Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








jeudi 19 janvier 2017

Début de texte...

Ayant passé un demi-siècle sur cette planète à chercher une place, ayant toujours été en quête d'appartenance, d'identité, de sécurité, de reconnaissance (coincée entre naissance et connaissance, entre maux et mots), j'ai pris des feuilles blanches qui accueillaient les signes noirs de l'écrit (les cris) et j'ai choisi de leur livrer ma vie en prose, mes cogitations en vrac. Pour une native des Gémeaux; bilingue et binationale, les pages qui suivent ne pouvaient que se placer sous le signe de la dualité.

            En remontant un petit peu dans le temps pour camper le décor et les personnages, je me découvre un destin intimement lié à l'histoire du pays où je suis née (L'Egypte)
            J'ai eu comme tout le monde deux grands-pères, mais il se trouve que tous les deux, généraux directeurs de prisons, ont servi du temps des Anglais et de la Royauté réunis. L'année 1952 (Révolution ou coup d'état militaire ? ) a mis fin à leur carrière et changé le destin de l'Egypte. Mon grand-père maternel, contemporain du Général Naguib, a toujours cordialement détesté le Colonel Nasser (comme beaucoup d'ailleurs). Mon grand-père paternel lui a engendré un pilote de combat (mon illustre géniteur) qui vouait au même colonel Nasser une adoration sans bornes (comme beaucoup d'ailleurs) mais ceci....jusqu'en 1967 ! Quelle année ! Celle de ma naissance !
            Le dimanche 4 juin 1967 je faisais mon entrée dans le monde et le lendemain l'Egypte subissait une défaite cuisante. Pendant que je poussais mes premiers vagissements, mon père, lui, parti d'une piste de décollage fracassée, s'en allait abattre un avion israélien.
            Ma mère, élevée par des religieuses françaises et catholiques dans un établissement portant le nom de Notre Dame de Sion (!) avait connu l'Alexandrie cosmopolite et souffert du départ forcé de ses amies en 1956. Francophone pratiquante, elle a superbement ignoré l'agression tripartite et a adopté la langue de cette France de son enfance. Elle a toujours voué une haine féroce à ce colonel Nasser qui avait mis son papa à la retraite, nationalisé les biens de familles amies, mis à la porte ses copines juives et son Roi Farouk adoré. Nasser incarnait désormais l'injustice et la nouvelle Egypte qu'elle ne reconnaissait plus.
            Pendant que ma mère me dotait d'un prénom de reine (Nazly, mère de Farouk). le régime de Nasser jetait en prison militaire mon père dans le cadre de l'affaire Abdel Hakim Amer.
On conviendra que ces quelques informations familiales constituaient déjà un héritage bien lourd pour ce bébé né à la veille de la défaite de son pays natal.
            Peut-être est-il utile de mentionner également que mon papa militaire arabophone ne voulait pas d'enfant et que ma maman littéraire , enseignante de langue française et de traduction voulait une fille et c'est pour cela qu'ils se sont quittés avant ma naissance, leur divorce, qui a eu lieu au tribunal, a été observé du haut de mes dix-huit mois.
            Tout ce qui a bercé mon enfance et agressé mon innocence (n'ayons pas peur des rimes) a conditionné mon absence d'appartenance ou mes appartenances multiples.

            A l'aube de mon demi-siècle d'existence laborieuse, j'ai établi un parallèle fort œdipien entre ceux qui présidaient aux destinées de l'Egypte face au peuple égyptien ET mon père face à moi. J'ai longuement réfléchi aux chemins qui ont mené à mon adoption de la langue française et à ces liens qui m'unissaient à la France.
             
            Je me suis interrogée sur la signification de l'appartenance, je me suis interrogée sur ma différence, je me suis interrogée sur ma quête de reconnaissance.

            J'ai frappé aux portes de la psychanalyse, de la religion, de la sociologie, de la langue, de la généalogie, de la médecine, des arts, de la littérature, de l'histoire, de l'informatique...[1]



[1] Voilà donc l'ensemble de cette classification Dewey que j'ai côtoyée pendant 27 ans qui entraîne ma plume et marie dans mon inconscient la connaissance, l'écriture et toutes mes quêtes.

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