Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








mardi 9 août 2011

Les uniformes (premier épisode)

 Je n’ai jamais vraiment aimé les uniformes, ce n’est un secret pour personne, tous les jours je découvre de nouvelles raisons de les aimer de moins en moins. Je ne parle pas des uniformes de maîtres d’hôtel ou d’élèves studieux, je parle des uniformes avec divers symboles sur les épaules, plus y en a moins je les aime !
Raisons familiales, déraison personnelle, relation conflictuelle avec l’autorité…que sais-je encore ? Toujours est-il qu’aujourd’hui je tente de me livrer à une réflexion (ou plusieurs, j’ai le droit) qui se veut objective.
A un moment crucial de l’histoire de l’Egypte qui s’écrit actuellement, des débats multiples ont lieu, le paysage a changé, l’autorité des uniformes en a pris un coup. Le 25 août ça fera exactement 7 mois que nous avons levé la tête et que nous avons commencé à dire non. Le grand manitou a été éjecté, des postes de police ont brûlé, les petits bonshommes, aux grosses motos ; aux sirènes tonitruantes, aux lunettes de soleil époustouflantes ont en pris pour leur grade si j’ose dire ! Aussi discret qu’il l’a été pendant 20 ans, celui auquel le grand manitou a confié les rênes du pouvoir, se tient tranquille (c’est lui qui possède le plus grand nombre de fanfreluches aux épaules) avec toute la clique qui l’entoure. Une multitude d’autoproclamés politologues émettent le plus grand nombre de théories sur la « situation actuelle dans le pays » comme le disent les chaînes sérieuses. Dans cette foire à la parole et à la liberté d’expression (Dieu merci, il était temps !) les plateaux télé foisonnent de débats en tout genre, l’Egypte s’éveille à la critique tout en oubliant que l’esprit critique est ce petit truc qui est le plus propre depuis 1952 vu que tout le monde s’est évertué à le laver pour faire de nous des moutons bêlants ! Heureusement certains ont continué à le cultiver sur le balcon, ce fameux esprit critique qui nous manquait tant !
Ce n’est ni la première révolution populaire dans le monde, ni la dernière, ce n’est ni le premier ras-le-bol ni le dernier, mais : les outils d’évaluation sont encore à inventer, vu que la nation arabe est balbutiante en matière de vie collective sans papa au volant.
Trois mots-clés sont dans l’air du temps : sécurité, démocratie et barbus. La sécurité est ébranlée, ceux qui l’assuraient sont ceux-là mêmes qui l’ont mutilée, bâillonnée, violée. La démocratie, elle, est un terme largement galvaudé avec des soi-disant modèles occidentaux qui ont donné des résultats …hum, sur lesquels je ne m’étendrai pas (ou du moins pas maintenant) Je me bornerai à dire que le pétrole est un motif sine qua none de recherche frénétique de la démocratie à une échelle planétaire et que les dictateurs arabes étaient persona grata il n’y a pas si longtemps que ça ! Quant aux barbus, avec les textes saints brandis et largement cités, allez leur expliquer qu’ils ne sont pas mandatés personnellement pour avoir toujours raison en matière de vie collective et que la parole divine n’est pas leur apanage exclusif ! (à suivre)
Face à tout ce babillage médiatique, populaire, politicien, journalistique, démocratique, sécuritaire, économique…j’ai envie de papoter moi aussi. Ca faisait sept ans que j’essayais de rafistoler cette plume (ou ce clavier Mme A.C.) qu’un grand pays démocratique et défenseur des drwadeulom avait cassée en menus morceaux. Elle va mieux je vous remercie mais elle est encore tremblante et en tout cas a bien compris que toute vérité n’est pas bonne à dire, que les intérêts supérieurs priment sur la justice, qu’elle a eu tort de combattre les abuseurs (de pouvoir) et les dictateurs.(à suivre)
Je m’égare, je m’égare…revenons à nos moutons pardon à mes uniformes.
Récapitulons : L’Egypte entière est actuellement à la recherche d’un papa différent pour lui faire prendre le volant, vu que tous les papas depuis 1952 avaient plus ou moins raté leur mission et nous ont amenés droit dans le mur.
Qu’avaient-ils de commun ? L’uniforme !
La grande majorité, dont je salue la patience et la persévérance à survivre, espère une issue à cette choucroute (ou couscous) dans laquelle (ou lequel) nous pédalons tous, le retour des petits boulots de 300 dollars par an, le retour à la normale, à l’avant janvier mais avec de nouvelles règles…Cette majorité qui a exprimé son ras-le bol et a perdu des vies humaines sous les balles des garants de la sécurité est prête à donner le volant à qui que ce soit qui lui garantisse une dignité humaine minimale !
Une tranche, que je m’abstiendrai de qualifier ; vit de toute façon très bien sous tous les régimes, s’en sort comme un chef et ne veut pas être dérangée dans son petit confort. Cette tranche estime que les révolutions se font avec des gants, poliment, en respectant l’autorité parce que ça ne se fait pas de parler comme ça et qu’est-ce que vous voulez d’autre, ça suffit les jeunes qui s’amusent place Tahrir, tu vas te coucher tout de suite et tu réponds pas à ta mère (cf.Zoubida) !
Des hypocrites, et il y en a plein la planète, eux, changent tous les jours de veste et un coup retour au boulot et autre coup je soutiens la révolution. Vous les connaissez ? non ? C’est dommage, vous ratez quelque chose !
Bon il y a d’autres aussi mais j’ai pas envie !
Certains petits futés ont compris que faire des risettes aux chars et prendre des photos avec les blindés n’allait pas vraiment résoudre les problèmes de l’Egypte et que c’était bonnet blanc et blanc bonnet. Ceux-là même sont ceux qui n’ont pas besoin de papa et qui ont cultivé leur esprit critique sur le balcon sous tous les régimes dictatoriaux ! Sans faire sciences-po ils ont compris que les démocraties militaires n’existaient pas vraiment. C’est une minorité aux pays des Pharaons, une minorité à qui manque un outil essentiel : écouter l’autre avec les deux oreilles avant de faire jouer les cordes vocales !
Et c’est là qu’intervient Bibi[1] les souvenirs de Bibi les opinions de Bibi et les sacro-saintes analyses de Bibi dont tout le monde fait quotidiennement l’analyse ! (à suivre) J’espère pompeusement enrichir l’humanité ou peut-être l’Egypte et sinon mon ordinateur avec ces quelques lignes.
Bibi doublement petite-fille de généraux, fille de général pilote de combat, nièce d’officier de police, j’en profite aussi pour sortir mes complexes de femme au volant (ou de femme tout court) qui s’est attrapée avec un nombre sérieux de taximen (ou de men tout court au volant et ailleurs) et qui a fini au poste de police avec des démêlés à n’en plus finir avec les gradés !
Ouf ! c’est dit ! maintenant allons-y !
Indépendamment du petit jeune qui m’a laissée poireauter quatre heures avec mon permis dans sa poche dans les années 80, indépendamment du c… qui a considéré mon petit bolide bleu comme inapte parce que ma tête ne lui revenait pas, indépendamment de ce parent et néanmoins colonel qui m’a fait des avances pour me rendre service, indépendamment de ce très arrogant policier qui me parlait de l’importation de différents modèles de soutiens-gorges alors que je venais porter plainte pour vol de mon autoradio, indépendamment du motard gradé qui laissait filer un général à la retraite et qui me coinçait moi en sens interdit, indépendamment de tous ces jeunots ou moins jeunots qui ont retiré mon permis à tort et travers et qui laissaient filer des poids-lourds roulant à 120 à l’heure en pleine nuit, indépendamment des tout-puissants qui trônent fièrement à bord des camions-grues et qui arborent un sourire teinté de sadisme parce qu’ils vous ont choppé en stationnement interdit et en flagrant délit de dérangement de l’ordre régnant impeccablement, indépendamment de ceux qui vous épient aux feux comme un chat à l’affût d’une souris pour vous trouver un tort quelconque, indépendamment de ceux qui vous punissent parce qu’ils portent l’uniforme et qu’ils ont tous les droits, indépendamment du fait qu’en entrant au poste de police vous êtes immédiatement considéré coupable, indépendamment du fait que vous n’avez aucun droit vous pauvre citoyen plaignant et victime, indépendamment de ce mépris écrasant, de ces humiliations inacceptables, de cette arrogance accablante, de cette férocité impitoyable, de cette cruauté innommable, de ces beaux aquariums emplis de poissons multicolores qui jonchent les bureaux, de cette décoration de mauvais goût, de ces voix de stentor (cf. Jacques Brel[2]), indépendamment de l’exploitation ces maigres petits esclaves aux yeux tristes et soumis, domestiques, cireurs de chaussures, faiseurs de thé à la menthe ou de café turc, chauffeurs des enfants, souffre-douleur gratuits, laveurs de lessive, repasseurs d’uniforme, qu’on appelle communément soldats, indépendamment du fraîchement sorti de son école de police qui a déchiré ma carte d’identité (juin 2010 : six mois avant la révolution), …………………………………………………………………………….
Nooon, ils ne sont pas tous pareils !: Comme dans tous les corps de métiers il y a les bons et il y a les mauvais ! Ils vivent aussi des situations incroyables, ils se font tuer par des criminels, ils assurent l’ordre et la sécurité, ils ont des horaires impossibles… Ca c’était ma minute objective !
Et le système Cocos ? Vous avez entendu parler du système bonnes gens ? (à suivre)


[1] bibi, pronom - Moi [Familier].
[2] Mais je jure que d'entendre cet adjudant de mes fesses
C'est des coups à vous faire des armées d'impuissants

samedi 23 juillet 2011

La vallée de la lune


Il y a à Alexandrie un lieu qui bat les records de pollution dans le monde : Wadi el Kamar (vallée de la Lune) Malgré cette appellation romantique ce lieu est infesté d’usine, de poids –lourds, de cimenterie bref de déchets en tout genre. On ne peut pas y échapper, on doit se chopper un truc pas sympa pour les poumons et pour le reste. La durée de vie des habitants s’en trouve largement grignotée, les enfants sont asmathiques mais ils sont pauvres et nombreux et le Grand Méchant Capital s’en tape un peu ! Il y en a tellement qu’ils peuvent crever tranquilles on en a 10 de remplaçants pour 1 de pollué !
Bref tout ceci pour vous dire qu’il ya un naïf monsieur épris d’écologie et pour lequel la vie humaine continue à avoir de la valeur (je ne sais pas comment il fait) qui a décidé de s’installer dans une petite bicoque de Wadi el Kamar et de planter le petit espace à l’entrée de la bicoque. Il a sagement choisi des cactus pour introduire un peu de vert dans le gris ambiant et s’est dit les cactus, c’est solide ! PFFF pensez-vous les cactus ont perdu leurs épines au bout d’une semaine, ils se sont racornis, ont jaunis, ont pris des allures d’ornement de cimetière ! Ca c’est les cactus ! Le monsieur naïf s’est dit, bon on va procéder autrement : je vais introduire la culture du jogging et de l’aérobic. Comme l’aéro est pollué essayons le bic ! (si ça ne vous plaît pas sautez la ligne) !
Tous les matins à 7 heures il sort de la bicoque vêtu d’un T-shirt éclatant de blancheur, d’un short noir et de tennis Lacoste. Il faisait plutôt tache dans ce paysage malsain mais qu’à cela ne tienne, il voulait changer les wadi el kamaristes ! Il était dans la lune pas dans la vallée de la lune ! Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, il faisait ces gestes ridicules étendant les bras, respirant à fons, sautillant sur place ! Puis très en forme il entreprend son jogging en slalomant entre les camions, les amoncellements de poubelle, les déchets des usines et en se prenant les pattes musclées dans des tas d’ordures non-identifiées.
Les habitants du quartier, et vous me pardonnerez cette appellation pour des zombies en état de marche (ou de recul), le regardaient faire sceptiques :
Déjà qu’on a du mal à respirer, pourquoi ce brave monsieur s’essouffle-t-il pour rien ? Bizarre la condition humaine.
Il a tenu comme ça 12 mois, à se familiariser, à patienter, à amadouer, à s’énerver, à s’excuser, à tergiverser, à éviter, à ignorer, à courir, à ramer à contre-courant, à leur montrer des appareils de musculation, des produits étranges et au 13ème mois (eh oui même dans la vallée de la lune, ça porte malheur, enfin si des malheurs supplémentaires pouvaient survenir dans ce coin du globe qui a réussi à faire de l’être humain un déchet) il a déclaré forfait ! Il a vidé la bicoque et il est parti, son T-shirt blanc était devenu noir, son short noir était devenu gris, seul son tableau blanc a survécu puis un des grands pollueurs du coin y a posé ses pattes crasseuses (à suivre)

La petite souris dans le bocal


Souris dans le bocal
Il était une fois une petite souris très énergique que l’on a enfermée dans un bocal pour étudier ses réactions. Cette souris avait la réputation d’un caractère de cochon
Une souris (far) en arabe est au masculin, une souris en français est au féminin, ça arrange la rédactrice souricide.
Un jour, dans une maison poussiéreuse et sombre elle a capturé un petit « far » dans un pot en cuivre, elle l’a enfermé croyant qu’il allait mourir.  3 jours après, le petit far était toujours en vie mais son pelage était mouillé (pipi probablement) et il était terrifié ! La rédactrice sans cœur l’emmène dans une baignoire qui fait la moitié d’une salle de bains minuscule et décide de le noyer. Il résiste. Elle le jette dans les toilettes et tire la chasse d’eau. Les petits yeux luisants vifs et suppliants du petit « far » ne l’ont guère empêchée d’accomplir le geste fatidique ! Tchouk ! Fini ! Morte la petite souris, tient ça rappelle un bébé dont on ne veut pas et qui a failli subi le même sort mais qui comme imbécile, lui, s’est accroché à cette vie de merde qu’il allait payer, payer, payer !
Bref, le regard de la souris n’a pas arrêté d’obsédé notre rédactrice distinguée (très distinguée). Elle s’en est souvenue des années plus tard et comme c’est une culpabilisatrice née (néologisme je m’en fiche) elle a toujours souffert pour cette souris comme pour le viol de sa chienne (oui vous avez bien lu ! un viol ou du moins vécu comme un viol) de la mort de son deuxième chien de souffrance, de tristesse, de maladie, de vieillesse, de peur…
            Voilà donc la souris dans le bocal pour observations diverses et variées.
Le bocal est fort chic ! il se situe dans une belle demeure peuplée de souris médiocres, de souris  d’origine douteuse, de rats voraces, des rongeurs imbéciles, des mulots malhonnêtes et quelques souris sympas. La demeure est également habitée par des chats, des félins, des tigresses et des lionceaux. Ce sont les chats de gouttière qui intéressent notre petite souris dans le bocal. Chaque chat en passant y va de sa petite expérience et le soir ils rendent compte au CHATelin en chef des résultats des comportements de la petite souris.
Quand on la provoque, elle s’énerve
Quand on lui verse de l’eau glacée elle sursaute
Quand on lui jette de l’huile bouillante elle hurle
Très bizarre cette petite souris qui ne fait pas tout ce qu’il faut pour plaire aux chats qui rôdent autour du bocal avec une conclusion quotidiennement répétée : elle est insupportable !
Amadouer le chat, cajoler le chat, ignorer le chat, travailler avec le chat, s’installer dans les griffes du chat (à moitié morte), consoler le chat (bien blessée) !
Miaou !
La petite souris qui ne demande qu’à cohabiter tranquillement et pacifiquement avec les autres souris en a un peu marre du bocal ! (à suivre)
22 juillet 2011

mercredi 11 mai 2011

les microbus et moi

J'ai passé le 10 mai avec 4 collègues , un chauffeur, un type que je ne connais pas et 3 mouches collantes une affaire de 8 heures dans un truc qu'on a qualifié un jour de microbus et qui s'est dirigé vers la capitale et qui es est revenu on ne sait par quel miracle ! Là il faut que j'aille travailler, c'est donc le début d'un texte qui continuera plus tard. Ciao ! 

2004 le cafard 2011 déchaîné

Quand on m'a accusée d'antisémitisme en 2004 parce que j'avais écrit un article maladroit sur Sharon (il est mort ou quoi ? ) mais en fait parce je défendais des droits syndicaux et des personnes en danger un type sympa m'a dit "ils ont pris la bombe atomique pour tuer un cafard" . J'ai adoré le commentaire surtout qu'une collègue plus tard m'a appris que les cafards sont les seuls à ne pas mourir par la bombe atomique ! Bref je n'épiloguerai pas sur les moyens de tuer un cafard, cela fera l'objet d'une thèse plus tard mais... c'est surtout pour dire que Canard ça rime avec cafard et que le cafard c'est moi !
J'ai cherché un truc qui rime avec enchaîné j'ai choisi d'abord enragé, ensuite enragée je l'ai été mais je ne le suis plus ! donc j'ai préféré déchaîné.
Voilà comment est née ma nouvelle signature : Le cafard déchaîné !
Bonne journée
PS j'espère que vous connaissez le journal que j'adore le plus au monde "Le Canard Enchaîné"

dimanche 8 mai 2011

Moi qui croyais ne plus écrire !

Ca faisait très longtemps que je n’avais pas eu envie de dire « je vais faire un texte » et pourtant ce 12 février 2009 (avant le vendredi 13 heureusement) je prends le train pour aller à la capitale infernale de l’Egypte. Un peu assommée par le manque de sommeil et par l’achats de deux billets qui n’ont servi à rien et le paiement d’un troisième in extremis je ne me rends pas trop compte de la « froidure » qui règne dans le wagon de ce train autrefois qualifié d’espagnol. Ne voyez là aucun clin d’œil ibérique, voyez simplement une garantie des railways d’Egypte que toute autre nationalité hormis l’égyptienne arrive à l’heure. Bon bref, ce n’est pas notre propos. Notre propos c’est le retour dans le même train qualifié d’espagnol (encore)
Je suis au téléphone, ce qui est pléonasme concernant ma modeste petite personne. Pendant une heure une amie me « mange les oreilles » comme dirait l’autre et je m’aperçois à peine qu’un vent glacial commence à pénétrer mes pauvres bras devenus graisseux et autrefois maigres.
Au même instant, je vois un jeune homme, vêtu d’une chemise grise (style balzacien : moi, pas la chemise) qui se penche vers un passager du train, qui lui chuchote aimablement des choses en tenant à la main quelque chose qui ressemble à une poignée de porte, puis il traverse élégamment le wagon avec un sourire qui se voudrait charmeur mais qui n’est que niais. Arrivé à ma hauteur, une communication supranaturelle s’établit entre nous et je comprends que c’est le technicien de la climatisation.
Oui oui vous avez bien lu, je ne me suis pas trompée, ce n’est pas le chauffage c’est la climatisation, en février, avec 18 °degrés à l’extérieur, des pulls, des écharpes, des manteaux …. Mais climatisation quand même.
Avec ma superbe naïveté d’égyptienne qui s’entête à ne pas comprendre les rouages mystérieux qui régissent ce pays, je me lève, portable à la main et je lui dis :
-          Attendez, j’ai bien compris, il y a  la clim dans ce train
et il me répond avec un clin d’œil malin, « Je vais la baisser »
et je lui rétorque soulagée « ah oui s’il vous plaît, sauf erreur de ma part, nous sommes en février »
Quelques minutes passent, je suis toujours au téléphone et je recommence à sentir le même souffle glacial (je suis dans les polars actuellement pour raisons de thèse)
Le souffle glacial me dérange donc et je me lève pour chercher le jeune homme charmant à la chemise grise. Je le trouve devant les WC qui par un hasard extraordinaire se trouvent juste en face de l’énorme armoire abritant des centaines de petits interrupteurs et que l’on ouvre avec la poignée de porte qui eut l’audace de traverser le wagon au bout de celui que j’appelais le technicien de la climatisation.
Parmi ces centaines de petits interrupteurs il y en avait un qui m’intéressait : celui de la clim ; j’avais l’outrecuidance d’avoir froid en février dans un train dont le billet m’a coûté 50 livres (tous pourboires compris)
Celui que j’appelle encore le jeune homme à la chemise grise est là avec son sourire voulu séducteur mais imbécile.
J’entame à nouveau la conversation (celle-ci étant intacte) avec lui :
Vous avez remis la clim ?
  • Si j’éteins la clim il fera trop chaud
  • Mais cher Monsieur nous sommes dans la saison hivernale qui comprend si je ne m’abuse le mois de février
  • Ce n’est pas possible d’éteindre complètement la clim je l’ai baissée et cela suffit
(Changement de ton de part et d’autre)
Ah oui et qui est-ce qui décide si ça suffit ou pas ?
  • moi
Et vous êtes qui ?
  • je travaille ici
C’est quelqu’un de responsable qui vous a demandé ça ou c’est de votre propre initiative ?
  • de quoi vous vous mêlez ?
Aie Aie Aie, on dérape là et je commence à hausser ce ton qui en dérange plus d’un !
Ecoutez, j’ai payé un billet et j’estime avoir le droit de ne pas avoir froid en février à cause de la climatisation
  • je suis responsable et c’est moi qui m’en occupe
Peut-être alors on pose la question aux autres voyageurs ?
Le Wagon contenant une soixantaine d’êtres humains (je suppose) dont 57 êtres masculins ; 1 dame normale et une dame voilée et bibi est en émoi mais en émoi tranquille. Ca voudrait dire qu’à peu près 50 personnes une centaine de paires d’yeux (je n’ai pas compté les borgnes, les non-voyants, les endormis et les téléphoneurs) sont tournés vers moi et celui que jadis j’appelais le jeune homme à la chemise grise et qui maintenant s’appelle maintenant le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été.
Ils sont encore silencieux, à leur regard je dénombre une quarantaine de machos et une dizaine d’abrutis
A leur regard, je comprends, c’est quoi cette nana hystérique qui a froid et qui engueule le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été ? C’est vous dire si l’hostilité est ambiante
  • Vous voulez qu’on éteigne la clim ? harangue la foule le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été.
Je suis dans l’expectative où me rejoint un bonhomme de type maffieux qui discutait le bout de gras avec son copain debout devant moi.
 Il était 20 heures et des poussières et le monsieur arborait de superbes lunettes de soleil lui donnant un air légèrement maffieux teinté de ridicule (l’air pas les lunettes)
  • Pourquoi vous ne mettez pas votre manteau ? car il a admirablement déduit que ce truc noir suspendu à côté de mon siège et fabriqué en laine devait être mon manteau
Je fulmine intérieurement et grande dame ne répond pas
J’attends les résultats du référendum. Vous aussi je suppose ?
Eh bien ? Vous ne connaissez pas l’Egypte ? 50 mecs qui se taisent et une nana qui parle, vous croyez que c’est normal ? une nana qui agresse (allez-y c’est la mode, la jardilliaire me l’a déjà faite) le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été. ? une nana qui hausse le ton (ça aussi c’est pas bien du tout) ?
Résultats : ils hochent la tête en disant n’éteignez pas la clim.
Paf dans mes gencives !
Le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été me regarde d’un air victorieux, commence à pavaner dans le wagon et s’incline devant un monsieur barbu qui doit lui dire : qu’est-ce qu’on ne doit pas entendre, c’est une nana et c’est un pécher d’entre sa voix.
Deux gros rigolent avec lui et moi je rumine ma défaite.
C’est alors que le maffieux teinté de ridicule me répète d’un ton goguenard : mettez votre manteau »
Et c’est alors mes enfants qu’il se prend la plus méprisante et la plus glaciale des réponses de sa vie de macho :
  • Toi Coco, tu ne te mêle pas, on ne t’a pas demandé ton avis, au lieu de te mêler de ce qui ne te regarde pas et de bavarder debout avec ton copain et de déranger ma lecture (alors que je téléphonais) tu devrais gagner ta place illico presto
Mon souffre-douleur qui en a pris pour tout le monde est stupéfait mais trouve la force de me répondre :
« Doucement pourquoi vous criez ?» (Cette phrase qui a l’air anodine comme ça est devenue la devise passe-partout de l’Egypte moderne et fera l’objet d’un texte prochain)
Je ne criais pas encore et c’est là pour lui montrer la différence que je hurle :
TA GUEULE
Coup de théâtre !!!
le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été est abordé par un petit monsieur que j’avais mal classé dans mes catégories arbitraires, subjectives et fières de l’être, un petit monsieur barbichu qui hausse le ton (lui aussi) et dit :
  • Qu’est-ce que vous avez tous ? en hiver on met le chauffage pas la clim
Dieu du ciel, je croyais (comme Dupont pour les mirages : vous ne lisez pas tintin ? c’est dommage) qu’on les avait supprimés !
Je bondis de ma place en ayant la ferme intention d’embrasser ce monsieur sur les deux joues et de le serrer contre mon cœur ulcéré par l’injustice de la foule.
La traversée du wagon calme mes ardeurs et je me penche, je lui serre la main et je déclame :
Cher Monsieur, heureusement que vous existez sinon je me serai crue folle comme en est convaincu la totalité de ce wagon.
Ce cher barbichu n’était donc ni borgne, ni aveugle, ni abruti, ni macho, ni voilé…Il y en a de moins en moins en Egypte !

Monsieur le président…

Monsieur le président…
31 décembre 1994
                        Monsieur le Président ,

Je me permets de prendre la plume aujourd'hui pour vous exprimer toute mon indignation( même si cela vous est parfaitement égal) . A la veille d'une nouvelle année , je ricane (quand je pense à votre nouveau mandat et à votre régime démocratique . Je pense que dans  tout autre pays que l' Egypte , ce qui s'est passé ce jeudi de décembre aurait déclenché une Révolution .Nous sommes un peuple pacifique atteint par la folie des grandeurs.
Trouvez-vous normal qu'une ville entière de huit millions d'habitants soit bloquée de 7h du matin à minuit pour une visite officielle ?
Je veux bien croire que la vie du roi Fahd, du président El Assad et la vôtre soient précieuses et les nôtres ? Y avez-vous pensé ?
Avez-vous pensé aux centaines de malades ou de blessés qui n'ont pas pu atteindre l'hôpital ?
Avez-vous pensé aux milliers d'enfants ayant faim, soif et peur bloqués dans les cars de leurs écoles jusqu'à minuit ?
Avez-vous pensé aux vieillards qui ont été obligés de rentrer chez eux à pied à l'autre bout de la ville?
Avez-vous pensé que vos raisons de sécurité concernant 3 personnes pesaient bien léger face aux malheurs que vous avez déclenché chez huit millions d'habitants ?
Avez-vous pensé qu'il existe dans le monde une invention qu'on appelle les Droits de l'Homme ?
NON ! Vous n'avez pensé à rien ! Tant pis si la totalité des rues de la ville est bloquée , tant pis si la vie s'arrête pendant une journée, tant pis si après avoir bloqué la Corniche vous prenez l'avion pour aller à Montazah !
Vous me faites rire avec votre grande pompe, vos airs de président. Et dans ce régime hautement démocratique, les journaux, le lendemain ne mentionnent   RIEN,    mis  à  part  bien  sûr  le déroulement impeccable du mini-sommet d'Alexandrie.
Tout ceci est tout bonnement INCROYABLE, ABERRANT, DECEVANT, REVOLTANT, HUMILIANT ET DESESPERANT.