Ephéméride
Quand on veut modifier ses
papiers d’identité dans mon pays, il faut s’attendre à tout ! Jusqu’en
2011, il était normal de n’avoir aucun droit, normal de se faire traiter de
sous-merde par un fonctionnaire miteux ou une voilée qui pue. Il fallait
attendre Godot tout en ne sachant pas qu’on l’attendait. Il fallait supplier,
soudoyer, gueuler, se taper la tête contre le mur… c’était c comme ça et pas
autrement.
Après l’éjection de Moubarak
(puisque ça se limite à ça ce qu’on fait depuis deux ans) c’est la
boîte-surprise tout le temps, partout, et avec tout le monde. Dans la rue, dans
les administrations, avec autorité, avec les défuntes lois…
Toujours est-il que je voulais
changer mon adresse et la dénomination de ma profession. Du 18 au 39 il y a au
moins 11 points ! Quant à ma profession, je trouvais plutôt patibulaire de
continuer à être consultante du directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie
puisque je n’ai été consulté en rien et que mon pauvre métier est malmené et
que tout le monde ne comprend pas de la même manière ce que veut dire une
bibliothèque.
Bref, je remplis les formulaires,
je fais les photocopies, je réponds sagement à monseigneur moustachu et
bureaucrate et je m’entends dire : vous êtes « demoiselle » en
français on aurait dit célibataire et ça passait… Indépendamment du fait que la
question était superflue puisque je ne demandais pas à changer mon état civil,
ça fait bizarre quand même qu’une personne que vous ne connaissez ni d’Adam ni
d’Eve s’inquiète de l’état de votre hymen ou de votre potentielle virginité.
J’ai osé un timide « comme c’est écrit » et j’ai avalé ma colère. Ma
carte d’identité avec la mention responsable de la médiathèque (je ne suis pas
responsable et il n’y a plus de médiathèque) avait déjà été déchirée par un petit
officier de merde, je ne voulais pas que la nouvelle subisse le même sort avant
de voir le jour.
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