Je collectionnais les paquets de
cigarettes quand j’étais petite. J’ai toujours plus ou moins connu mon
grand-père et ma mère furieux contre mon oncle, mort à 34 ans, qui avait une
longue histoire (très douloureuse) avec la cigarette.
Mon père, très gros fumeur, 3
paquets de Kent King Size par jour, m’a offert quand j’avais 10 ans tout au
plus un paquet (plein) pour ma collection. Il n’est évidemment pas resté plein
longtemps…Dans les années 80 un certain jour, avec certaines amies, j’ai
découvert la cigarette/ plaisir, celle que l’on partage, celle avec laquelle on
transgresse tout les tabous, celle à l’aide de laquelle on appartient au
groupe. En débarquant au Centre, en tant qu’étudiante de Sup, j’avais 17 ans
(il y a exactement 30 ans). Toutes mes profs/ idoles fumaient : Patrick,
Mireille, Jean-Pierre, Christian et ….moi. Je me cherchais des modèles, j’ai
acheté mon premier paquet et depuis je n’ai jamais arrêté cette relation je
t’aime/ je te fuis avec cette chose nocive mais quand même irremplaçable !
Même de 2005 à 2010 quand j’ai
arrêté - complètement - de fumer, ma relation à la cigarette n’était pas toute
à fait éteinte, si j’ose m’exprimer ainsi…Ceci-dit j’avais arrêté en janvier
2005 en gage de loyauté au Dr. Serageldin ; directeur de la Bibliotheca,
devant lequel j’étais en admiration béate. Et dire que c’est à cause de la
cigarette, de la fumée et de l’odeur que j’ai quitté le Centre en 2010 !
De fumeuse invétérée, j’étais devenue une militante anti-tabac et la
standardiste insistait à fumer à proximité de son poste tout en nous faisant
croire qu’elle fumait à l’extérieur. Madame voulait les fenêtres ouvertes,
Madame faisait ouvrir les fenêtres par la femme de ménage, cette tache étant
trop ingrate pour elle, Madame se fichait du bruit. Mes pauvres oreilles
intolérantes au bruit, mon pauvre odorat intolérant à l’odeur nauséabonde (si
si je vous promets) de la clope, mon pauvre moi allergique à cette dame
tentaculaire, « pieuvresque » et championne de chantages affectifs en
tout genre ont fait que boum dispute boum dénonciation boum couardise, lâcheté
et ingratitude boum directeur saisissant l’occasion boum la smalla diplomatique
saisissant l’occasion boum un dossier de plus contre moi boum je fais un énième
contre-dossier boum je décide de démissionner après 21 ans de bons et loyaux
services BOUM tous des médiocres !
Comme cette c----sse, qui me
tutoyait alors que je la vouvoyais, qui nous servait de directrice-adjointe
jusqu’en 2004 et à qui j’ai un jour eu la bêtise de dire ; « je suis
une fumeuse insatisfaite » .Elle répondit : « pas que
fumeuse »
« Et ta sœur ? »
Comme substitut il y avait aussi
la chicha que je fumais avec mon directeur préféré dans son bureau !
Mais revenons à la
cigarette :
Nazly a arrêté, Nazly a repris,
ah bon tu as arrêté ? Tu ne tiendras jamais, tu fumes trop, Ah bon tu
avais arrêté, tu as influencé des générations entières qui ont fumé en prenant
ton exemple, il ne faut pas fumer chez les scouts, à l’intérieur, chez les
non-fumeurs, à la bibliothèque, dans son bureau, devant les enfants, dans une
pièce fermée, dans le métro, dans les lieux publics …
La cigarette ? Trente ans
après. Clivage diront les freudiens (pas seulement) symbole phallique,
identification au père, stade oral, stade anal, nostalgie du sein maternel….
Tout ça et la cigarette avec le
café, la cigarette après le jeûne, la cigarette du matin, la cigarette
habitude, la cigarette plaisir, la cigarette complice, la cigarette à la plage,
la cigarette au boulot, la cigarette pour sortir de la réunion, la cigarette
pour se concentrer, la cigarette pour se détendre, la cigarette pour travailler
tard le soir, la cigarette pour se récompenser, la cigarette pour souffler, la
cigarette traductrice des émotions, la cigarette après…tout et avant
tout !
De juin 2010 (irruption d’un
violeur présumé dans mon espace vital) à 2014 (où je fais une série de deuils
les uns plus gros que les autres et il en reste) j’arrête, je reprends, j’arrête,
je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je
reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête,
je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends,….Scénario de ma vie
passée. J’ai tout essayé : la lecture, l’hypnose, la volonté, la
saturation, les patchs, les substituts nicotiniques (ta mère t’auras des
frères)
Aujourd’hui j’écris…Je ne cherche
plus mon père, j’ai dépassé la nostalgie du sein maternel (y a pas si longtemps
que ça) et j’annonce ça à mes amis : Encouragez-moi à arrêter,
félicitez-moi d’essayer d’arrêter, ne me blâmez pas d’avoir mis 30 ans à y
arriver, montrez-moi la moitié pleine du verre, ne me donnez pas de leçons de
morale, je les connais toutes par cœur (je suis assez grande) Le tabac est
mauvais pour la santé ? Ah bon ? Je ne savais pas.




