Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








dimanche 8 mai 2011

Soyons tous des étonnés

Soyons tous des étonnés

Juillet 1996
« Quid en latin c’est le réflexe du curieux qui sommeille en nous et qui ne se satisfait pas des idées toutes faites. Aristote disait : la science commence avec l’étonnement. Soyons tous des étonnés ! »
Ainsi commence ce malheureux bouquin que j’eus l’audace de commander par correspondance, en recommandé et en France. Il s’accompagnait également d’un livre intitulé « Guide de survie au bureau ». Le club auquel je suis inscrite, Le Grand Livre du mois, a joint gentiment au colis (en recommandé je vous le rappelle) deux cadeaux : un réveil de voyage fabriqué en Corée et un portefeuille. La commande totale faisait environ 400 francs.
Jusqu’ici vous ne devez pas comprendre grand chose, patientez un peu l’aventure ne fait que commencer !
Alors que j’attendais ces bouquins depuis 3 mois, un mercredi malheureux du mois de juin, je vois débarquer dans ma bibliothèque un messager de la SOS Sky qui me présente gauchement une série de papiers en me demandant de les signer. Abasourdie, je jette un coup d’œil. Please pay this amount : 50 livres égyptiennes. Je me dis il doit y avoir une erreur, c’est pourtant bien mon nom !
Sur les papiers de la SOS Sky, de la Middle East Courier Services et ceux de Midex France, c’est marqué Nazly Farid. C’est donc à moi que ça s’adresse forcément… Mais pourquoi, quand, comment ?
J’essaye d’interroger le messager, mais le pauvre, à part conduire sa moto et vous fourrer sous le nez des factures à payer et signer, il ne savait pas faire grand chose.
Docilement, je m’exécute, les 50 livres sont payées malgré la candide question restée sans réponse : et le colis où est-il ?
Je prends mon téléphone et tombe sur une charmante secrétaire qui me dit gentiment que c’est à moi maintenant d’aller récupérer mon colis au « Cargo village » du Caire. Midex France l’a envoyé, Middle East Courrier l’a récupéré et SOS Sky m’a avertie ( à 50 livres). Je lui lance un discret merci avant de raccrocher. A ma mine, mes collègues  rappliquent, l’une d’elles me prend en pitié et veut bien m’accompagner au Caire pour aller chercher mon colis (en recommandé).
En catastrophe, nous prenons une demi-journée de congé et toutes guillerettes nous prenons la route le lendemain 27 juin à destination du cargo village. Traversée infernale du Caire et arrivée entre l’ancien et le nouvel aéroport. Il est 9 heures du matin, tenez-vous bien l’aventure commence. A un jeune homme adossé contre un arbre, nous demandons notre chemin . et celui-ci très serviable nous propose de nous y emmener. « Je travaille là-bas », nous a-t-il dit. Voilà un coup de chance exceptionnel, il va nous faciliter l’existence.
Nous arrivons, réussissons à trouver une place au parking et sorties de voiture nous entendons le jeune gringalet, imbu de son importance, nous demander d’un ton impératif : « Où sont les papiers, je vais m’en occuper ». Intimidée, je lui tends le tout et nous voilà à trottiner derrière lui en direction d’une ruche de bureaux au fond d’une immense cour. C’est dommage que je n’avais pas d’appareil photo sur moi (avec l’autorisation du ministre de l’Intérieur et la signature de deux fonctionnaires de plus de cinquante-sept ans – pour immortaliser ces lieux enchanteurs qui ont marqué ma mémoire et mon sens de l’esthétique)
Imaginez une espèce d’immense cour de cinq cent mètres de long sur cent mètres de large, parsemée de petits kiosques d’un bleu affreux et d’un rouge douteux (provenant probablement du sang des malheureux suicidés s’étant ouvert les veines sur ce lieu). Au fond de la cour :les fameux bureaux auxquels on accède par de petites passerelles branlantes. C’est l’une d’elles que nous empruntons avec notre chevalier servant pour FAIRE LES DEMARCHES NECESSAIRES pour la récupération du colis.
Premier bureau : celui de la toute-puissante Egyptair qui a l’audace de souhaiter la bienvenue aux idiots de mon espèce. Un fonctionnaire maussade (c’est presque un pléonasme) jette un coup d’œil dégoûté sur ma paperasse et marmonne : tout est fait , il n’y a plus qu’à retirer le colis au guichet 46. En entendant ces bonnes paroles, un espoir immense naît en moi. Notre accompagnateur, lui, décide de demander au « hadj » de s’en occuper. Il  nous  accompagne  à la cafétéria d’Egyptair (encore) et le fameux « hadj » ne voyant pas de passeport en provenance des pays du Golf et entendant que mon colis pèse trois kilos et demi, prend un air des plus renfrognés et nous conseille un autre « hadj ». Un peu écœurée par tous ces hadjs je propose timidement de faire les formalités moi-même. Ce à quoi le jeune gringalet répond : Jamais ! Et nous voilà repartis pour d’autres bureaux. En chemin nous rencontrons des dizaines de personnes dévouées qui nous aiguillent sur des destinations erronées. Traversée de la cour, passage stérile par trois ou quatre bureaux, réponses vagues et contradictoires, retraversée de la cour… Excédée, je dis au jeune gringalet : tu es bien gentil, tu auras un bakchich puis tu nous lâches les baskets. Figurez-vous il a accepté ! Il est 9h45 et rien n’a été fait, mon instinct de conservation me souffle d’aller au guichet 46. Là, une fois n’est pas coutume, je tombe sur un jeune fonctionnaire sympa qui a l’air d’avoir un faible pour les alexandrins naïfs perdus dans la poussière cairote. Il me dit qu’il faut acheter un formulaire timbré, pour demander l’autorisation de pénétrer le sanctuaire (comme si nous n’y étions pas déjà), il faut aussi acheter un dossier à la caisse et revenir le voir pour COMMENCER LES DEMARCHES. Légèrement sonnée par cette multitude de choses à faire, je retraverse la cour avec ma dévouée collègue et je vais voir une vieille dame borgne, vêtue de noir, accroupie par terre et qui vend des formulaires sur papier huileux, noircis au carbone, timbrés et illisibles. Munie du formulaire, je sors pour demander l’autorisation de rentrer. Un kiosque en métal m’attend, il est envahi par mes braves compatriotes qui pensent que faire la queue signifie s’agglomérer par grappes humaines en se bousculant au guichet. J’attends patiemment mon tour et achète à dix livres une autorisation qui en coûte sept (on ne rend pas la monnaie, merci, revenez nous voir) . Passage à la caisse où j’achète le dossier (encore dix livres) et retourne au guichet 46. Le fonctionnaire sympa m’aide à remplir le dossier en trois exemplaires.
Un valeureux collègue à lui, estime mon colis (qu’il n’a jamais vu) à 50 livres et disserte longuement sur la valeur du réveil de voyage (que je n’ai pas le droit de jeter à la poubelle si je veux ! ).
Maintenant , je peux COMMENCER LES DEMARCHES (oui vous avez bien lu COMMENCER).
Munie de mon autorisation, je peux pénétrer dans le hangar qui tient lieu de sanctuaire qui m’était interdit jusque là. Je quitte là ma collègue, qui n’a pas d’autorisation, elle, je ne la reverra qu’à treize heures ! Elle m’attendra sur une chaise bancale qu’elle a négociée auprès d’un soldat en échange de 5 livres.
Un premier fonctionnaire qui étudie mon dossier en buvant un thé noir et en papotant avec son collègue, me dit qu’il me faut remplir un autre formulaire avant d’aller chercher mon colis au dépôt. Par bonheur, une matrone, vêtue de noir, circulant dans les parages me sort de son attaché-case un formulaire (un de plus vous me direz !) Après l’avoir rempli, je demande où est le fameux dépôt. J’ai droit à une longue description de l’itinéraire infernal que j’aurai à suivre. Légèrement abrutie, j’observe : couloirs, bureaux, cris , piaillements, bagages, marchandises, fonctionnaires, tables branlantes, paquets défaits, cordages, paperasse, poussière…L’enfer de Dante à côté, c’est de la rigolade !
J’enjambe les cartons et les caisses, je traverse des couloirs, je me laisse bousculer par des troupeaux humains et arrive jusqu’au dépôt. D’un pas tranquille, je franchis le portail et un gardien gros et court m’arrête d’une voix de stentor : « où allez-vous comme ça ? »
Récupérer mon colis de trois kilos et demi, dis-je placidement.
Il faut attendre les conducteurs de grues
Ah bon ! Pour trois kilos et demi ?
Oui, oui c’est le système !
Il m’offre gentiment son fauteuil branlant. Je ne peux qu’attendre. Les grues font la navette devant moi, me narguent et vous ne croirez jamais quelle en est la marque : HYSTER (il ne manquait plus que le I, E)
Après avoir attendu une heure, je demande au gardien discrètement s’il faut donner quelque chose à « Am Moawad » qui a fait la navette au moins dix fois sans me ramener mon colis. Il me répond : il ne faudrait pas m’oublier moi non plus !
Je fais miroiter un billet de dix livres et mon colis arrive miraculeusement dans la seconde. Embrassant mes chers bouquins, pleurant presque de joie, je retourne au premier fonctionnaire (il a fini son thé) qui me dit : maintenant on peut COMMENCER LES DEMARCHES. Ca doit être un tic de langage monologuais-je intérieurement.
Il m’envoie au collègue d’en face qui me regarde d’un œil suspect et me dit : ouvrez le colis. Tremblante, je m’exécute. De ses mains sales, il farfouille et cueille MES livres, MON réveil, MON portefeuille ! Il les palpe, les soupèse, les retourne et me dit : qu’est-ce que c’est ? Dans un premier temps , je ne trouve pas mes mots puis réussis à balbutier : des livres et des cadeaux, votre excellence !
Des livres de quoi ?
Toute bibliothécaire que je sois, je me trouve dans l’impossibilité de répondre. Il attend…Brisant le silence insoutenable je tente :c‘est un guide et une encyclopédie. Le guide n’a pas l’air de le déranger mais il doit trouver qu’encyclopédie est décidément un drôle d’oiseau !
Aimablement, il me fait remarquer que j’aurais dû me les faire envoyer par la poste.
Ca mon cher monsieur, on ne le dira jamais assez.
Allez à côté faire estimer tout ça.
Je vais à côté mais le monsieur qui devait être à son bureau était probablement allé faire pipi. Je l’attends, il arrive, griffonne rapidement un reçu de cinq livres et dix piastres et me demande de retourner chez son collègue. Qu’est-ce qu’ils sont affables ! Le collègue noircit trois formulaires et me demande d’aller les faire viser par le chef . Le chef n’est pas là. Je l’attends, il arrive, il gribouille une signature au stylo rouge (le plus redoutable) et m’envoie chez le collègue d’en face. Au bord de la crise de nerfs, je trottine en direction du collègue avec mon colis bien-aimé dans les bras.
Quelle abrutie je fais .Une âme charitable me dit que dans ce haut lieu, la sécurité régnait et que je pouvais laisser mon paquet. Je m’empresse d’obéir. Le collègue d’en face me signale que le collègue de tout à l’heure a oublié de signer l’un des formulaires. En nage, je fais le parcours inverse, c’est fait ouf ! L’étape suivante est le bureau de la censure, un grand directeur perché sur un grand fauteuil, tient mes bouquins à l’envers, y laisse la marque de ses doigts crasseux, estime qu’ils  ne sont  pas dangereux  et  m’autorise  à  aller  payer !  Une file  de quelques mètres m’attire irrésistiblement. Je dédaigne tous les autres guichets vides. Un monsieur , camarade de calvaire, me fait la conversation et m’apprends à ma grande joie que si j’avais à dédouaner 15 tonnes de riz j’aurais effectué les mêmes démarches. Après avoir patienté un bon quart d’heure, je me sens envahie par un sentiment de curiosité indescriptible : pourquoi cette file n’avance-t-elle pas ? Je me faufile et qu’aperçois-je ? Deux bureaux perpendiculaires, sur l’un un monsieur compte les mouches alors que l’autre (bigleux le malheureux) compte des liasses de milliers de livres billet par billet régulièrement interrompu par l’autre collègue (qui doit se tromper en comptant les mouches) Que valent mes cinq livres et dix piastres dans cette affaire ? Cette étape franchie, non sans mal, il faut m’adresser à Egyptair (encore) qui a eu l’amabilité, la charité et l’obligeance, d’héberger mon colis et de lui consacrer quarante centimètres carrés. Cette action charitable est estimée à 26 livres. C’est à ce moment historique que ma collègue, s’inquiétant de ma disparition, m’envoie à la rescousse le fonctionnaire sympa (celui du guichet 46, le seul, l’unique). Il me trouve au bord de l’évanouissement et s’occupe des dernières démarches (il faut l’espérer) révision du dossier, dédouanement, signatures, tampons…
Sortie à l’air libre et contemplant mes bouquins je me suis livrée à une réflexion hautement philosophique :
C’est beau la bureaucratie ! Soyons tous des bureaucrates !

Serrez la ceinture !

               Le cauchemar en place, depuis le 1er janvier 2001 en Egypte,  a sûrement fait couler beaucoup d’encre. Une plume célèbre, celle d’Alexandre Buccianti (Le Monde) s’est déjà attaqué au problème, ceci devrait dissuader la modeste rédactrice de ce non moins modeste témoignage mais non…je me lance.
               Pour qui sillonne les rues d’Alexandrie ou d’Egypte, une conduite légèrement brouillonne le saisit à la gorge. Cela pourrait avoir un aspect sympathique, cette allègre cohabitation des bus, des chiens, des poids-lourds, des piétons, des ânes, des voitures et des charrettes. L’obtention du permis de conduire (délivré souvent par correspondance) ne veut pas nécessairement dire la maîtrise de la conduite ou la connaissance élémentaire du code de la route. Les voitures en infraction sont hélas le plus souvent les voitures officielles : police, pompiers, officiers en tout genre. Les piétons, même s’ils ont tendance à se mesurer aux véhicules motorisés en leur coupant le chemin ou en essayant de les doubler, n’ont que de maigres droits dans la rue. Et la liste est longue…
               De ce magma dantesque, émerge une nouvelle loi sur la circulation : port obligatoire de la ceinture de sécurité ! Branle-bas de combat ! Rigueur soudaine et implacable, amendes, contrôle, retrait de permis…bref l’application d’une règle qui, ma foi, paraîtrait au prime abord légitime.
               Les derniers mois précédant l’application de cette loi spartiate marqueront l’histoire de l’Egypte. Signalons au passage qu’un pourcentage important de véhicules circulant librement est privé de l’invention grotesque nommée « ceinture de sécurité ». Il fallait donc pallier le manque et mettre en avant la célèbre débrouillardise égyptienne. « Ceinture de sécurité » ?
Qu’à cela ne tienne, je t’en donne moi des ceintures, je te les vends même au marché noir, je te les fabrique, je te les invente. Les matériaux les plus bizarres ont été utilisés pour cette opération sacrée : bouts de satin noir, bandoulière de sac à main, laisse de chien, ceinture de robe de chambre et bien sûr parfois ceinture originale du constructeur automobile.
               Je ne pense pas que les innombrables Mercedes ou véhicules d’origine asiatique aient souffert cette recherche ingénieuse.
               Les transports en commun, eux, soumis à la même réglementation, se désolent. Une même ceinture de x mètres de long devra-t-elle unir dans la rigueur ambiante, hommes, femmes et enfants ? 
Si on ne veut voir que l’aspect comique de la chose, on pourrait dire : qu’ils sont mignons ces sages automobilistes ficelés dans leur siège et se mouvant avec précaution. 
               Et la polémique bat son plein : débats à la télé, interviews de haut gradés de la police, discussions dans les cafés, rumeurs, crises, coups de gueule, montée de l’adrénaline…Rien n’y fait, vous serrerez la ceinture ! 
               N’est-il pas légèrement étonnant de voir que les seuls conducteurs non-exposés aux dangers de la conduite sans ceinture de sécurité sont ceux qui ont imposé cette loi (ou leurs chauffeurs). Ceinture de sécurité incompatible avec le port de l’uniforme.

samedi 30 avril 2011

Microbus :Mega problème

Septembre 96
J’ai l’impression de vivre un roman de science-fiction où Alexandrie aurait été envahie par une horde de méchants extra-terrestres qui torturent la population. Seulement, les extra-terrestres ont l’excuse d’être étrangers aux habitudes du pays, alors que ces créatures qui nous envahissent actuellement ont été fabriquées ici-même : les chauffeurs de microbus : Hyundaï, Asia, Besta, Daïhatsu, Suzuki (les pires)…Merci le Japon et la Corée !
Depuis quelques mois, à Alexandrie se produit un phénomène bizarre, dès que vous vous installez dans votre voiture et que vous démarrez , vous êtes cernés par une multitude d’engins aux couleurs criardes conduits par un représentant de l’armée des microbus.
Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’armée des microbus est présente partout sur le sol d’Egypte. Elle a pour mission de véhiculer d’honnêtes Egyptiens qui ont longuement souffert (et qui souffrent encore) des problèmes de transport avant l’apparition de l’armée des microbus. Mais ces énergumènes (chauffeurs de microbus) sont également investis de missions d’égale importance : celle d’obstruer les rues, de bloquer les voies, de doubler à droite, de vous faire des queues de poissons, de s’arrêter subitement, de stationner n’importe où, de faire la corniche en trente-trois secondes, de vous torture les conduits auditifs par des klaxons tonitruants, de vous engueuler et parfois même de vous cassez la gueule à grands coups de cric si vous osez vous opposer à leur noble système.
Il faut les voir pulluler et stationner sauvagement dans les rues de la ville pour se rendre compte de l’immensité du problème. En fait ce problème se scinde en deux parties : il y a les engins eux-mêmes et il y a leurs conducteurs.
Les engins sont le modeste produit – totalement in-esthétique- de l’industrie automobile japonaise et coréenne. Ils ont cette capacité de rouler n’importe où , de traverser des embouteillages à cent à l’heure, de vous forcer à freiner pour leur céder le passage. La touche égyptienne se traduit par une multitude d’autocollants imbéciles, d’inscriptions idiotes et d’accessoires hideux (importés de Taïwan)
Quand aux conducteurs, eux, ils ont avec les nippons, une caractéristique commune : ils se ressemblent tous. Ils ont le même comportement anarchique, la même conduite agressive, la même vulgarité et la même ignorance. Ils ont même quelquefois la même moustache et la même manière de tenir dans leurs grosses mains des liasses de billets sales.
Le profil requis pour être chauffeur de microbus est le suivant : obtenir son permis de conduire par correspondance
Pouvoir utiliser son klaxon vingt-quatre heures sur vingt-quatre
Considérer que la voie publique est une voie privée
Ignorer tout du code de la route
Avoir fait au moins trois mois de prison pour violence inexplicable
Et j’en passe…
Ces créatures empoisonnent la vie de ceux qu’ils ne véhiculent pas et mettent souvent fin à la vie de ceux qu’ils véhiculent.
Treize morts, treize morts, treize morts…
Entre microbus et microbes, il n’y a qu’une voyelle de différence. Faisons quelque chose !!!

Je vais écrire un texte…

  • Je vais écrire un texte.
    • Ah bon ?
  • -Je peux commencer ?
    • On en reparle ?
  • D'accord
15 jours après
  • Je vais écrire un texte.
    • Ah oui oui c'est vrai…
  • J'ai besoin de papier et d'un stylo.
    • Ah bon ? papier ETstylo ? c'est indispensable ?
  • Oui enfin pour écrire...
    • Ah et combien ça coûte ?
  • Je ne sais pas ....pas grand chose
    • Et on a besoin de faire ça tout de suite ?
  • Oui...alors ?
    • Tu peux faire faire un devis? même 2 ou 3 c'est mieux ?
  • D'accord

Une semaine après

  • Allô …Vous avez deux secondes ?
    • Non pas vraiment…on se rappelle ?
  • Oui on se rappelle

Le lendemain

  • Allô…je peux vous voir ?
    • C'est urgent ?
  • Euh...non enfin...
    • C'est à quel sujet ?
  • J'ai les devis
    • Les devis ??? Devis de quoi ?
  • Pour le stylo et le papier ….
    • Ah oui oui, ha ha ha, j'avais oublié
  • Je peux venir ? (11h du matin)
    • A 14 h ça ira ?
  • Euh....oui
14 h porte close
14 h 05 toc toc discret sans réponse
14h 10
  • Allô…notre rendez-vous ?
    • Tu peux patienter dix minutes
  • Bien sûr

Dix minutes après

  • Voilà les devis
    • Au fait, dis-moi pourquoi tu veux écrire ce texte ?
  • Euh...
    • Tu peux le dire oralement au lieu de gaspiller de l'encre et du papier
  • Non il faut absolument que ce soit écrit
    • Ah bon et pourquoi ?
  • MUTISME
    • Bon bon d'accord mais il faut que j'en réfère d’abord en haut lieu
  • Ah?!
    • Oui oui je ne veux pas faire ça dans la précipitation, tu me laisses les devis, je ne peux pas te répondre tout de suite
  • OK. Merci

Une semaine après

  • Allô Bonjour, vous allez bien ? Vous avez des nouvelles de ma commande
    • Patiente une seconde(…) Oui , donc tu vas pouvoir l’écrire ce texte.
  • Ah ! C’est une bonne nouvelle. Je peux venir ?
    • Là non, mais demain.
  • Demain à quelle heure.
    • Dans l'après-midi.

Le lendemain dans l'après-midi

  • Allô…je viens ?
    • Oui
  • Vraiment ?
J’y vais
    • Ca va pouvoir se faire, mais on ne pourra acheter que le papier  mais pas beaucoup hein !
  • Et moi, j'écris avec quoi ?
    • Ca m'embête beaucoup.
  • Alors comment on fait ?
    • Tu ne peux vraiment pas obtenir une réduction ?
  • Pour un stylo je ne pense pas...
    • Essaye quand même et on en reparle.
  • Ouiiiiiiiii....

Une semaine après

  • Allô …j'ai pu obtenir un don de la papeterie.
    • Ah bon c'est formidable.
  • Quand j'ai marchandé pour le stylo, ils m'ont pris en pitié et ont décidé de devenir les sponsors de mon texte. ILS OFFRENT LE STYLO. ILS LE DONNENT. GRATUITEMENT.
    • Ah bon et pourquoi ils font ça ?
  • Je ne sais pas....ils sont sympas…il faut refuser vous croyez ?
    • Non non je ne dis pas ça, mais…
  • Oui…
    • Il faut faire très attention avec ce genre de choses. Ce sont de gros marchés.
  • C’est vrai il y a la plume, le capuchon, le réservoir d’encre, l’encre et le petit truc doré.
    • Et le stylo, il est fabriqué où ?
  • !!? Je n’ai pas regardé.
    • Tu peux les appeler et tu me tiens au courant. Parce que c’est très bien d’offrir et de sponsoriser mais on ne peut pas accepter n’importe quoi.
  • Oui oui bien sûr on ne peut pas accepter n’importe quoi.
o       Il faut faire les choses bien
  • Oui oui il faut faire les choses bien
o       Bon…que ça ne sache pas…Sinon tout le monde va aller pleurer dans les papeteries et demander du sponsoring de stylos
  • Vous croyez ?
o       C’est très important que personne ne sache rien sur rien , que tout se traite dans la discrétion la plus totale, ce sont des cheveux très dangereux
  • Des cheveux ? (à couper en 4, 16, 32…)
o       Pardon des sujets très dangereux. Après l’information circule et c’est très mauvais , il faut rester dans le feutré, les réunions à deux, les quelqu’un , les quelque chose, les une certaine somme….
  • Ah bon ?
o       Bien sûr…ça c’est de la gestion !
  • On peut revenir à mon stylo ?
o       Non, franchement je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Essaye de faire autrement.
J’ai fait autrement et j’ai écrit le texte sur ordinateur . Na !!!

Commandons des cacahuètes

Ils ne livrent pas sans être payés et nous ne payons pas sans être livrés !
Non non ce n’est pas du délire, c’est une petite phrase qui me trotte dans la tête depuis que j’ai fait mes premiers pas en bureaucratie.
Vous voulez acheter des cacahuètes ? Très bien, je vais vous dire comment faire. Au départ, il y a un budget, vos prévisions en cacahuètes doivent y figurer. Attention avant le 31 décembre vous devrez avoir commandé, acheté, compté, mangé et digéré les cacahuètes sinon attention à vos plumes.
Dans le budget il y a une ligne pour chaque genre de cacahuètes : une ligne pour les salées, une ligne pour les épluchées…il y a même une ligne pour les épluchures de cacahuètes et une ligne pour les vacataires qui vont éplucher vos cacahuètes (ne tenez pas compte de la répétition de cette modeste denrée, c’est voulu !)
Si par mégarde une cacahuète salée avait la mauvaise idée de se glisser dans la cargaison de cacahuètes non-salées vous risquez beaucoup. Evitez également la purée de cacahuètes car elle est très difficile à comptabiliser. Inutile de rentrer dans des certificats administratifs pour des histoires de cacahuètes.
Vous devez avec le plus grand soin choisir votre fournisseur en cacahuètes. C’est quelqu’un qui vous tiendra compagnie pendant de longues heures au téléphone et dont vous rêverez toutes les nuits si vous êtes sérieux en matière de cacahuètes.
Avez-vous songé ô sombre inconscient à la devise avec laquelle vous allez payer vos cacahuètes ? Vous êtes prévenu, le taux de change est capital dans l’acquisition de milliers de cacahuètes supplémentaires.
Revenons donc au fournisseur. Il y a des fournisseurs sérieux, d’autres moins. Il y a des fournisseurs qui s’entêtent à ne vous donner qu’une facture pro forma si vous n’avez pas encore payé (honte à eux ! la confiance règne je vois), des fournisseurs impertinents qui ne livrent pas sans être payés, des fournisseurs agréést par la valise diplomatique, d’autres qui se font refuser des colis comme des malpropres par ladite valise…enfin une fois votre fournisseur choisi, vous vous acquittez de cette noble tâche : vous lui demandez un devis pour disons trois tonnes de cacahuètes. Puis vous attendez patiemment l’arrivée de ce devis. Il est évident que si vous prenez le petit camelot du coin, celui qui tire une voiture à bras et vous empaquette vos cacahuètes dans de vieux journaux, votre devis sera miteux, griffonné sur un papier huileux ayant eu des utilisations douteuses. Vous serez la risée de votre administration. Une fois que vous avez le devis soit vous faites partie des élus et vous avez un ordonnateur sérieux à portée de main soit vous avez un ordonnateur que vous coincez entre deux parties d’échecs (dans tous les sens du terme) ou encore, un ordonnateur à deux cent bornes qui ne vous considère pas comme la première de ses priorités. Bref on va considérer que vous êtes quelqu’un de tout à fait respectable et que vous vous y connaissez en cacahuètes et que la vie est belle. Vous prenez votre plus belle plume et vous rédigez, la tête haute, une demande d’engagement de dépense que vous joignez au devis et le tout à la signature de l'ordonnateur. Muni de ces précieux documents signés, datés, photocopiés en 23 exemplaires, vous reprenez votre plus belle plume et vous faites un bon de commande. Prenez garde ô malheureux ! Le chiffre (correspondant au devis) et figurant sur ce papier de la plus haute importance sera inscrit au budget et ne pourra en aucun cas être modifié. C’est irréversible ! Vous engagez votre honneur de connaisseur en cacahuètes.
Si par malheur les prix des cacahuètes chutait dans le monde votre administration vous en voudrait et vous serez montré du doigt ! Vos estimations à la baisse feraient perdre de l’argent ! Inadmissible n’est-ce pas ?! Vos estimations à la hausse vous feront affronter un glacial « on ne peut pas payer ». Vous pourrez toujours vous rattraper sur le Prozac.
La commande est passée, vous attendez vos cacahuètes et leurs factures. En admettant que tout ce soit bien passé :
ü      Le courrier a marché
ü      Le fax n’a pas bloqué
ü      Le facteur a été sympa
ü      Les dieux ont été favorables
ü      Les astres ont été consultés
Qu’est-ce que vous croyez ? c’est du boulot une commande de cacahuètes !
Enfin, ces dernières arrivent accompagnées d’une belle facture sur papier couleur en 3 exemplaires. Sachez quand même qu’il y a quelques risques en perspectives : le nom de la rue de l’adresse de livraison est mal orthographié, la TVA est comprise, le chiffre est inscrit en plus de deux décimales, l’imprimante utilisée n’est pas à jet d’encre…La facture ne sera pas payée ! Même si vous menacez de vous suicider et même si vous vous roulez par terre, c’est en pu- re per- te…
Vous prenez votre courage à deux mains et vous demandez une deuxième facture. Elle arrive, elle est correcte, il n’y a rien à redire. La facture est photocopiée, insérée dans le parapheur, partie chez l’ordonnateur, signée par ce dernier, transmise à la comptabilité. Là marquez un temps de pause : la comptabilité vous la renvoie avec une note au stylo rouge : où sont les numéros d’inventaire ?Vous vous frottez les yeux, comment attribuer des numéros d’inventaire à trois tonnes de cacahuètes…Eh oui ! Il faut, ce sont les principes élémentaires de la comptabilité publique. Il faut passer par là.
Vous appelez à la rescousse : votre mère, vos cousins, les copains, les voisins, le pharmacien, les secrétaires, des volontaires…Bref cette population se répartit les trois tonnes et collent des étiquettes sur chaque cacahuète et c’est là que vous vous rendez compte ô rage, ô désespoir, ô cacahuètes ennemies que cet abruti de fournisseur a marqué sur sa facture 3 tonnes de cacahuètes sans joindre le détail. Il vous revient de combler cette lacune. Qu’importe ! Faites-le ! Les cacahuètes c’est grandiose !
Une fois les numéros d’inventaire attribués vous renvoyez le tout à la compta. Epuisé vous n’avez pas pris la précaution de faire des copies. Malencontreusement, à la compta, ils traitent des centaines de factures et ce maudit mercredi où vous avez envoyé la vôtre, la malédiction pesait et votre facture s’est perdue ! Je ne sous-estimerai pas votre intelligence en vous signalant ce qui vous reste à faire.
Si vous êtes toujours en vie et si vous êtes en pleine possession de vos facultés, vous découvrire que : les épluchures de cacahuètes en tombant ont entraîné les numéros d’inventaire. Or les épluchures et les cacahuètes sont sur deux lignes budgétaires différentes. Tout est à refaire !
Aussi ! Quelle idée saugrenue de commander 3 tonnes de cacahuètes ! ! ! !