Son père ce héros
Elle dit au tribunal : J’ai toujours été sensible aux qualités des
parents attentionnés, affectueux et protecteurs, ceux qui aiment
inconditionnellement leur progéniture, ceux qui ne mettent pas la barre trop
haut, qui n’exercent pas la peur comme méthode éducative, ceux qui acceptent
que leurs enfants soient des créatures indépendantes et non pas coulés dans le
moule de leurs géniteurs. Des parents de rêve qui savent respecter les droits
sans parler de devoirs, qui savent donner la reconnaissance nécessaire au
développement de leurs petits, ces petits qui restent « petits »(lisez
enfant intérieur) en grandissant, qui se cherchent un modèle, qui hurlent leur
mal-être, qui refoulent leur colère, qui se sentent coupables, qui se sentent
« pas assez ceci, assez cela », qui se suffisent, bien obligés, à
eux-mêmes, qui se sentent vulnérables en rajoutant à la carapace plusieurs
épaisseurs, qui subissent cette insécurité affective si douloureuse dans un
monde si intolérant qui ne connaît que les « moi je » , les jugements
de valeur « toi tu » et les « yakafokon » …Même les enfants
de psychologues de profession peuvent avoir un jour des problèmes d’Œdipe…ainsi
est faite la nature humaine avec son besoin de survie, de reconnaissance, de
pouvoir et de déculpabilisation massive.
Il dit à qui veut bien l’entendre et au tribunal éventuellement :
Je suis aimé de tout le monde. Je suis respecté partout. J’ai une fierté
inatteignable : les plus grands de ce monde n’ont jamais réussi à me faire
plier. Je suis un expert mondialement reconnu dans mon métier et j’impressionne
les plus professionnels de mon champ d’exercice. Je suis formidable dans mon
nouveau couple. J’ai beaucoup de succès auprès des femmes. Les enfants de mes
amis me vouent une admiration sans bornes. Je vénère ma mère, elle m’appelait
le Don Juan de…et ne jurait que par le Dieu de son fils (pas celui des autres).
Je suis éternellement reconnaissant à ma sœur chez qui j’ai trouvé un support
inconditionné. Je suis très généreux, je fais le bien autour de moi, j’ai aidé
financièrement un nombre incalculable de gens. J’ai un seuil de tolérance très
bas aux cris, je déteste qu’on hausse le ton. J’adore mon pays et il n’y a
personne de plus patriote que moi. J’ai infligé à l’ennemi une leçon
inoubliable par le biais d’une prouesse surhumaine. Rien n’a réussi à me casser
et même si j’ai pleuré dans certaines conditions, j’en suis ressorti encore
plus fort, encore plus invincible. Je crois fermement que rien n’a de valeur,
rien ne mérite qu’on se fasse de la bile : on va tous mourir, c’est la
seule vérité. Le gibier qui résulte de ma chasse, ces animaux que je tue avec
beaucoup de dextérité vont toujours aux nécessiteux. J’ai d’ailleurs une
collection unique de fusils de chasse et deux revolvers. J’ai toujours eu des
voitures luxueuses et même le jour où j’ai vendu la dernière, en en conservant une
plus modeste, je n’ai pas été affecté. Je fais soigner mon personnel de maison
dans les meilleurs hôpitaux, ils mangent comme moi : je suis très modeste.
Quand j’achète, j’achète toujours le meilleur, le plus cher. Il est vrai que
les apparences sont trompeuses et que mon niveau de vie paraît beaucoup plus
élevé qu’il ne l’est réellement mais c’est mon choix : c’est mon opinion
et je la partage. J’ai connu des années noires (où je n’avais pas le sou) mais
suite auxquelles Dieu qui me protège m’a offert des dollars en grande quantité,
les mercenaires sont des gens qui ont une haute probité. Mes collaborateurs ne
jurent que par moi. J’adorai mon chien que j’ai perdu, sa nourriture et ses
soins ont toujours été parfaits et surtout coûteux. J’ai rêvé que je baisais la
main du Prophète .Je n’ai qu’un seul regret ma relation avec ma fille est
difficile.
Elle dit : Tout ce qui précède est une vérité. Aussi suis-je
obligée de présenter mes regrets éternels de ne pas être à la hauteur d’un tel
prodige.
Un homme aussi réussi aurait mérité d’avoir des petits enfants, aurait
mérité dire autour de lui que sa fille est enseignante à l’université, aurait mérité
qu’on l’idolâtre sans conditions.
Il avait le droit de ne pas désirer un enfant tout en exigeant que cet
enfant, venu quand même, n’ait rien de commun avec sa mère ; ne parle pas
d’autres langues incomprises, ne lui rappelle pas qu’il n’est pas infaillible…
Avoir une petite Barbie pour descendance était la moindre des choses.
Privilégier l’Etre au Paraître est inexcusable. Il eût été préférable d’avoir
un caractère effacé, de ne pas se mettre en colère en entendant des inepties,
de ne pas être agressive en se justifiant.
Il est franchement inconcevable que ce Père soit comparé à tant d’autres
beaucoup plus imparfaits et néanmoins si présents.
Enfant, adolescente, adulte cette fille aurait dû écouter sagement et
surtout silencieusement les conseils de ce grand monsieur si expérimenté au
lieu d’exprimer ses manques franchement …Inacceptables ces tentatives de se
faire reconnaître, de se faire valoir, de se raconter…
Si « la faiblesse et les larmes d’une femelle » (je cite) sont
désarmantes, il paraît bizarre que cela ne se fasse pas dans le cadre d’une
relation père-fille.
Il est inadmissible, mais la nature humaine est incorrigible, de
considérer un père comme responsable de ses enfants, de lui demander de
l’affection non-matérielle, de lui demander une aide financière et non une
obole sous conditions dignes du FMI, de lui reprocher son absence…
Les concessions présentées sur l’autel de la paternité ne s’appellent
pas des concessions, ce sont des actes déférents considérés comme une bouteille
lancée à la mer (ou au père) qui peuvent rester sans réponse (on vous
rappellera)
Il est incompréhensible de ne pas comprendre qu’un père compréhensif
(n’ayons pas peur des répétitions) n’a pas promesses non tenues, il n’a des
preuves d’amour à sa manière.
Il n’est pas difficile de croire que les refus répétés de non-assistance
à personne en danger de licenciement, en danger d’interdiction bancaire ou même
en danger de chômage prolongé…en danger tout court ne sont que de modernes
méthodes éducatives pour adultes idiots mal éduqués dans leur enfance.
Ce n’est franchement pas poli d’être psychorigide quand on est blessé,
impuissant et dans la détresse. Un enfant d’un demi-siècle est toujours
susceptible de rééducation par un père parfait…Il n’est jamais trop tard.
Il fallait revoir ses fondamentaux : dans le langage paternel
L’humiliation est de la rééducation
Les insultes à la mère sont des explications
La dureté et la cruauté n’ont pour objectif que le redressement
Etre âgé ou plus âgé est équivalent à avoir toujours raison
Les discours interminables sur un « je » surdimensionné ne
sont que des bavardages à but éducatif.
Ignorer les succès, les souffrances, les réalisations, les difficultés a
pour seul fin d’inculquer l’humilité et la modestie.
La séduction des amies et collègues n’est qu’une preuve d’un charme
irrésistible non-émoussé par le nombre des années et n’ont rien à voir avec le
statut paternel.
Les disques rayés sur les années précédant la naissance de l’enfant ne
sont pas des problèmes d’adultes ce sont des paroles inestimables et
quasi-divines… (Les retranscrire et les publier sous le titre
grandiloquent de « Apologie du divorce et du mariage réunis pour les
enfants non-reconnus »
Après délibération et vu ce qui précède le tribunal des anciens enfants
conjointement avec le tribunal des papas narcissiques déclarent cette fille
indigne de son père. Celui-ci est autorisé à ne pas la reconnaître pour
incompatibilité de principes familiaux et surtout œdipiens.
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