Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








samedi 30 avril 2011

Microbus :Mega problème

Septembre 96
J’ai l’impression de vivre un roman de science-fiction où Alexandrie aurait été envahie par une horde de méchants extra-terrestres qui torturent la population. Seulement, les extra-terrestres ont l’excuse d’être étrangers aux habitudes du pays, alors que ces créatures qui nous envahissent actuellement ont été fabriquées ici-même : les chauffeurs de microbus : Hyundaï, Asia, Besta, Daïhatsu, Suzuki (les pires)…Merci le Japon et la Corée !
Depuis quelques mois, à Alexandrie se produit un phénomène bizarre, dès que vous vous installez dans votre voiture et que vous démarrez , vous êtes cernés par une multitude d’engins aux couleurs criardes conduits par un représentant de l’armée des microbus.
Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’armée des microbus est présente partout sur le sol d’Egypte. Elle a pour mission de véhiculer d’honnêtes Egyptiens qui ont longuement souffert (et qui souffrent encore) des problèmes de transport avant l’apparition de l’armée des microbus. Mais ces énergumènes (chauffeurs de microbus) sont également investis de missions d’égale importance : celle d’obstruer les rues, de bloquer les voies, de doubler à droite, de vous faire des queues de poissons, de s’arrêter subitement, de stationner n’importe où, de faire la corniche en trente-trois secondes, de vous torture les conduits auditifs par des klaxons tonitruants, de vous engueuler et parfois même de vous cassez la gueule à grands coups de cric si vous osez vous opposer à leur noble système.
Il faut les voir pulluler et stationner sauvagement dans les rues de la ville pour se rendre compte de l’immensité du problème. En fait ce problème se scinde en deux parties : il y a les engins eux-mêmes et il y a leurs conducteurs.
Les engins sont le modeste produit – totalement in-esthétique- de l’industrie automobile japonaise et coréenne. Ils ont cette capacité de rouler n’importe où , de traverser des embouteillages à cent à l’heure, de vous forcer à freiner pour leur céder le passage. La touche égyptienne se traduit par une multitude d’autocollants imbéciles, d’inscriptions idiotes et d’accessoires hideux (importés de Taïwan)
Quand aux conducteurs, eux, ils ont avec les nippons, une caractéristique commune : ils se ressemblent tous. Ils ont le même comportement anarchique, la même conduite agressive, la même vulgarité et la même ignorance. Ils ont même quelquefois la même moustache et la même manière de tenir dans leurs grosses mains des liasses de billets sales.
Le profil requis pour être chauffeur de microbus est le suivant : obtenir son permis de conduire par correspondance
Pouvoir utiliser son klaxon vingt-quatre heures sur vingt-quatre
Considérer que la voie publique est une voie privée
Ignorer tout du code de la route
Avoir fait au moins trois mois de prison pour violence inexplicable
Et j’en passe…
Ces créatures empoisonnent la vie de ceux qu’ils ne véhiculent pas et mettent souvent fin à la vie de ceux qu’ils véhiculent.
Treize morts, treize morts, treize morts…
Entre microbus et microbes, il n’y a qu’une voyelle de différence. Faisons quelque chose !!!

Je vais écrire un texte…

  • Je vais écrire un texte.
    • Ah bon ?
  • -Je peux commencer ?
    • On en reparle ?
  • D'accord
15 jours après
  • Je vais écrire un texte.
    • Ah oui oui c'est vrai…
  • J'ai besoin de papier et d'un stylo.
    • Ah bon ? papier ETstylo ? c'est indispensable ?
  • Oui enfin pour écrire...
    • Ah et combien ça coûte ?
  • Je ne sais pas ....pas grand chose
    • Et on a besoin de faire ça tout de suite ?
  • Oui...alors ?
    • Tu peux faire faire un devis? même 2 ou 3 c'est mieux ?
  • D'accord

Une semaine après

  • Allô …Vous avez deux secondes ?
    • Non pas vraiment…on se rappelle ?
  • Oui on se rappelle

Le lendemain

  • Allô…je peux vous voir ?
    • C'est urgent ?
  • Euh...non enfin...
    • C'est à quel sujet ?
  • J'ai les devis
    • Les devis ??? Devis de quoi ?
  • Pour le stylo et le papier ….
    • Ah oui oui, ha ha ha, j'avais oublié
  • Je peux venir ? (11h du matin)
    • A 14 h ça ira ?
  • Euh....oui
14 h porte close
14 h 05 toc toc discret sans réponse
14h 10
  • Allô…notre rendez-vous ?
    • Tu peux patienter dix minutes
  • Bien sûr

Dix minutes après

  • Voilà les devis
    • Au fait, dis-moi pourquoi tu veux écrire ce texte ?
  • Euh...
    • Tu peux le dire oralement au lieu de gaspiller de l'encre et du papier
  • Non il faut absolument que ce soit écrit
    • Ah bon et pourquoi ?
  • MUTISME
    • Bon bon d'accord mais il faut que j'en réfère d’abord en haut lieu
  • Ah?!
    • Oui oui je ne veux pas faire ça dans la précipitation, tu me laisses les devis, je ne peux pas te répondre tout de suite
  • OK. Merci

Une semaine après

  • Allô Bonjour, vous allez bien ? Vous avez des nouvelles de ma commande
    • Patiente une seconde(…) Oui , donc tu vas pouvoir l’écrire ce texte.
  • Ah ! C’est une bonne nouvelle. Je peux venir ?
    • Là non, mais demain.
  • Demain à quelle heure.
    • Dans l'après-midi.

Le lendemain dans l'après-midi

  • Allô…je viens ?
    • Oui
  • Vraiment ?
J’y vais
    • Ca va pouvoir se faire, mais on ne pourra acheter que le papier  mais pas beaucoup hein !
  • Et moi, j'écris avec quoi ?
    • Ca m'embête beaucoup.
  • Alors comment on fait ?
    • Tu ne peux vraiment pas obtenir une réduction ?
  • Pour un stylo je ne pense pas...
    • Essaye quand même et on en reparle.
  • Ouiiiiiiiii....

Une semaine après

  • Allô …j'ai pu obtenir un don de la papeterie.
    • Ah bon c'est formidable.
  • Quand j'ai marchandé pour le stylo, ils m'ont pris en pitié et ont décidé de devenir les sponsors de mon texte. ILS OFFRENT LE STYLO. ILS LE DONNENT. GRATUITEMENT.
    • Ah bon et pourquoi ils font ça ?
  • Je ne sais pas....ils sont sympas…il faut refuser vous croyez ?
    • Non non je ne dis pas ça, mais…
  • Oui…
    • Il faut faire très attention avec ce genre de choses. Ce sont de gros marchés.
  • C’est vrai il y a la plume, le capuchon, le réservoir d’encre, l’encre et le petit truc doré.
    • Et le stylo, il est fabriqué où ?
  • !!? Je n’ai pas regardé.
    • Tu peux les appeler et tu me tiens au courant. Parce que c’est très bien d’offrir et de sponsoriser mais on ne peut pas accepter n’importe quoi.
  • Oui oui bien sûr on ne peut pas accepter n’importe quoi.
o       Il faut faire les choses bien
  • Oui oui il faut faire les choses bien
o       Bon…que ça ne sache pas…Sinon tout le monde va aller pleurer dans les papeteries et demander du sponsoring de stylos
  • Vous croyez ?
o       C’est très important que personne ne sache rien sur rien , que tout se traite dans la discrétion la plus totale, ce sont des cheveux très dangereux
  • Des cheveux ? (à couper en 4, 16, 32…)
o       Pardon des sujets très dangereux. Après l’information circule et c’est très mauvais , il faut rester dans le feutré, les réunions à deux, les quelqu’un , les quelque chose, les une certaine somme….
  • Ah bon ?
o       Bien sûr…ça c’est de la gestion !
  • On peut revenir à mon stylo ?
o       Non, franchement je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Essaye de faire autrement.
J’ai fait autrement et j’ai écrit le texte sur ordinateur . Na !!!

Commandons des cacahuètes

Ils ne livrent pas sans être payés et nous ne payons pas sans être livrés !
Non non ce n’est pas du délire, c’est une petite phrase qui me trotte dans la tête depuis que j’ai fait mes premiers pas en bureaucratie.
Vous voulez acheter des cacahuètes ? Très bien, je vais vous dire comment faire. Au départ, il y a un budget, vos prévisions en cacahuètes doivent y figurer. Attention avant le 31 décembre vous devrez avoir commandé, acheté, compté, mangé et digéré les cacahuètes sinon attention à vos plumes.
Dans le budget il y a une ligne pour chaque genre de cacahuètes : une ligne pour les salées, une ligne pour les épluchées…il y a même une ligne pour les épluchures de cacahuètes et une ligne pour les vacataires qui vont éplucher vos cacahuètes (ne tenez pas compte de la répétition de cette modeste denrée, c’est voulu !)
Si par mégarde une cacahuète salée avait la mauvaise idée de se glisser dans la cargaison de cacahuètes non-salées vous risquez beaucoup. Evitez également la purée de cacahuètes car elle est très difficile à comptabiliser. Inutile de rentrer dans des certificats administratifs pour des histoires de cacahuètes.
Vous devez avec le plus grand soin choisir votre fournisseur en cacahuètes. C’est quelqu’un qui vous tiendra compagnie pendant de longues heures au téléphone et dont vous rêverez toutes les nuits si vous êtes sérieux en matière de cacahuètes.
Avez-vous songé ô sombre inconscient à la devise avec laquelle vous allez payer vos cacahuètes ? Vous êtes prévenu, le taux de change est capital dans l’acquisition de milliers de cacahuètes supplémentaires.
Revenons donc au fournisseur. Il y a des fournisseurs sérieux, d’autres moins. Il y a des fournisseurs qui s’entêtent à ne vous donner qu’une facture pro forma si vous n’avez pas encore payé (honte à eux ! la confiance règne je vois), des fournisseurs impertinents qui ne livrent pas sans être payés, des fournisseurs agréést par la valise diplomatique, d’autres qui se font refuser des colis comme des malpropres par ladite valise…enfin une fois votre fournisseur choisi, vous vous acquittez de cette noble tâche : vous lui demandez un devis pour disons trois tonnes de cacahuètes. Puis vous attendez patiemment l’arrivée de ce devis. Il est évident que si vous prenez le petit camelot du coin, celui qui tire une voiture à bras et vous empaquette vos cacahuètes dans de vieux journaux, votre devis sera miteux, griffonné sur un papier huileux ayant eu des utilisations douteuses. Vous serez la risée de votre administration. Une fois que vous avez le devis soit vous faites partie des élus et vous avez un ordonnateur sérieux à portée de main soit vous avez un ordonnateur que vous coincez entre deux parties d’échecs (dans tous les sens du terme) ou encore, un ordonnateur à deux cent bornes qui ne vous considère pas comme la première de ses priorités. Bref on va considérer que vous êtes quelqu’un de tout à fait respectable et que vous vous y connaissez en cacahuètes et que la vie est belle. Vous prenez votre plus belle plume et vous rédigez, la tête haute, une demande d’engagement de dépense que vous joignez au devis et le tout à la signature de l'ordonnateur. Muni de ces précieux documents signés, datés, photocopiés en 23 exemplaires, vous reprenez votre plus belle plume et vous faites un bon de commande. Prenez garde ô malheureux ! Le chiffre (correspondant au devis) et figurant sur ce papier de la plus haute importance sera inscrit au budget et ne pourra en aucun cas être modifié. C’est irréversible ! Vous engagez votre honneur de connaisseur en cacahuètes.
Si par malheur les prix des cacahuètes chutait dans le monde votre administration vous en voudrait et vous serez montré du doigt ! Vos estimations à la baisse feraient perdre de l’argent ! Inadmissible n’est-ce pas ?! Vos estimations à la hausse vous feront affronter un glacial « on ne peut pas payer ». Vous pourrez toujours vous rattraper sur le Prozac.
La commande est passée, vous attendez vos cacahuètes et leurs factures. En admettant que tout ce soit bien passé :
ü      Le courrier a marché
ü      Le fax n’a pas bloqué
ü      Le facteur a été sympa
ü      Les dieux ont été favorables
ü      Les astres ont été consultés
Qu’est-ce que vous croyez ? c’est du boulot une commande de cacahuètes !
Enfin, ces dernières arrivent accompagnées d’une belle facture sur papier couleur en 3 exemplaires. Sachez quand même qu’il y a quelques risques en perspectives : le nom de la rue de l’adresse de livraison est mal orthographié, la TVA est comprise, le chiffre est inscrit en plus de deux décimales, l’imprimante utilisée n’est pas à jet d’encre…La facture ne sera pas payée ! Même si vous menacez de vous suicider et même si vous vous roulez par terre, c’est en pu- re per- te…
Vous prenez votre courage à deux mains et vous demandez une deuxième facture. Elle arrive, elle est correcte, il n’y a rien à redire. La facture est photocopiée, insérée dans le parapheur, partie chez l’ordonnateur, signée par ce dernier, transmise à la comptabilité. Là marquez un temps de pause : la comptabilité vous la renvoie avec une note au stylo rouge : où sont les numéros d’inventaire ?Vous vous frottez les yeux, comment attribuer des numéros d’inventaire à trois tonnes de cacahuètes…Eh oui ! Il faut, ce sont les principes élémentaires de la comptabilité publique. Il faut passer par là.
Vous appelez à la rescousse : votre mère, vos cousins, les copains, les voisins, le pharmacien, les secrétaires, des volontaires…Bref cette population se répartit les trois tonnes et collent des étiquettes sur chaque cacahuète et c’est là que vous vous rendez compte ô rage, ô désespoir, ô cacahuètes ennemies que cet abruti de fournisseur a marqué sur sa facture 3 tonnes de cacahuètes sans joindre le détail. Il vous revient de combler cette lacune. Qu’importe ! Faites-le ! Les cacahuètes c’est grandiose !
Une fois les numéros d’inventaire attribués vous renvoyez le tout à la compta. Epuisé vous n’avez pas pris la précaution de faire des copies. Malencontreusement, à la compta, ils traitent des centaines de factures et ce maudit mercredi où vous avez envoyé la vôtre, la malédiction pesait et votre facture s’est perdue ! Je ne sous-estimerai pas votre intelligence en vous signalant ce qui vous reste à faire.
Si vous êtes toujours en vie et si vous êtes en pleine possession de vos facultés, vous découvrire que : les épluchures de cacahuètes en tombant ont entraîné les numéros d’inventaire. Or les épluchures et les cacahuètes sont sur deux lignes budgétaires différentes. Tout est à refaire !
Aussi ! Quelle idée saugrenue de commander 3 tonnes de cacahuètes ! ! ! !