Je n’ai jamais vraiment aimé les uniformes, ce n’est un secret pour personne, tous les jours je découvre de nouvelles raisons de les aimer de moins en moins. Je ne parle pas des uniformes de maîtres d’hôtel ou d’élèves studieux, je parle des uniformes avec divers symboles sur les épaules, plus y en a moins je les aime !
Raisons familiales, déraison personnelle, relation conflictuelle avec l’autorité…que sais-je encore ? Toujours est-il qu’aujourd’hui je tente de me livrer à une réflexion (ou plusieurs, j’ai le droit) qui se veut objective.
A un moment crucial de l’histoire de l’Egypte qui s’écrit actuellement, des débats multiples ont lieu, le paysage a changé, l’autorité des uniformes en a pris un coup. Le 25 août ça fera exactement 7 mois que nous avons levé la tête et que nous avons commencé à dire non. Le grand manitou a été éjecté, des postes de police ont brûlé, les petits bonshommes, aux grosses motos ; aux sirènes tonitruantes, aux lunettes de soleil époustouflantes ont en pris pour leur grade si j’ose dire ! Aussi discret qu’il l’a été pendant 20 ans, celui auquel le grand manitou a confié les rênes du pouvoir, se tient tranquille (c’est lui qui possède le plus grand nombre de fanfreluches aux épaules) avec toute la clique qui l’entoure. Une multitude d’autoproclamés politologues émettent le plus grand nombre de théories sur la « situation actuelle dans le pays » comme le disent les chaînes sérieuses. Dans cette foire à la parole et à la liberté d’expression (Dieu merci, il était temps !) les plateaux télé foisonnent de débats en tout genre, l’Egypte s’éveille à la critique tout en oubliant que l’esprit critique est ce petit truc qui est le plus propre depuis 1952 vu que tout le monde s’est évertué à le laver pour faire de nous des moutons bêlants ! Heureusement certains ont continué à le cultiver sur le balcon, ce fameux esprit critique qui nous manquait tant !
Ce n’est ni la première révolution populaire dans le monde, ni la dernière, ce n’est ni le premier ras-le-bol ni le dernier, mais : les outils d’évaluation sont encore à inventer, vu que la nation arabe est balbutiante en matière de vie collective sans papa au volant.
Trois mots-clés sont dans l’air du temps : sécurité, démocratie et barbus. La sécurité est ébranlée, ceux qui l’assuraient sont ceux-là mêmes qui l’ont mutilée, bâillonnée, violée. La démocratie, elle, est un terme largement galvaudé avec des soi-disant modèles occidentaux qui ont donné des résultats …hum, sur lesquels je ne m’étendrai pas (ou du moins pas maintenant) Je me bornerai à dire que le pétrole est un motif sine qua none de recherche frénétique de la démocratie à une échelle planétaire et que les dictateurs arabes étaient persona grata il n’y a pas si longtemps que ça ! Quant aux barbus, avec les textes saints brandis et largement cités, allez leur expliquer qu’ils ne sont pas mandatés personnellement pour avoir toujours raison en matière de vie collective et que la parole divine n’est pas leur apanage exclusif ! (à suivre)
Face à tout ce babillage médiatique, populaire, politicien, journalistique, démocratique, sécuritaire, économique…j’ai envie de papoter moi aussi. Ca faisait sept ans que j’essayais de rafistoler cette plume (ou ce clavier Mme A.C.) qu’un grand pays démocratique et défenseur des drwadeulom avait cassée en menus morceaux. Elle va mieux je vous remercie mais elle est encore tremblante et en tout cas a bien compris que toute vérité n’est pas bonne à dire, que les intérêts supérieurs priment sur la justice, qu’elle a eu tort de combattre les abuseurs (de pouvoir) et les dictateurs.(à suivre)
Je m’égare, je m’égare…revenons à nos moutons pardon à mes uniformes.
Récapitulons : L’Egypte entière est actuellement à la recherche d’un papa différent pour lui faire prendre le volant, vu que tous les papas depuis 1952 avaient plus ou moins raté leur mission et nous ont amenés droit dans le mur.
Qu’avaient-ils de commun ? L’uniforme !
La grande majorité, dont je salue la patience et la persévérance à survivre, espère une issue à cette choucroute (ou couscous) dans laquelle (ou lequel) nous pédalons tous, le retour des petits boulots de 300 dollars par an, le retour à la normale, à l’avant janvier mais avec de nouvelles règles…Cette majorité qui a exprimé son ras-le bol et a perdu des vies humaines sous les balles des garants de la sécurité est prête à donner le volant à qui que ce soit qui lui garantisse une dignité humaine minimale !
Une tranche, que je m’abstiendrai de qualifier ; vit de toute façon très bien sous tous les régimes, s’en sort comme un chef et ne veut pas être dérangée dans son petit confort. Cette tranche estime que les révolutions se font avec des gants, poliment, en respectant l’autorité parce que ça ne se fait pas de parler comme ça et qu’est-ce que vous voulez d’autre, ça suffit les jeunes qui s’amusent place Tahrir, tu vas te coucher tout de suite et tu réponds pas à ta mère (cf.Zoubida) !
Des hypocrites, et il y en a plein la planète, eux, changent tous les jours de veste et un coup retour au boulot et autre coup je soutiens la révolution. Vous les connaissez ? non ? C’est dommage, vous ratez quelque chose !
Bon il y a d’autres aussi mais j’ai pas envie !
Certains petits futés ont compris que faire des risettes aux chars et prendre des photos avec les blindés n’allait pas vraiment résoudre les problèmes de l’Egypte et que c’était bonnet blanc et blanc bonnet. Ceux-là même sont ceux qui n’ont pas besoin de papa et qui ont cultivé leur esprit critique sur le balcon sous tous les régimes dictatoriaux ! Sans faire sciences-po ils ont compris que les démocraties militaires n’existaient pas vraiment. C’est une minorité aux pays des Pharaons, une minorité à qui manque un outil essentiel : écouter l’autre avec les deux oreilles avant de faire jouer les cordes vocales !
Et c’est là qu’intervient Bibi[1] les souvenirs de Bibi les opinions de Bibi et les sacro-saintes analyses de Bibi dont tout le monde fait quotidiennement l’analyse ! (à suivre) J’espère pompeusement enrichir l’humanité ou peut-être l’Egypte et sinon mon ordinateur avec ces quelques lignes.
Bibi doublement petite-fille de généraux, fille de général pilote de combat, nièce d’officier de police, j’en profite aussi pour sortir mes complexes de femme au volant (ou de femme tout court) qui s’est attrapée avec un nombre sérieux de taximen (ou de men tout court au volant et ailleurs) et qui a fini au poste de police avec des démêlés à n’en plus finir avec les gradés !
Ouf ! c’est dit ! maintenant allons-y !
Indépendamment du petit jeune qui m’a laissée poireauter quatre heures avec mon permis dans sa poche dans les années 80, indépendamment du c… qui a considéré mon petit bolide bleu comme inapte parce que ma tête ne lui revenait pas, indépendamment de ce parent et néanmoins colonel qui m’a fait des avances pour me rendre service, indépendamment de ce très arrogant policier qui me parlait de l’importation de différents modèles de soutiens-gorges alors que je venais porter plainte pour vol de mon autoradio, indépendamment du motard gradé qui laissait filer un général à la retraite et qui me coinçait moi en sens interdit, indépendamment de tous ces jeunots ou moins jeunots qui ont retiré mon permis à tort et travers et qui laissaient filer des poids-lourds roulant à 120 à l’heure en pleine nuit, indépendamment des tout-puissants qui trônent fièrement à bord des camions-grues et qui arborent un sourire teinté de sadisme parce qu’ils vous ont choppé en stationnement interdit et en flagrant délit de dérangement de l’ordre régnant impeccablement, indépendamment de ceux qui vous épient aux feux comme un chat à l’affût d’une souris pour vous trouver un tort quelconque, indépendamment de ceux qui vous punissent parce qu’ils portent l’uniforme et qu’ils ont tous les droits, indépendamment du fait qu’en entrant au poste de police vous êtes immédiatement considéré coupable, indépendamment du fait que vous n’avez aucun droit vous pauvre citoyen plaignant et victime, indépendamment de ce mépris écrasant, de ces humiliations inacceptables, de cette arrogance accablante, de cette férocité impitoyable, de cette cruauté innommable, de ces beaux aquariums emplis de poissons multicolores qui jonchent les bureaux, de cette décoration de mauvais goût, de ces voix de stentor (cf. Jacques Brel[2]), indépendamment de l’exploitation ces maigres petits esclaves aux yeux tristes et soumis, domestiques, cireurs de chaussures, faiseurs de thé à la menthe ou de café turc, chauffeurs des enfants, souffre-douleur gratuits, laveurs de lessive, repasseurs d’uniforme, qu’on appelle communément soldats, indépendamment du fraîchement sorti de son école de police qui a déchiré ma carte d’identité (juin 2010 : six mois avant la révolution), …………………………………………………………………………….
Nooon, ils ne sont pas tous pareils !: Comme dans tous les corps de métiers il y a les bons et il y a les mauvais ! Ils vivent aussi des situations incroyables, ils se font tuer par des criminels, ils assurent l’ordre et la sécurité, ils ont des horaires impossibles… Ca c’était ma minute objective !
Et le système Cocos ? Vous avez entendu parler du système bonnes gens ? (à suivre)
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