Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








jeudi 19 janvier 2017

Début de texte...

Ayant passé un demi-siècle sur cette planète à chercher une place, ayant toujours été en quête d'appartenance, d'identité, de sécurité, de reconnaissance (coincée entre naissance et connaissance, entre maux et mots), j'ai pris des feuilles blanches qui accueillaient les signes noirs de l'écrit (les cris) et j'ai choisi de leur livrer ma vie en prose, mes cogitations en vrac. Pour une native des Gémeaux; bilingue et binationale, les pages qui suivent ne pouvaient que se placer sous le signe de la dualité.

            En remontant un petit peu dans le temps pour camper le décor et les personnages, je me découvre un destin intimement lié à l'histoire du pays où je suis née (L'Egypte)
            J'ai eu comme tout le monde deux grands-pères, mais il se trouve que tous les deux, généraux directeurs de prisons, ont servi du temps des Anglais et de la Royauté réunis. L'année 1952 (Révolution ou coup d'état militaire ? ) a mis fin à leur carrière et changé le destin de l'Egypte. Mon grand-père maternel, contemporain du Général Naguib, a toujours cordialement détesté le Colonel Nasser (comme beaucoup d'ailleurs). Mon grand-père paternel lui a engendré un pilote de combat (mon illustre géniteur) qui vouait au même colonel Nasser une adoration sans bornes (comme beaucoup d'ailleurs) mais ceci....jusqu'en 1967 ! Quelle année ! Celle de ma naissance !
            Le dimanche 4 juin 1967 je faisais mon entrée dans le monde et le lendemain l'Egypte subissait une défaite cuisante. Pendant que je poussais mes premiers vagissements, mon père, lui, parti d'une piste de décollage fracassée, s'en allait abattre un avion israélien.
            Ma mère, élevée par des religieuses françaises et catholiques dans un établissement portant le nom de Notre Dame de Sion (!) avait connu l'Alexandrie cosmopolite et souffert du départ forcé de ses amies en 1956. Francophone pratiquante, elle a superbement ignoré l'agression tripartite et a adopté la langue de cette France de son enfance. Elle a toujours voué une haine féroce à ce colonel Nasser qui avait mis son papa à la retraite, nationalisé les biens de familles amies, mis à la porte ses copines juives et son Roi Farouk adoré. Nasser incarnait désormais l'injustice et la nouvelle Egypte qu'elle ne reconnaissait plus.
            Pendant que ma mère me dotait d'un prénom de reine (Nazly, mère de Farouk). le régime de Nasser jetait en prison militaire mon père dans le cadre de l'affaire Abdel Hakim Amer.
On conviendra que ces quelques informations familiales constituaient déjà un héritage bien lourd pour ce bébé né à la veille de la défaite de son pays natal.
            Peut-être est-il utile de mentionner également que mon papa militaire arabophone ne voulait pas d'enfant et que ma maman littéraire , enseignante de langue française et de traduction voulait une fille et c'est pour cela qu'ils se sont quittés avant ma naissance, leur divorce, qui a eu lieu au tribunal, a été observé du haut de mes dix-huit mois.
            Tout ce qui a bercé mon enfance et agressé mon innocence (n'ayons pas peur des rimes) a conditionné mon absence d'appartenance ou mes appartenances multiples.

            A l'aube de mon demi-siècle d'existence laborieuse, j'ai établi un parallèle fort œdipien entre ceux qui présidaient aux destinées de l'Egypte face au peuple égyptien ET mon père face à moi. J'ai longuement réfléchi aux chemins qui ont mené à mon adoption de la langue française et à ces liens qui m'unissaient à la France.
             
            Je me suis interrogée sur la signification de l'appartenance, je me suis interrogée sur ma différence, je me suis interrogée sur ma quête de reconnaissance.

            J'ai frappé aux portes de la psychanalyse, de la religion, de la sociologie, de la langue, de la généalogie, de la médecine, des arts, de la littérature, de l'histoire, de l'informatique...[1]



[1] Voilà donc l'ensemble de cette classification Dewey que j'ai côtoyée pendant 27 ans qui entraîne ma plume et marie dans mon inconscient la connaissance, l'écriture et toutes mes quêtes.

mardi 15 mars 2016

Et crie...écris

Quand je poursuivais la littérature française, son enseignement, ses diplômes et sa Sorbonne...
C'est une histoire familiale
Quand je rangeais des bibliothèques et persécutais les directeurs pour leur apprendre la valeur de ce métier
C'est une histoire de substitut
Quand je vendais la lecture que j'adorais
C'est une histoire d'enfance
Quand j'appartenais à des institutions
C'est tout le hic ! appartenance, à part tenance
Quand j'écrivais pour frapper
C'est une histoire de voie, de voix, de censure
Quand je croyais ce qu'on me disait
C'est une histoire d'abus
Quand je dépensais et me dépensais pour appeler
C'est une histoire de reconnaissance
Quand mes grands chevaux...
Calme-toi
Tout ce qui précède a fait ce que tu es aujourd'hui. Toutes les réparations sont dans cette écoute, ce respect, cette empathie que tu prodigues.
Oublie l'abandon et abandonne le passé.
Oublie les blessures et soulage la souffrance
Quitte tes habitudes et fais le plongeon dans l'inconnu
Coupe tous ces liens qui t'empêchent de voler de tes propres ailes
Utilise les mots pour soulager les maux
Et crie, écris, écrit c'est toujours une histoire de maladie de mal/a/dis "mal à dit"
Tes grands chevaux se portent bien, ils ne sautent plus les barres plus hautes, ils ne sont plus dans la course, ils n'ont plus rien à prouver. Descends de selle et laisse courir, laisse mourir mais ne laisse jamais pourrir !

Des yeux cernés

Quand un enfant cancéreux, qui n'a même pas la force de lever ses pauvres yeux cernés vous dit dans un souffle : "je suis fatigué"...vous relativisez à ce moment les problèmes de la terre entière.

De toutes mes forces j'essaye de convaincre mes patients que leurs problèmes sont uniques, que les sottises du genre "tout le monde a des problèmes", "regarde ceux qui souffrent et tu sauras que tu vas bien" ne doivent pas les atteindre.

Entre les deux, je suis bien obligée de convenir qu'un enfant qui souffre, qui se demande pourquoi moi, qui demande à Dieu de le rappeler à lui vous fait voir le monde sous un autre jour. Evaporés les problèmes politiques, financiers, petits bobos et anciennes blessures....UN ENFANT SOUFFRE !

Ces pauvres petites mains bleuies cachent derrière chaque hématome une souffrance indescriptible et vous êtes là, vous adulte qui dites que la vie est difficile, impuissant, honteux, déchiré.

Comment soulager ce gamin ? Du fonds de cette impuissance vous pensez aux industries pharmaceutiques internationales et multinationales et avez envie de leur souhaiter de vivre cette expérience au lieu de s'enrichir sur le dos des malades (surtout les enfants)

C'est une leçon de vie qui m'a frappée un samedi et qui m'a rappelé la futilité de toutes ces choses qui encombrent notre quotidien.


samedi 2 mai 2015

Allo papa bobo

Elle aurait voulu que tu prennes sa menotte dans la tienne
Elle aurait voulu être comme les autres
Elle aurait voulu ne pas avoir peur de toi
Elle aurait voulu que tu sois son modèle de prince charmant
Elle aurait voulu que tu applaudisses ses succès
Elle aurait voulu que tu t’inquiètes pour sa fièvre
Elle aurait voulu te voir en se réveillant après les opérations
Elle aurait voulu que tu lui fasses passer ses caprices
Elle aurait voulu que tu lui fasses faire un tour d’hélicoptère
Elle aurait voulu se sentir aimée, désirée, protégée
Elle aurait voulu que tu sois fière d’elle
Elle aurait voulu que tu lui payes ses voyages
Elle aurait voulu que tu saches combien elle s’est battue contre l’injustice
Elle aurait voulu ne pas avoir besoin de tous ces « adoptifs »
Elle aurait voulu ne pas se barricader contre le bonheur
Elle aurait voulu être petite et toi grand
Elle aurait voulu que tu reconnaisses son existence
Elle aurait voulu être un chien, un fusil, un bateau…
Elle aurait voulu de ta tolérance envers sa maman
Elle aurait voulu connaître ta générosité, ta protection, tes colères
Elle aurait voulu que tu lui répares sa voiture
Elle aurait voulu attendre sans être déçue, demander sans être humiliée, hurler sans être incomprise, fatiguée sans être fautive…tout le temps fautive…éternellement fautive
Elle aurait voulu que tu l’écoutes
Elle aurait voulu que tu voies sa faiblesse, entende ses pleurs, efface ses larmes
Elle aurait voulu compter, compter pour toi, compter sur toi, compter tes sous
Elle aurait voulu sentir son appartenance et ses racines
Elle aurait voulu que tu pardonnes ses colères et ses frustrations
Elle aurait voulu un papa normal, son héros et non pas UN héros pour les autres et parmi tant d’autres

Ce n’est pas grave…elle a admirablement fait avec ou sans

On lui conseille de tourner la page mais elle préfère jeter le cahier

Une page blanche s’ouvre, les signes noirs de l’écriture apparaissent, la vie en rose se dessine, les bleus de l’âme se soignent, le rire jaune s’estompe, les yeux rouges rient à nouveau,  la lumière est au bout du tunnel.



vendredi 1 mai 2015

Bonne Fête du Travail (sur soi)

1er mai…C’était la fête des Travailleurs et c’est devenu la fête du Travail…

Et la fête du Capital et des Capitalistes ? C’est pour quand ? Et la fête du Chômage et du Patronat réunis c’est pour quand ? Et la fête des Réductions d’effectifs ? Et la fête des Restructurations ? Et la fête des Suppressions de postes et Restrictions Budgétaires ? Et la fête des Multinationales ? Et la fête de la Bourse ? Et la fête des Agences de notation ? Et la fête des Parts de marchés ? Et la fête des Petits et Grands Actionnaires réunis ? Et la fête des Bénéfices ? Et la fête de la Dette des Etats ? Et la fête des Banques ?
Tout ce beau monde mériterait vraiment qu’on le célèbre et trêve de travailleurs, de travail, d’heures supplémentaires, de pénibilité et autres sornettes d’un monde idéaliste révolu !
On espérait leur faire leur fête et c’est nous qui sommes à la fête depuis si longtemps.

Qui nous ? Nous les naïfs, nous les imbéciles, nous les populations que les fins de mois guettent impitoyablement, nous les marionnettes…Ainsi font, font, font, les petites marionnettes, trois petits tours et puis s’en vont, s’en vont pleurer, s’en vont hurler, s’en vont se résigner, s’en vont lutter, s’en vont s’épuiser !
Je revendique mon statut de petite marionnette et je m’en remets aux puissances occultes qui décident du sort des petites marionnettes.
Blasée ? Noooon  Réaliste ? Ouiiiiiiiii
Petits rouages des grosses machines, petites créatures aux yeux bandés, petits soldats sur tous les fronts, petites victimes à la merci des Grands Systèmes, petits ouvriers humiliés, petits employés surchargés, petits esclaves humiliés, petits agents sanctionnés, petites choses harcelées, petits muscles exténués, petits salariés menacés, petits journaliers apeurés, petits chômeurs oubliés, petits retraités ignorés…Je vous salue, je me joins à vous, je me souviens de vous, je vous respecte, je vous admire !
Pour une seule et unique fois la Minorité écrase la Majorité : les Fortunés (une poignée sur le globe) face aux Nécessiteux (une majorité sur terre et sous terre) et des Centaines face à des Milliards (des humains et non des devises),

Quand un 1er mai, les médias en France ne retiennent que les circonvolutions du Front National et les querelles des syndicats devenus inutiles pour un Français sur deux, il y a péril en la demeure et le péril demeure.

Dans ce monde dans lequel les peuples survivent et les puissants s’enrichissent, les malades observent les gains des firmes pharmaceutiques au lieu d’espérer des remèdes, les supporters regardent le ballon au lieu de lorgner sur le salaires des joueurs, les drogués attendent leurs doses au lieu profiter des milliards qu’ils génèrent, les civils périssent sous le feu des armes sans rien demander aux trafiquants qui allument des guerres juteuses, les populations subissent la Dette et l’Austérité sans se demander à qui profite-t-elle ?

Il fut un temps où je me serais révoltée, il fut un temps où je me serais opposée, il fut un temps où j’aurais milité aveuglément, mais la petite marionnette a décidé de « cultiver son jardin »  et de militer pour une seule valeur : l’humanisme, la seule solution dans ce bas monde si matérialiste, si injuste et si dénué d’humanité. Bonne Fête du Travail sur soi !


vendredi 12 septembre 2014

J'arrête, je reprends, j'arrête, je reprends...



Je collectionnais les paquets de cigarettes quand j’étais petite. J’ai toujours plus ou moins connu mon grand-père et ma mère furieux contre mon oncle, mort à 34 ans, qui avait une longue histoire (très douloureuse) avec la cigarette.
Mon père, très gros fumeur, 3 paquets de Kent King Size par jour, m’a offert quand j’avais 10 ans tout au plus un paquet (plein) pour ma collection. Il n’est évidemment pas resté plein longtemps…Dans les années 80 un certain jour, avec certaines amies, j’ai découvert la cigarette/ plaisir, celle que l’on partage, celle avec laquelle on transgresse tout les tabous, celle à l’aide de laquelle on appartient au groupe. En débarquant au Centre, en tant qu’étudiante de Sup, j’avais 17 ans (il y a exactement 30 ans). Toutes mes profs/ idoles fumaient : Patrick, Mireille, Jean-Pierre, Christian et ….moi. Je me cherchais des modèles, j’ai acheté mon premier paquet et depuis je n’ai jamais arrêté cette relation je t’aime/ je te fuis avec cette chose nocive mais quand même irremplaçable !
Même de 2005 à 2010 quand j’ai arrêté - complètement - de fumer, ma relation à la cigarette n’était pas toute à fait éteinte, si j’ose m’exprimer ainsi…Ceci-dit j’avais arrêté en janvier 2005 en gage de loyauté au Dr. Serageldin ; directeur de la Bibliotheca, devant lequel j’étais en admiration béate. Et dire que c’est à cause de la cigarette, de la fumée et de l’odeur que j’ai quitté le Centre en 2010 ! De fumeuse invétérée, j’étais devenue une militante anti-tabac et la standardiste insistait à fumer à proximité de son poste tout en nous faisant croire qu’elle fumait à l’extérieur. Madame voulait les fenêtres ouvertes, Madame faisait ouvrir les fenêtres par la femme de ménage, cette tache étant trop ingrate pour elle, Madame se fichait du bruit. Mes pauvres oreilles intolérantes au bruit, mon pauvre odorat intolérant à l’odeur nauséabonde (si si je vous promets) de la clope, mon pauvre moi allergique à cette dame tentaculaire, « pieuvresque » et championne de chantages affectifs en tout genre ont fait que boum dispute boum dénonciation boum couardise, lâcheté et ingratitude boum directeur saisissant l’occasion boum la smalla diplomatique saisissant l’occasion boum un dossier de plus contre moi boum je fais un énième contre-dossier boum je décide de démissionner après 21 ans de bons et loyaux services BOUM tous des médiocres !
Comme cette c----sse, qui me tutoyait alors que je la vouvoyais, qui nous servait de directrice-adjointe jusqu’en 2004 et à qui j’ai un jour eu la bêtise de dire ; « je suis une fumeuse insatisfaite » .Elle répondit : « pas que fumeuse »
« Et ta sœur ? »
Comme substitut il y avait aussi la chicha que je fumais avec mon directeur préféré dans son bureau !

Mais revenons à la cigarette :
Nazly a arrêté, Nazly a repris, ah bon tu as arrêté ? Tu ne tiendras jamais, tu fumes trop, Ah bon tu avais arrêté, tu as influencé des générations entières qui ont fumé en prenant ton exemple, il ne faut pas fumer chez les scouts, à l’intérieur, chez les non-fumeurs, à la bibliothèque, dans son bureau, devant les enfants, dans une pièce fermée, dans le métro, dans les lieux publics …

La cigarette ? Trente ans après. Clivage diront les freudiens (pas seulement) symbole phallique, identification au père, stade oral, stade anal, nostalgie du sein maternel….
Tout ça et la cigarette avec le café, la cigarette après le jeûne, la cigarette du matin, la cigarette habitude, la cigarette plaisir, la cigarette complice, la cigarette à la plage, la cigarette au boulot, la cigarette pour sortir de la réunion, la cigarette pour se concentrer, la cigarette pour se détendre, la cigarette pour travailler tard le soir, la cigarette pour se récompenser, la cigarette pour souffler, la cigarette traductrice des émotions, la cigarette après…tout et avant tout !

De juin 2010 (irruption d’un violeur présumé dans mon espace vital) à 2014 (où je fais une série de deuils les uns plus gros que les autres et il en reste) j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends, j’arrête, je reprends,….Scénario de ma vie passée. J’ai tout essayé : la lecture, l’hypnose, la volonté, la saturation, les patchs, les substituts nicotiniques (ta mère t’auras des frères)
Aujourd’hui j’écris…Je ne cherche plus mon père, j’ai dépassé la nostalgie du sein maternel (y a pas si longtemps que ça) et j’annonce ça à mes amis  : Encouragez-moi à arrêter, félicitez-moi d’essayer d’arrêter, ne me blâmez pas d’avoir mis 30 ans à y arriver, montrez-moi la moitié pleine du verre, ne me donnez pas de leçons de morale, je les connais toutes par cœur (je suis assez grande) Le tabac est mauvais pour la santé ? Ah bon ? Je ne savais pas.

dimanche 3 août 2014

Son père, ce héros (après la bataille psychanalytique en hommage à Victor et son inoubliable L'art d'être Grand Père sans trait d'union)


Son père ce héros
Elle dit au tribunal : J’ai toujours été sensible aux qualités des parents attentionnés, affectueux et protecteurs, ceux qui aiment inconditionnellement leur progéniture, ceux qui ne mettent pas la barre trop haut, qui n’exercent pas la peur comme méthode éducative, ceux qui acceptent que leurs enfants soient des créatures indépendantes et non pas coulés dans le moule de leurs géniteurs. Des parents de rêve qui savent respecter les droits sans parler de devoirs, qui savent donner la reconnaissance nécessaire au développement de leurs petits, ces petits qui restent « petits »(lisez enfant intérieur) en grandissant, qui se cherchent un modèle, qui hurlent leur mal-être, qui refoulent leur colère, qui se sentent coupables, qui se sentent « pas assez ceci, assez cela », qui se suffisent, bien obligés, à eux-mêmes, qui se sentent vulnérables en rajoutant à la carapace plusieurs épaisseurs, qui subissent cette insécurité affective si douloureuse dans un monde si intolérant qui ne connaît que les « moi je » , les jugements de valeur « toi tu » et les « yakafokon » …Même les enfants de psychologues de profession peuvent avoir un jour des problèmes d’Œdipe…ainsi est faite la nature humaine avec son besoin de survie, de reconnaissance, de pouvoir et de déculpabilisation massive.

Il dit à qui veut bien l’entendre et au tribunal éventuellement : Je suis aimé de tout le monde. Je suis respecté partout. J’ai une fierté inatteignable : les plus grands de ce monde n’ont jamais réussi à me faire plier. Je suis un expert mondialement reconnu dans mon métier et j’impressionne les plus professionnels de mon champ d’exercice. Je suis formidable dans mon nouveau couple. J’ai beaucoup de succès auprès des femmes. Les enfants de mes amis me vouent une admiration sans bornes. Je vénère ma mère, elle m’appelait le Don Juan de…et ne jurait que par le Dieu de son fils (pas celui des autres). Je suis éternellement reconnaissant à ma sœur chez qui j’ai trouvé un support inconditionné. Je suis très généreux, je fais le bien autour de moi, j’ai aidé financièrement un nombre incalculable de gens. J’ai un seuil de tolérance très bas aux cris, je déteste qu’on hausse le ton. J’adore mon pays et il n’y a personne de plus patriote que moi. J’ai infligé à l’ennemi une leçon inoubliable par le biais d’une prouesse surhumaine. Rien n’a réussi à me casser et même si j’ai pleuré dans certaines conditions, j’en suis ressorti encore plus fort, encore plus invincible. Je crois fermement que rien n’a de valeur, rien ne mérite qu’on se fasse de la bile : on va tous mourir, c’est la seule vérité. Le gibier qui résulte de ma chasse, ces animaux que je tue avec beaucoup de dextérité vont toujours aux nécessiteux. J’ai d’ailleurs une collection unique de fusils de chasse et deux revolvers. J’ai toujours eu des voitures luxueuses et même le jour où j’ai vendu la dernière, en en conservant une plus modeste, je n’ai pas été affecté. Je fais soigner mon personnel de maison dans les meilleurs hôpitaux, ils mangent comme moi : je suis très modeste. Quand j’achète, j’achète toujours le meilleur, le plus cher. Il est vrai que les apparences sont trompeuses et que mon niveau de vie paraît beaucoup plus élevé qu’il ne l’est réellement mais c’est mon choix : c’est mon opinion et je la partage. J’ai connu des années noires (où je n’avais pas le sou) mais suite auxquelles Dieu qui me protège m’a offert des dollars en grande quantité, les mercenaires sont des gens qui ont une haute probité. Mes collaborateurs ne jurent que par moi. J’adorai mon chien que j’ai perdu, sa nourriture et ses soins ont toujours été parfaits et surtout coûteux. J’ai rêvé que je baisais la main du Prophète .Je n’ai qu’un seul regret ma relation avec ma fille est difficile.

Elle dit : Tout ce qui précède est une vérité. Aussi suis-je obligée de présenter mes regrets éternels de ne pas être à la hauteur d’un tel prodige.
Un homme aussi réussi aurait mérité d’avoir des petits enfants, aurait mérité dire autour de lui que sa fille est enseignante à l’université, aurait mérité qu’on l’idolâtre sans conditions.
Il avait le droit de ne pas désirer un enfant tout en exigeant que cet enfant, venu quand même, n’ait rien de commun avec sa mère ; ne parle pas d’autres langues incomprises, ne lui rappelle pas qu’il n’est pas infaillible…
Avoir une petite Barbie pour descendance était la moindre des choses. Privilégier l’Etre au Paraître est inexcusable. Il eût été préférable d’avoir un caractère effacé, de ne pas se mettre en colère en entendant des inepties, de ne pas être agressive en se justifiant.
Il est franchement inconcevable que ce Père soit comparé à tant d’autres beaucoup plus imparfaits et néanmoins si présents.
Enfant, adolescente, adulte cette fille aurait dû écouter sagement et surtout silencieusement les conseils de ce grand monsieur si expérimenté au lieu d’exprimer ses manques franchement …Inacceptables ces tentatives de se faire reconnaître, de se faire valoir, de se raconter…
Si « la faiblesse et les larmes d’une femelle » (je cite) sont désarmantes, il paraît bizarre que cela ne se fasse pas dans le cadre d’une relation père-fille.
Il est inadmissible, mais la nature humaine est incorrigible, de considérer un père comme responsable de ses enfants, de lui demander de l’affection non-matérielle, de lui demander une aide financière et non une obole sous conditions dignes du FMI, de lui reprocher son absence…
Les concessions présentées sur l’autel de la paternité ne s’appellent pas des concessions, ce sont des actes déférents considérés comme une bouteille lancée à la mer (ou au père) qui peuvent rester sans réponse (on vous rappellera)
Il est incompréhensible de ne pas comprendre qu’un père compréhensif (n’ayons pas peur des répétitions) n’a pas promesses non tenues, il n’a des preuves d’amour à sa manière.
Il n’est pas difficile de croire que les refus répétés de non-assistance à personne en danger de licenciement, en danger d’interdiction bancaire ou même en danger de chômage prolongé…en danger tout court ne sont que de modernes méthodes éducatives pour adultes idiots mal éduqués dans leur enfance.
Ce n’est franchement pas poli d’être psychorigide quand on est blessé, impuissant et dans la détresse. Un enfant d’un demi-siècle est toujours susceptible de rééducation par un père parfait…Il n’est jamais trop tard.
Il fallait revoir ses fondamentaux : dans le langage paternel
L’humiliation est de la rééducation
Les insultes à la mère sont des explications
La dureté et la cruauté n’ont pour objectif que le redressement
Etre âgé ou plus âgé est équivalent à avoir toujours raison
Les discours interminables sur un « je » surdimensionné ne sont que des bavardages à but éducatif.
Ignorer les succès, les souffrances, les réalisations, les difficultés a pour seul fin d’inculquer l’humilité et la modestie.
La séduction des amies et collègues n’est qu’une preuve d’un charme irrésistible non-émoussé par le nombre des années et n’ont rien à voir avec le statut paternel.
Les disques rayés sur les années précédant la naissance de l’enfant ne sont pas des problèmes d’adultes ce sont des paroles inestimables et quasi-divines…  (Les retranscrire et les publier sous le titre grandiloquent de « Apologie du divorce et du mariage réunis pour les enfants non-reconnus »

Après délibération et vu ce qui précède le tribunal des anciens enfants conjointement avec le tribunal des papas narcissiques déclarent cette fille indigne de son père. Celui-ci est autorisé à ne pas la reconnaître pour incompatibilité de principes familiaux et surtout œdipiens.