit :
  • Qu’est-ce que vous avez tous ? en hiver on met le chauffage pas la clim
Dieu du ciel, je croyais (comme Dupont pour les mirages : vous ne lisez pas tintin ? c’est dommage) qu’on les avait supprimés !
Je bondis de ma place en ayant la ferme intention d’embrasser ce monsieur sur les deux joues et de le serrer contre mon cœur ulcéré par l’injustice de la foule.
La traversée du wagon calme mes ardeurs et je me penche, je lui serre la main et je déclame :
Cher Monsieur, heureusement que vous existez sinon je me serai crue folle comme en est convaincu la totalité de ce wagon.
Ce cher barbichu n’était donc ni borgne, ni aveugle, ni abruti, ni macho, ni voilé…Il y en a de moins en moins en Egypte !

La parole s’en va, l’écrit reste…



Les plumes, on les perd, on nous les casse, on les encense, on les récompense et on les punit.
A l’école nous avons appris à lire et à écrire. Nous avons écrit des choses qui nous étaient demandées. Nous avons écrit des pages et des pages dont ne nous sommes peut-être pas  souvenus. Nous avons tenté de mettre des signes noirs sur une feuille blanche. Certains étaient à l’aise à l’oral, d’autres l’étaient plus à l’écrit. L’oral a toujours terrorisé plus que l’écrit. Les affres de la feuille blanche étant certainement plus supportables que les intimidations du jury de l’oral.
Ceux qui ont fait de l’écrit leur métier ont dû mettre dans la balance, le positif, le négatif et tout ce qui s’en suit.
Ceux qui ont fait de l’écriture leur moyen d’expression avaient certes des raisons de le faire.
Ceux qui ont fait de l’écrit leur canal d’expression étaient peut-être trop francs, trop téméraires.
Ceux qui ont lu ont jugé : ils aiment, ils n’aiment pas, ils interdisent, ils menacent, ils répriment.
Une chose est certaine, c’est qu’on peut écrire sans danger mais gare à ceux qui écrivent pour déranger.
Ceux qui écrivent sont courageux, ceux qui sont dérangés sont faibles, ceux qui répondent sont courageux, ceux qui punissent sont INQUALIFIABLES

jeudi 1 septembre 2011

La Pieuvre (2006)


Des dangers du tentaculaire…

Pieuvre :Je t’aime beaucoup
Victime 1 : Moi aussi
Pieuvre :Mais toi tu ne m’aimes pas comme je t’aime
Victime 1 : Pourquoi dis-tu ça ? C en’est pas vrail

La victime 1 essaye de se justifier

Pieuvre :Tu ne m’a pas téléphoné
Vicime 2 : Excuse-moi j’étais occupé (e)
(la pieuvre fait la moue)
Victime 2 : Tu es fâché (e)
Pieuvre (boude) : Non
Victime 2 : Ne m’en veux pas je t’en prie
Pieuvre (boude toujours) : D’accord

La victime 2 tentera par tous les moyens de se racheter

Pieuvre :Quelles nouvelles ?
Victime 3 : Bah…
Pieuvre :Comment va machin ? Bidule est revenu ?  Trucmuche est réconcilié avec machinchouette?
Victime 3 : Machin va bien. Bidule revient demain. Trucmuche et machinchouette sont toujours fâchés.
Pieuvre :Pourquoi tu ne m’a pas raconté ?
Victime 3 (sérieusement embêté) : euh…j e n’y ai pas pensé
Pieuvre :et pourtant moi je te raconte tout : la maladie de ma tante, le divorce de ma voisine, les rhumatismes de ma cousine, les problèmes d’argent de l’épicier, l’échec scolaire du fils de mon amie, les dettes de mon beau-frère…Des tas de choses très intéressantes dont tu ne saurais absolument pas te passer
Victime 3 : Euh…(tout bas) mais je ne veux pas savoir moi tout ça
(tout haut ) oui oui bien sûr, la prochaine fois j’essayerai de faire mieux


Pieuvre :J’ai besoin de queues de cerises
Esclave 1 : j’y cours
Pieuvre : j’ai besoin d’une marque de bonbons qu’on ne trouve qu’à 50 kilomètres
Esclave 2 : j’y vole
Pieuvre :j’ai besoin de transporter 3 tonnes de riz à l’étranger
Esclave 3 : D’accord

L’esclave 1 est reconnaissant parce que la pieuvre l’a aidé à ouvrir un compte en banque
L’esclave 2 veut faire plaisir à la pieuvre qui est tellement gentille avec lui
L’esclave 3 ne se pose même pas la question pourquoi devrait-il transporter 3 tonnes de riz ? C’est tellement normal de demander ça…


Pieuvre :Je veux te raconter quelque chose
Victime 4 : oui
Pieuvre : Il est venu à 16 heures, il m’a dit bonjour, je lui ai répondu à 16h il faut dire bonsoir il a rétorqué je suis libre de dire ce que je veux alors moi j’ai trouvé qu’il était mal élevé et je le lui ai fait remarquer il n’était pas content du tout et m’a crié de me mêler de mes affaires
Qu’en penses-tu ?
Victime 4 : Euh…c’est peut-être son affaire de dire bonjour ou bonsoir
Pieuvre : Oui mais quand il s’adresse à moi, « ch’peupa » accepter
Victime 4 : Pourquoi lui dire qu’il est mal élevé
Pieuvre : Parce qu’il l’est, je ne comprends pas pourquoi tu le défends. Tu n’es pas mon ami ? Tu dois toujours dire que j’ai raison et que les autres ont tort. C’est ça l’amitié
Victime 4 : je peux aller faire pipi ?
7 mois, 18 jours et 3 heures après
Pieuvre : tu te souviens du jour où je t’ai demandé s’il fallait dire bonjour ou bonsoir. Tu as aveuglément pris la défense de la personne qui m’a manqué de respect. Tu vois moi je suis très triste parce que si quelqu’un te disait bonsoir au lieu de te dire bonjour moi je n’aurais pas peur de lui dire la vérité. Mais toi… c’est décevant, je suis déçue, terriblement déçue

Et la victime 4 passera le restant de ses jours à s’excuser de cette déception, à culpabiliser à se mordre les doigts alors qu’elle n’a rien à faire dans l’histoire.


Pieuvre : (d’une voix basse et d’un ton conspirateur) Viens, j’ai un truc à te dire…
Victime 5 : oui
Pieuvre : les pantalons bleus ne sont plus à la mode. Tu fais plouc !
Victime 5 : Euh…je l’aime bien pourtant ce pantalon
Pieuvre : tu es mon amie et je veux ton bien, moi à la limite je le trouve très bien mais c’est les autres…
Victime 5 : Les autres ?
Pieuvre : (avec une moue dégoûtée) Eh oui tout le monde en parle..
Victime 5 : Ah bon ? tout le monde ? qui par exemple ?
Pieuvre : ah non ça « ch’peupa » te dire, tu sais je n’aime pas semer la zizanie. Par contre pour ton bien, je te conseille de ne plus mettre ce pantalon bleu, d’ailleurs….
Victime 5 : quoi
Pieuvre : Non non rien
Victime 5 : Mais si mais si dis-moi !
Pieuvre 5 : Non après tu risques de dire que je me mêle de ce qui ne me regarde pas
Victime 5 : mais puisque je te dis ! vas-y
Pieuvre : les pantalons de manière générale ne te vont pas du tout. Il te faut faire un régime. Enfin moi je dis ça parce que je ne veux pas que tu aies l’air moche !
Victime 5 : Merci

Et la victime 5 n’osera jamais dire à la pieuvre qu’elle ne s’est pas regardée dans un miroir et qu’il y aurait un roman-fleuve à écrire sur sa tenue…mais bon ! Harcèlement quand tu nous tiens !

Pieuvre : Bonjour ma chérie, tu vas bien ? et ta maman , et ton papa ? et tes voisins. Si tu as le temps, viens papoter avec moi.
Victime 6 (pressée) :d’accord, je finis un truc et j’arrive
Pieuvre : attends, juste une seconde… ton t-shirt est très bien tu l’as acheté où
Victime 6 : euh..dans une boutique, je ne sais plus où..
Pieuvre : oh la la c’est dommage, j’en voudrais bien un
Victime 6 : je finis un truc et j’arrive
Pieuvre : d’accord , d’accord
La victime 6 oublie l’affaire, rentre chez elle et il se passe quelques jours avant qu’elle ne remette le T-Shirt en question et tombe sur la pieuvre
Pieuvre : Ah …c’est le fameux T-shirt, tu ne peux vraiment m’expliquer où c’est ?
Victime 6 : Tu vois c’est la rue qui part en perpendiculaire….
Pieuvre : ah non je pourrai jamais y aller toute seule. Si tu m’avais dit plus tôt
Victime 6 : je ne me souvenais vraiment pas
Pieuvre : Et je ne peux pas te donner l’argent et toi tu me l’achètes ?
Victime 6 (assommée par la culpabilité) oui oui bien sûr. Je te l’achète et tu me rembourseras
Victime 6 sait que si elle prend l’argent elle aura droit à trois fois par jour : et le T-shirt, enfin , prends ton temps, rien ne presse, ….
Victime 6 achète le T-shirt, ne veut pas être remboursée et ne veut plus en entendre parler. Elle a même jeté par la fenêtre son propre T-Shirt

Pieuvre : Mon coiffeur est en voyage
Victime 7 : Ah ?!
Pieuvre : il rentre jeudi
Victime 7 : Ah ?!
Pieuvre : Tu l’appelleras ?
Victime 7 : Moi ?!
Pieuvre : Oui ça lui ferait plaisir
Vendredi
Pieuvre : mon coiffeur est rentré.
Victime 7 : ah ? !
Pieuvre : Tu ne l’as pas appelé ?
Victime 7 : Non
Pieuvre : Tu vas le faire ?
Victime 7 : Oui oui bien sûr
Un mois après
Pieuvre : mon coiffeur repart en voyage
Victime 7 : Ah ?!
Pieuvre : Tu vas lui faire tes adieux ?
Victime 7 : Moi ? Euh…Pourquoi pas ?
Pieuvre : Ca lui ferait plaisir. Il ne t’oublie jamais tu sais…Il a toujours une petite pensée pour toi
Victime 7 (prend son courage à deux mains et à voix basse) Oui mais moi je ne le lui ai rien demandé…
Pieuvre : Enfin tu fais ce que tu veux, moi je trouve que c’est ingrat de ne pas reconnaître la générosité de mon coiffeur qui propose toujours son aide qu’on la lui demande ou pas
Victime 7 : Ne te fâche pas, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…

El la victime 7 n’osera jamais dire qu’elle s’en fiche du coiffeur, de ses cadeaux et de ses services, qu’elle le trouve ridicule et qu’elle a mieux à faire !

Pieuvre :Je m’ennuie
Victimes : C’est contrariant
Pieuvre : je m’emmerde
Victimes : Pourquoi ?
Pieuvre :Je m’embête comme un rat mort
Victimes : Ah bon
Pieuvre :J’éprouve de la morosité
Victimes : Quel dommage
Pieuvre :J’ai le cafard
Victimes : Comme c’est regrettable
Pieuvre : Je souffre de monotonie, de spleen, d’abattement, de platitude….
Victimes : BON – IL VA FALLOIR QU’ON FASSE QUELQE CHOSE A LA FIN !!!!QUE PEUT-ON FAIIIIIIIIRE ?

Pieuvre (ravie) : Tenez-moi compagnie
…………..
Pieuvre :Venez me rendre visite
…………….
Pieuvre :donnez-moi satisfaction
……………….
Pieuvre :Occupez-vous de moi
………………. 
Pieuvre :Amenez-moi du divertissement
……………….

Quelques minutes dans la tête de la pieuvre

Pieuvre : je suis terriblement blessée et je ne veux plus lui parler
…………………………………….
Pieuvre : après tout ce que j’ai fait
…………………………………..
Pieuvre : tu ne peux pas lui parler ?
……………………………………………
Pieuvre : Ce serait très important qu’on se réconcilie
…………………………………………..
Pieuvre : C’est dommage après de si bons moments
…………………………………………. 
Pieuvre : Personne ne veut leur dire que c’est eux qui ont tort et jamais moi
…………………………………………. 
Pieuvre : On ne peut pas rester fâché avec moi, on se réconcilie toujours avec moi qu’on le veuille ou pas. Les plus récalcitrants sont tombés. Ils ne peuvent pas y échapper. Je suis tellement gentille, je les aime tellement qu’ils sont obligés à un moment ou à un autre de céder. Et de toute façon il y aura toujours des nouveaux qui rentreront dans le jeu, qui accepteront ma tyrannie, qui auront peur de me déplaire et que je contrôlerai à loisir…jusqu’à ce qu’ils en aient marre, qu’ils explosent, qu’ils refusent, que je les ramène à l’aide d’une de mes tentacules (voir le schéma)

Comment je fais pour faire des histoires ? C’est simple, j’ai tout mon temps. Je prends un détail, j’en parle à 36 personnes. 36 échos différents me reviennent. Je les mélange, je les étudie, je les développe et je les re-communique aux 36personnes. Certains sont d’accord, d’autres pas. Je récolte les pour et les contre et je monte ceux-ci contre ceux-là. Ils ont évidemment oublié le problème du départ et ils discutent maintenant tous les détails  que j’ai réussi à mettre en avant.


Pieuvre :toi tu….alors que moi je…. , vous vous………pendant que moi je ….., tu te………….contrairement à moi qui ………………et je te reproche, et je te blâme et je te réprimande et je t’engueule et je t’enguirlande et je te critique, et je te fais remarquer et je te désapprouve et je t’accuse………..

ET TOUT CA
parce que je t’aime et je voudrais que tu m’aimes comme je t’aime et je voudrais que tu sois sympa avec moi comme je suis sympa avec toi.
Tu sais, je t’offre des cadeaux, je t’offre des bonbons, je t’offre mon affection, je t’offre mon amitié

ET GARE A TOI
 si tu n’apprécies pas tout ça, si tu ne m’es pas fidèle à vie, si tu n’accours pas quand j’ai besoin de toi,

MOI
qui suis si sympa, moi qui suis si généreuse, si compatissante, si serviable, si secourable, si dévouée

TU TE SOUVIENS : je t’ai prêté de l’argent, je t’ai offert des cadeaux,, je t’ai aidé quand tu étais dans la merde, je t’ai soutenu quand tu en avais besoin, je t’ai donné mon amitié

ET DONC
Tu me dois tout, tout le temps toujours, tout ce que je veux TOUT,

et je te bouffe et je t’étouffe, et je t’asphyxie et je t’aspire……………..



Et tout ça donne ce qu’on subit mais qu’on n’appelle pas encore « chantage affectif » et « manipulation »

Des questions se sont naturellement posées au narrateur :

?        Pourquoi tout le monde accepte-t-il de cette personne tout ce qu’il n’accepterait de personne d’autre ?
?        Pourquoi tout le monde rentre dans le jeu de : il faut que je l’appelle, oh zut j’ai oublié de l’appeler ?
?        Pourquoi tout le monde préfèrerait se couper une jambe au lieu de faire des histoires avec elle
?        Pourquoi personne n’a le courage de lui dire en face que ce n’est qu’une personne comme les autres et qu’il faudrait qu’elle arrête d’exiger tout de tout le monde et d’exiger d’avoir un statut privilégié chez tout le monde
?        Pourquoi la personne se donne le droit de critiquer, d’exiger, de demander, de reprocher ?
?        Pourquoi toutes les personnes qui se font un devoir de l’amuser et lui tenir compagnie (et qui sont sérieusement emmerdés) ne lui disent-elles pas clairement que ce n’est pas un devoir et qu’on ne saurait leur reprocher d’y manquer
?        Pourquoi personne n’ose dire à la personne qu’elle est ridicule d’imposer à son entourage des devoirs sociaux, familiaux, amicaux, professionnels…
?        Pourquoi l’entourage ne détecte pas les signaux du chantage : je vais me fâcher, je suis malade, je suis seule, je t’aime, tu ne m’aimes pas comme je t’aime ?
?        Pourquoi accepter d’une seule personne qu’elle fasse des reproches toute la journée, toute la semaine, toute l’année

Et comme il n’y aura jamais de réponses, des recherches sur Internet ont été très fructueuses pour la compréhension de ce phénomène qui a le don d’empoisonner l’existence.

Le chantage affectif
Le chantage affectif est une manœuvre destinée à profiter des faiblesses ou de la sensibilité de quelqu'un pour parvenir à des fins personnelles. Cela consiste habituellement à inspirer à cette personne un sentiment de culpabilité ou de responsabilité morale.
Le chantage affectif est le plus souvent conscient, mais peut parfois être tout à fait inconscient. Il peut provenir de la jalousie, de la dépendance excessive, ou du désir d'obtenir du partenaire plus d'attention et d'affection, ou même de modifier d'une manière ou d'une autre le comportement de celui-ci.
Il peut arriver que l'utilisation du chantage affectif soit fréquente et qu'elle empêche ensuite toute discussion honnête et franche.

« Le “donneur” maintient le “receveur” dans une position de débiteur. Le marché implicite est le suivant : puisque je t’ai donné ceci, j’ai le droit d’exiger en retour cela. Le problème est que le donneur choisit quand et comment le receveur doit lui rendre la monnaie de sa pièce»,

Pourquoi est-il si difficile pour la personne manipulée de réagir sainement ?
 « Parce que le manipulateur utilise des croyances familiales et sociales afin d’induire chez sa victime un lourd sentiment de faute morale », 

« La culpabilité qu’instille le maître chanteur dans l’esprit de ses victimes mine l’image positive d’elles-mêmes que celles-ci cherchent à construire »,

Abandon, égoïsme, injustice, trahison sont les points sensibles sur lesquels le manipulateur appuie dans l’intention de faire mal. Il procède souvent par insinuation. Il n’exprime jamais une demande claire et vous réduit à l’impuissance.

Pour ne pas tomber dans le piège :
Mettez-vous au clair avec vous-même
Faites un examen de conscience. Repérez les croyances sur vous-même qui vous viennent spontanément à l’esprit : je suis égoïste, ingrat, je ne suis jamais à la hauteur, je ne vaux rien…
Cessez ensuite de vous focaliser sur la situation et essayez de changer d’angle de vue pour dresser un constat objectif sur vous-même : « Est-il vrai que je suis égoïste ? Voilà tout ce que j’ai fait pour elle depuis trois ans… » ; « Est-il vrai que je ne suis pas à la hauteur ? Voilà les éléments que je peux mettre à mon actif… »

Car le manipulateur se sert d’un seul acte de la personne pour la juger dans sa globalité.

Faites alors le tri de ce qui relève ou non de votre responsabilité : « Est-ce que son problème existe indépendamment de moi ou en suis-je vraiment à l’origine ? » En effet, le propre du manipulateur est de brouiller les frontières en faisant passer ses besoins avant les vôtres. « Jusqu’où puis-je répondre à sa demande tout en me respectant ? » Une fois que vous aurez évalué vos limites, vous pourrez prendre une décision claire. Deux stratégies s’offrent alors à vous : la contre-manipulation ou la confrontation.

Apprenez à contre-manipuler
Pour ne pas donner prise au manipulateur, ne cherchez surtout pas à vous justifier, car cela ne ferait que vous fragiliser encore plus. Au contraire,  simulez l’indifférence
– même si vous êtes horriblement tiraillé(e) à l’intérieur ! –, et renvoyez-le à ses propres croyances à l’aide de quelques phrases types énoncées calmement :
« J’ai la conscience tranquille. »
« Tout le monde ne pense pas comme toi. »
« C’est ton opinion. »
« Je ne suis pas de cet avis. »
« Chacun ses goûts. »
« Eh oui, je ne fais rien comme tout le monde ! »

Le but : se protéger en ne réagissant pas aux provocations de votre interlocuteur.

Osez la confrontation
C’est la seconde stratégie possible. Ici, il s’agit de renvoyer l’autre à son besoin, donc à sa responsabilité. Plus impliquante, la confrontation risque de vous amener à vous positionner sur la nature du lien que vous souhaitez entretenir avec celui ou celle qui vous manipule.

 « Tout reproche exprime une demande indirecte »,

Refuser la manipulation, c’est accepter de passer pour une « mauvaise fille », un « mari égoïste », un « collègue difficile ». Donc renoncer à une image idéale de soi. Vous y parviendrez en prenant conscience de votre valeur. Et cela se travaille. Vous deviendrez peut-être moins « aimable » aux yeux du manipulateur, mais, en vous libérant de ce regard extérieur, vous gagnerez un bien précieux : votre liberté

"Le plus souvent le chantage joue sur le sentiment de culpabilité. Certaines personnes y sont particulièrement sensibles. Elles se remettent constamment en question, ont peur de se montrer 'égoïstes'… et se laissent mener par le bout du cœur." Car ce dont on a peur, fondamentalement, c’est de perdre l’amour de l’autre. Et c’est bien ce qui lui donne sur nous un tel pouvoir.

Paradoxalement, le chantage affectif part parfois d’un bon sentiment. Certains redoutent tellement de recourir à la domination brutale qu’ils essaient d’amener l’autre à se conformer à leurs desiderata par ce biais détourné. En évitant de donner un ordre, on s’épargne le conflit direct.

La frontière peut sembler subtile entre exprimer un désir et exercer une pression coupable. En fait, tout est dans l’intention et le contexte. Ou les relations sont équilibrées, ou c’est toujours le même qui impose ses désirs. "Si l’un de nos proches - amie, mari, enfant - commence à devenir tyrannique, c’est un signal d’alarme"

Lorsqu’un enfant se montre trop capricieux, nous sollicite en permanence, sans doute est-on allé trop loin. "Il existe une différence fondamentale entre un enfant qui exprime clairement un désir, et celui, nerveux, bougon, dont les demandes réitérées ne font que traduire un malaise,