Le cauchemar en place, depuis le 1er janvier 2001 en Egypte, a sûrement fait couler beaucoup d’encre. Une plume célèbre, celle d’Alexandre Buccianti (Le Monde) s’est déjà attaqué au problème, ceci devrait dissuader la modeste rédactrice de ce non moins modeste témoignage mais non…je me lance.
Pour qui sillonne les rues d’Alexandrie ou d’Egypte, une conduite légèrement brouillonne le saisit à la gorge. Cela pourrait avoir un aspect sympathique, cette allègre cohabitation des bus, des chiens, des poids-lourds, des piétons, des ânes, des voitures et des charrettes. L’obtention du permis de conduire (délivré souvent par correspondance) ne veut pas nécessairement dire la maîtrise de la conduite ou la connaissance élémentaire du code de la route. Les voitures en infraction sont hélas le plus souvent les voitures officielles : police, pompiers, officiers en tout genre. Les piétons, même s’ils ont tendance à se mesurer aux véhicules motorisés en leur coupant le chemin ou en essayant de les doubler, n’ont que de maigres droits dans la rue. Et la liste est longue…
De ce magma dantesque, émerge une nouvelle loi sur la circulation : port obligatoire de la ceinture de sécurité ! Branle-bas de combat ! Rigueur soudaine et implacable, amendes, contrôle, retrait de permis…bref l’application d’une règle qui, ma foi, paraîtrait au prime abord légitime.
Les derniers mois précédant l’application de cette loi spartiate marqueront l’histoire de l’Egypte. Signalons au passage qu’un pourcentage important de véhicules circulant librement est privé de l’invention grotesque nommée « ceinture de sécurité ». Il fallait donc pallier le manque et mettre en avant la célèbre débrouillardise égyptienne. « Ceinture de sécurité » ?
Qu’à cela ne tienne, je t’en donne moi des ceintures, je te les vends même au marché noir, je te les fabrique, je te les invente. Les matériaux les plus bizarres ont été utilisés pour cette opération sacrée : bouts de satin noir, bandoulière de sac à main, laisse de chien, ceinture de robe de chambre et bien sûr parfois ceinture originale du constructeur automobile.
Je ne pense pas que les innombrables Mercedes ou véhicules d’origine asiatique aient souffert cette recherche ingénieuse.
Les transports en commun, eux, soumis à la même réglementation, se désolent. Une même ceinture de x mètres de long devra-t-elle unir dans la rigueur ambiante, hommes, femmes et enfants ?
Si on ne veut voir que l’aspect comique de la chose, on pourrait dire : qu’ils sont mignons ces sages automobilistes ficelés dans leur siège et se mouvant avec précaution.
Et la polémique bat son plein : débats à la télé, interviews de haut gradés de la police, discussions dans les cafés, rumeurs, crises, coups de gueule, montée de l’adrénaline…Rien n’y fait, vous serrerez la ceinture !
N’est-il pas légèrement étonnant de voir que les seuls conducteurs non-exposés aux dangers de la conduite sans ceinture de sécurité sont ceux qui ont imposé cette loi (ou leurs chauffeurs). Ceinture de sécurité incompatible avec le port de l’uniforme.
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