Quand un enfant cancéreux, qui n'a même pas la force de
lever ses pauvres yeux cernés vous dit dans un souffle : "je suis
fatigué"...vous relativisez à ce moment les problèmes de la terre entière.
De toutes mes forces j'essaye de convaincre mes patients que
leurs problèmes sont uniques, que les sottises du genre "tout le monde a
des problèmes", "regarde ceux qui souffrent et tu sauras que tu vas
bien" ne doivent pas les atteindre.
Entre les deux, je suis bien obligée de convenir qu'un
enfant qui souffre, qui se demande pourquoi moi, qui demande à Dieu de le
rappeler à lui vous fait voir le monde sous un autre jour. Evaporés les
problèmes politiques, financiers, petits bobos et anciennes blessures....UN
ENFANT SOUFFRE !
Ces pauvres petites mains bleuies cachent derrière chaque
hématome une souffrance indescriptible et vous êtes là, vous adulte qui dites
que la vie est difficile, impuissant, honteux, déchiré.
Comment soulager ce gamin ? Du fonds de cette impuissance
vous pensez aux industries pharmaceutiques internationales et multinationales et
avez envie de leur souhaiter de vivre cette expérience au lieu de s'enrichir
sur le dos des malades (surtout les enfants)
C'est une leçon de vie qui m'a frappée un samedi et qui m'a
rappelé la futilité de toutes ces choses qui encombrent notre quotidien.
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