Ma plume

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dimanche 3 août 2014

Son père, ce héros (après la bataille psychanalytique en hommage à Victor et son inoubliable L'art d'être Grand Père sans trait d'union)


Son père ce héros
Elle dit au tribunal : J’ai toujours été sensible aux qualités des parents attentionnés, affectueux et protecteurs, ceux qui aiment inconditionnellement leur progéniture, ceux qui ne mettent pas la barre trop haut, qui n’exercent pas la peur comme méthode éducative, ceux qui acceptent que leurs enfants soient des créatures indépendantes et non pas coulés dans le moule de leurs géniteurs. Des parents de rêve qui savent respecter les droits sans parler de devoirs, qui savent donner la reconnaissance nécessaire au développement de leurs petits, ces petits qui restent « petits »(lisez enfant intérieur) en grandissant, qui se cherchent un modèle, qui hurlent leur mal-être, qui refoulent leur colère, qui se sentent coupables, qui se sentent « pas assez ceci, assez cela », qui se suffisent, bien obligés, à eux-mêmes, qui se sentent vulnérables en rajoutant à la carapace plusieurs épaisseurs, qui subissent cette insécurité affective si douloureuse dans un monde si intolérant qui ne connaît que les « moi je » , les jugements de valeur « toi tu » et les « yakafokon » …Même les enfants de psychologues de profession peuvent avoir un jour des problèmes d’Œdipe…ainsi est faite la nature humaine avec son besoin de survie, de reconnaissance, de pouvoir et de déculpabilisation massive.

Il dit à qui veut bien l’entendre et au tribunal éventuellement : Je suis aimé de tout le monde. Je suis respecté partout. J’ai une fierté inatteignable : les plus grands de ce monde n’ont jamais réussi à me faire plier. Je suis un expert mondialement reconnu dans mon métier et j’impressionne les plus professionnels de mon champ d’exercice. Je suis formidable dans mon nouveau couple. J’ai beaucoup de succès auprès des femmes. Les enfants de mes amis me vouent une admiration sans bornes. Je vénère ma mère, elle m’appelait le Don Juan de…et ne jurait que par le Dieu de son fils (pas celui des autres). Je suis éternellement reconnaissant à ma sœur chez qui j’ai trouvé un support inconditionné. Je suis très généreux, je fais le bien autour de moi, j’ai aidé financièrement un nombre incalculable de gens. J’ai un seuil de tolérance très bas aux cris, je déteste qu’on hausse le ton. J’adore mon pays et il n’y a personne de plus patriote que moi. J’ai infligé à l’ennemi une leçon inoubliable par le biais d’une prouesse surhumaine. Rien n’a réussi à me casser et même si j’ai pleuré dans certaines conditions, j’en suis ressorti encore plus fort, encore plus invincible. Je crois fermement que rien n’a de valeur, rien ne mérite qu’on se fasse de la bile : on va tous mourir, c’est la seule vérité. Le gibier qui résulte de ma chasse, ces animaux que je tue avec beaucoup de dextérité vont toujours aux nécessiteux. J’ai d’ailleurs une collection unique de fusils de chasse et deux revolvers. J’ai toujours eu des voitures luxueuses et même le jour où j’ai vendu la dernière, en en conservant une plus modeste, je n’ai pas été affecté. Je fais soigner mon personnel de maison dans les meilleurs hôpitaux, ils mangent comme moi : je suis très modeste. Quand j’achète, j’achète toujours le meilleur, le plus cher. Il est vrai que les apparences sont trompeuses et que mon niveau de vie paraît beaucoup plus élevé qu’il ne l’est réellement mais c’est mon choix : c’est mon opinion et je la partage. J’ai connu des années noires (où je n’avais pas le sou) mais suite auxquelles Dieu qui me protège m’a offert des dollars en grande quantité, les mercenaires sont des gens qui ont une haute probité. Mes collaborateurs ne jurent que par moi. J’adorai mon chien que j’ai perdu, sa nourriture et ses soins ont toujours été parfaits et surtout coûteux. J’ai rêvé que je baisais la main du Prophète .Je n’ai qu’un seul regret ma relation avec ma fille est difficile.

Elle dit : Tout ce qui précède est une vérité. Aussi suis-je obligée de présenter mes regrets éternels de ne pas être à la hauteur d’un tel prodige.
Un homme aussi réussi aurait mérité d’avoir des petits enfants, aurait mérité dire autour de lui que sa fille est enseignante à l’université, aurait mérité qu’on l’idolâtre sans conditions.
Il avait le droit de ne pas désirer un enfant tout en exigeant que cet enfant, venu quand même, n’ait rien de commun avec sa mère ; ne parle pas d’autres langues incomprises, ne lui rappelle pas qu’il n’est pas infaillible…
Avoir une petite Barbie pour descendance était la moindre des choses. Privilégier l’Etre au Paraître est inexcusable. Il eût été préférable d’avoir un caractère effacé, de ne pas se mettre en colère en entendant des inepties, de ne pas être agressive en se justifiant.
Il est franchement inconcevable que ce Père soit comparé à tant d’autres beaucoup plus imparfaits et néanmoins si présents.
Enfant, adolescente, adulte cette fille aurait dû écouter sagement et surtout silencieusement les conseils de ce grand monsieur si expérimenté au lieu d’exprimer ses manques franchement …Inacceptables ces tentatives de se faire reconnaître, de se faire valoir, de se raconter…
Si « la faiblesse et les larmes d’une femelle » (je cite) sont désarmantes, il paraît bizarre que cela ne se fasse pas dans le cadre d’une relation père-fille.
Il est inadmissible, mais la nature humaine est incorrigible, de considérer un père comme responsable de ses enfants, de lui demander de l’affection non-matérielle, de lui demander une aide financière et non une obole sous conditions dignes du FMI, de lui reprocher son absence…
Les concessions présentées sur l’autel de la paternité ne s’appellent pas des concessions, ce sont des actes déférents considérés comme une bouteille lancée à la mer (ou au père) qui peuvent rester sans réponse (on vous rappellera)
Il est incompréhensible de ne pas comprendre qu’un père compréhensif (n’ayons pas peur des répétitions) n’a pas promesses non tenues, il n’a des preuves d’amour à sa manière.
Il n’est pas difficile de croire que les refus répétés de non-assistance à personne en danger de licenciement, en danger d’interdiction bancaire ou même en danger de chômage prolongé…en danger tout court ne sont que de modernes méthodes éducatives pour adultes idiots mal éduqués dans leur enfance.
Ce n’est franchement pas poli d’être psychorigide quand on est blessé, impuissant et dans la détresse. Un enfant d’un demi-siècle est toujours susceptible de rééducation par un père parfait…Il n’est jamais trop tard.
Il fallait revoir ses fondamentaux : dans le langage paternel
L’humiliation est de la rééducation
Les insultes à la mère sont des explications
La dureté et la cruauté n’ont pour objectif que le redressement
Etre âgé ou plus âgé est équivalent à avoir toujours raison
Les discours interminables sur un « je » surdimensionné ne sont que des bavardages à but éducatif.
Ignorer les succès, les souffrances, les réalisations, les difficultés a pour seul fin d’inculquer l’humilité et la modestie.
La séduction des amies et collègues n’est qu’une preuve d’un charme irrésistible non-émoussé par le nombre des années et n’ont rien à voir avec le statut paternel.
Les disques rayés sur les années précédant la naissance de l’enfant ne sont pas des problèmes d’adultes ce sont des paroles inestimables et quasi-divines…  (Les retranscrire et les publier sous le titre grandiloquent de « Apologie du divorce et du mariage réunis pour les enfants non-reconnus »

Après délibération et vu ce qui précède le tribunal des anciens enfants conjointement avec le tribunal des papas narcissiques déclarent cette fille indigne de son père. Celui-ci est autorisé à ne pas la reconnaître pour incompatibilité de principes familiaux et surtout œdipiens.


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