Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








dimanche 8 mai 2011

Si vous prenez le volant (pensez à le restituer une fois interné)

Si vous prenez le volant (pensez à le restituer une fois interné)
Oubliez le code de la route, prenez du valium, soyez paaaaatients, trèèèèèèèès patients et lisez ce texte.
J’ai connu, il y a très longtemps, un automobiliste fort respectable qui a sillonné pendant des années les rues de la ville et qui, aujourd’hui, est interné pour troubles psychologiques graves et agressivité inexplicable.
Son internement coïncide avec le jour où il a commencé à établir la liste de toutes les péripéties que l’on peut rencontrer en conduisant sa voiture. Il m’a autorisé à la reproduire ici (incomplète cependant) en me mettant en garde contre les séquelles psychologiques d’un tel acte insensé.
Au volant de votre véhicule motorisé et en pleine possession de vos facultés vous partez du point A pour atteindre le point B et c’est alors que tout commence !
Un piéton endormi vous donne le dos, nargue votre pare-chocs et traîne ses savates devant votre voiture. Si vous avez l’audace de klaxonner, il entrera dans une colère noire et vous traitera de tous les noms. Si vous avez l’imprudence de ne pas klaxonner, il se retournera comme une furie et en gesticulant vous demandera : vous ne pouvez pas klaxonner bordel ?!
Dans les deux cas vous ralentissez, freinez et repartez…
5 secondes après
Une voiture à bras tiré par un gros monsieur torse nu, suant sang et eau, décide de vous couper le chemin. Il voudrait faire demi-tour pour repartir en sens interdit. Quoiqu’il advienne, vous êtes obligé d’attendre qu’il ait terminé ses manœuvres.
Vous lui souriez candidement, comprenant l’effort fourni, ralentissez, freinez et repartez…
5 secondes après
Une grosse madame, qui n’en peut plus de sa cellulite, qui traîne 4 gamins, 5 sacs, 3 chariots et un chien en laisse, se jette contre votre voiture en hurlant : « y a pas le feu, qu’est-ce que vous avez à rouler comme un fou ? » (un fou roule à 30 kms/h c’est bien connu)
Vous ralentissez, la laissez passer et redémarrez.

5 secondes après
Un âne anémique qui a de beaux yeux, tirant une charrette de 50 tonnes et des poussières, conduite par un gamin de quatre ans et demi en guenilles, vous barre la route. Vous avez une pensée émue pour les sociétés protectrices des animaux des pays évolués, vous vous extasiez sur la beauté des yeux tristes de l’âne (sur ses cils surtout) et le laissez passer.
5 secondes après
Un bolide bleu de la police arrive à 80 à l’heure en sens interdit conduit par un jeune soldat rachitique et mal rasé qui prend le volant pour la deuxième fois de sa vie de gardien de vaches (folles). Osez-vous plaindre, si la police est en infraction c’est qu’une noble cause l’oblige. Vous apprendrez plus tard que le soldat allait chercher les enfants de son chef à l’école. Qu’à cela ne tienne !
Arrêtez-vous, rabattez-vous sur la droite, laissez-le passer et braquez à gauche pour repartir.
Et c’est alors qu’un taxi russe décide de s’arrêter devant vous en double file alors qu’un emplacement est vide à deux mètres.
Vous avez beau lui faire de grands gestes éloquents, gigoter dans votre fauteuil, klaxonner de tous vos poumons, rien à faire ! Il débarque des passagers : le père, la mère, la belle-mère, le grand-père paralysé , les 5 enfants, les 4 valises, le parasol et la cage du canari (Là, là sur le trottoir, on prend tout son temps). Ensuite, un des enfants va faire de la monnaie pour régler la course, il rencontre un copain qui lui montre le beau vélo qu’il a acheté, sa collection de billes et la photo de sa belle-sœur du Canada. Tout ça prend un petit moment et vous êtes là, vous attendez. Voilà, vous pouvez repartir.
Manque de bol, un vendeur de tomates arrive d’une ruelle adjacente et gesticule comme un beau diable en demandant le passage. Là, ça en fait beaucoup, vous refusez catégoriquement, appuyez sur le klaxon, le champignon et tentez de prendre de la vitesse. Autour de vous, les gens hochent la tête mécontents : ces automobilistes, franchement , ils ne respectent rien.
Vous repartez, vous faites 3 mètres.
5 secondes après
Une horde de gamins débraillés sortent de l’école, s’élancent sur la chaussée en hurlant des cris de guerre indiens.
Terrorisé, vous freinez sur place.
Vous embrayez, redémarrez et réussissez à franchir une cinquantaine de mètres sans embûches. Ouf ! Un microbus pénètre votre espace vital, deux microbus pénètrent votre espace vital, trois microbus pénètrent votre espace vital, vous n’avez pas le temps de vous retournez, vous êtes cerné, emprisonné, handicapé. L’un vous fait une queue de poisson, l’autre vous double à droite comme une flèche et le troisième qui veut prendre une cigarette à un quatrième s’arrête à 3 millimètres de votre capot.
Ô rage ! Ô désespoir ! Ô microbus ennemis ! Mon pauvre vieux, vous n’avez qu’à attendre que le cauchemar se termine.
Quelques minutes après, vous prenez à gauche (pour arriver au point B ne l’oubliez pas, tout ceci est tellement distrayant) et c’est là qu’une brave dame voilée se livrant à une marche arrière totalement incontrôlée vous emboutit votre aile gauche (il vous reste la droite, ne vous plaignez pas). Vous descendez de voiture, elle descend aussi, et très méchamment elle vous apostrophe :
Vous ne pouviez pas faire attention ?
Euh …Moi ?
Bien sûr, est-ce qu’on prend un virage à cette vitesse ?

A court de réponse, vous remontez dans votre bagnole et repartez au bord de la crise nerveuse.
5 secondes après
Un cycliste très fier de ses prouesses zigzague devant vous et téléphone à sa cousine pour lui demander combien de pastèques doit-il ramener à la maison.
Vous lui conseillez un bon fruitier et le dépassez délicatement.
Bon, n’exagérons rien, vous réussissez quand même à rouler cinq minutes sans interruption et à 60 à l’heure vous observez de loin le feu prochain qui est vert (oui oui vert).Arrivé au feu, un agent de la circulation, mal luné,  lève un  index timide au  niveau de sa hanche droite et vous somme impérativement, subitement et sans crier gare, de freiner. Affolé, vous faites votre possible, les pneus laissent une marque indélébile sur le macadam en produisant un vacarme épouvantable. L’agent consciencieux, qui voyait passer un chaton galeux, a eu peur pour lui. Autour de vous, les gens vous lancent des regards furibonds et réprobateurs. A-t-on idée ?
Entre temps, le feu a viré au rouge et vous êtes là, comme un con, dépassant le passage piéton. Catastrophe, les règles élémentaires de la circulation ont été ignoblement violées et un bel officier fringuant qui a fini de téléphoner à sa fiancée vient vous retirer votre permis.
Vous lui faites un bisou, le remerciez de sa clémence et repartez.
Vous décidez ensuite de changer d’itinéraire pour conjurer le mauvais sort. Mal vous en prend, la ruelle est obstruée par un camion de petits-fours qui livre chez un pâtissier. Vous klaxonnez discrètement, les voitures derrière vous aussi, mais le jeune livreur est sourd-muet. Une marche arrière s’impose, un papy de 79 ans tente, non sans effort, de se garer. Il braque en 5 minutes (c’est une Lada, le volant est lourd), enclenche sa vitesse en 5 minutes et recule en un quart d’heure. Vous n’y pouvez rien, le respect des personnes âgées s’impose. Dans la voiture juste derrière vous, trône un général à la retraite qui beugle : « Vous ne savez pas qui je suis, dégagez la voie immédiatement. » L’autocollant orné d’un aigle qui couvre son pare-brise l’empêche de voir le camion de petits-fours. Il pense que c’est vous le criminel. Vous regardez votre rétroviseur en vous frottant les yeux.
25 minutes après, le camion de petits-fours est parti et la voie est libre. C’est positif ça quand même !
En repartant vous croisez un barbu qui sort de la mosquée accompagné d’une créature toute de noir vêtue, vous ralentissez pour vous entendre dire que les voitures sont une invention satanique et que vous avez porté un regard concupiscent et lascif sur la créature qu’il traîne. Ces hautes sphères de l’intolérance vous sont inconnues, vous vous excusez gentiment et repartez ;
C’est alors qu’une petite famille peinarde, revenant de la plage, lève haut son parasol pour vous mettre en garde. Ils passent leeeentement, trèèèèèèès lentement, vous sortez la tête et hurlez : « vous ne pouvez pas vous dépêcher ? » . 5 gosiers en cœur vous sortent alors les pires atrocités, les pires insultes et cette réplique classique : « C’est parce que vous êtes en voiture que vous n’avez aucun respect pour les piétons ? » ; comprenez par là qu’ils n’ont pas les moyens de se payer une voiture alors que vous, méchant suppôt du capital, vous le pouvez. Là, nous rentrons dans un cycle de racisme de classe et de complexes divers qui vous dépassent dans l’état nerveux critique dans lequel vous vous trouvez, abandonnez, mon vieux, abandonnez !
Non, ça  suffit pour aujourd’hui ! Vous descendez de voiture administrez un coup de poing au papa, une gifle à la maman, une fessée aux gamins, une claque au chien et vous arrachez les cheveux en hurlant ça suffit !!!!!!!!!. 53 témoins surgissent alors pour vous agresser, vous emmener au poste et vous demander 3 mille livres de dommages et intérêts. Les propos incohérents que vous tenez à l’officier de permanence sème le doute dans son petit cœur de fonctionnaire honnête, il fait appeler un médecin, fouille vos poches, trouve la liste incomplète de vos différentes péripéties : camisole de force, ambulance, infirmiers. Vous êtes désormais hors d’état de nuire.

Si j’étais présidente de la République

Si j’étais présidente de la République

Si j’étais présidente de la République, je nommerai un beau gouvernement à mes dimensions. En fait, il y aurait deux gouvernements : l’un ne servant à rien, pour la parade, pour faire joli, pour faire sérieux : la Guerre, les Affaires Etrangères, le Pétrole, toutes les bandes d’incompétents notoires. L’autre gouvernement serait celui de l’efficacité. Dans mon gouvernement, la parité n’existe pas, au pays des Pharaons il y aura une majorité de femmes. Na !
Première Ministre : La ministre des bruits divers
Elle serait munie d’un super-casque hyper-perfectionné pour détecter tous les bruits indésirables. Elle aurait pour mission de sanctionner immédiatement tout bruit dépassant le nombre de décibels autorisé pour le seuil d’audibilité d’un individu normal.
Elle sectionnerait un beau jour tous les câbles des klaxons des voitures, bus, motos, poids-lourd, chars, tanks et autres engins.
Elle se posterait tous les jours dans un quartier différent pour choper les vendeurs ambulants : tout vendeur de fèves muni d’une clochette (comme les vaches), tous les vendeurs de chlore, pastèque, haricots, tapis, tomates, vieilleries, brocante munis de microphones. Toute cette brave population serait arrêtée, déculottée et une fessée en bonne et due forme leur sera administrée. Une heure de Bach leur sera alors imposée tous les jours pour leur nettoyer un peu les oreilles.
Quant à la rue Nabi Daniel (non-alexandrins s’abstenir) elle fera l’objet d’un traitement particulier : une muselière sera prévue pour chaque camelot en exercice dans la rue (surtout devant le Centre Culturel Français et plus particulièrement sous les fenêtres de la médiathèque). Des kilomètres de sparadrap super-collant sous la muselière seront prévus pour les récalcitrants. Parallèlement, une usine de boule Quiès (coopération franco-égyptienne) s’installera à la place de la boutique de fringues où il y a un putois qui gueule à longueur de journée. La ministre ferait également le tour des mosquées du pays, décrocherait tous les haut-parleurs, les fracasserait à coup de haches et confisquerait les débris (par crainte de rafistolage ).  Un  stage  intensif  serait  prévu  pour  les  muezzins  :  seuil d’audibilité, nuisance sonore, maximums de décibels seraient au programme.
Dans tous les coins de rues, il y aurait des détecteurs de sonneries de téléphones portables indésirables et de voix humaines hurlant au téléphone. Ces détecteurs à infra-rouge, enverraient immédiatement des décharges électriques puissantes détruisant les portables et tirant l’oreille des tapageurs.
Il y aurait également une campagne de contrôle des enceintes, baffles et haut-parleurs. Au-delà de 20 cms et 3 watts ces engins seraient transformés en armoires de cuisine. Ce sera la mort des Montarbo et autres saloperies du même genre (baffles des mariages et des enterrements).
            Deuxième ministre : Le Ministre des villes piétonnes
Ce brave ministre aurait la simple mission de transformer le Caire en cité piétonne, interdire la circulation des voitures, bus, microbus, minibus, megabus en dehors du boulevard périphérique. Voilà, c’est simple.
            Troisième ministre : Ministre des (files égyptiennes transformées en) files indiennes.
Mes compatriotes pensent que faire la queue ça veut dire former des grappes humaines en longueur et en largeur, se marcher sur les pieds, se considérer prioritaire et jouer du coude pour passer en premier. Il est nécessaire de mettre un peu d’ordre dans tout ça. La ministre des files indiennes organiserait des stages intensifs à l’intention de l’ensemble de la population. Objectif du stage : APPRENDRE A FAIRE LA QUEUE.
Des constructions spéciales sont prévues à cet effet : des pièces à deux issues (entrée, sortie, c’est logique) parsemées de cloisons ne laissant passer qu’un individu de taille moyenne. Une dizaine de cloisons suffirait. Mes compatriotes, postés à l’entrée, devront défiler un par un en répétant les phrases suivantes :
-         je dois respecter la file
-         Je dois attendre mon tour
Il y aurait des écriteaux partout : ORDRE, SILENCE, RESPECT. Les stagiaires devront défiler au moins 100 fois pour, au moins, une fois dans leur vie, se familiariser avec ses notions étrangères. Mesures spartiates ? Oui et alors ?

                        Quatrième ministre : Le ministre du macadam
            Monsieur le ministre du macadam devra sillonner toutes les routes pour traquer toutes les crevasses, tous les trous, toutes les fissures, toutes les imperfections. Un dispositif perfectionné accompagnera ce malheureux pour résoudre IMMEDIATEMENT tous les problèmes. Il sera joignable sur son portable pour toute plainte de personne s’étant cassée la gueule dans la rue. Pour toute crevasse réparée une prime sera offerte au ministre, aux travailleurs qui l’accompagnent et aux passants dans la rue.

                        Cinquième ministre : La Ministre de l’Education Civique
Je pense qu’au départ il faudra proposer une cinquantaine de candidats qui puissent se relayer car le taux de suicide de ministres sera très élevé.
Cette pauvre victime aura la tâche la plus lourde du gouvernement : apprendre à 67 millions d’habitants à vivre ensemble, à prendre conscience de la responsabilité de chacun dans la société, à réfléchir sur les valeurs relatives à la personne, à prendre conscience des règles de la vie en commun, à apprendre le respect de la personne, de soi et des autres, à respecter les règles d'hygiène, de sécurité, de tenue, à prendre conscience du devoir de respecter les autres et du droit au respect pour soi-même, à respecter le bien commun et le cadre de vie, à respecter l’environnement, à réfléchir au sens des responsabilités (valeur de la parole donnée et de l'engagement réciproque), au sens de l'effort, du travail bien fait, de la vérité, de l'honnêteté, du courage, de la justice, de la dignité de la personne humaine, de la liberté de conscience, des règles de politesse, au sens du débat démocratique (écoute et respect de la parole de l'autre), le sens du travail en équipe, de la citoyenneté, le sens de la responsabilité personnelle et collective face aux problèmes liés aux droits de l'homme et aux atteintes qu'ils subissent…TOUT UN PROGRAMME !
Quant au financement de cet apprentissage, il nécessitera une gymnastique militaro-budgétaire : je vous explique :
Madame la ministre disposera pendant trois mois de tous les fonds financiers détournés en temps normal : budget d’acquisition des voitures de la garde présidentielle, des motos luxueuses de la police, des résidences secondaires des membres du gouvernement inutile (voir supra). Cette noble opération privera l’armée de son budget habituel pendant trois mois, entendez par budget de l’armée : armement, constructions inutiles, bâtiments mégalos, hôpitaux militaires, clubs militaires, zones militaires, financement des projets personnels des hauts gradés, appartements, terrains en friche, voitures payées à crédit sur 50 ans, bureaux luxueux, toute la gamme des « je ne me refuse rien » des généraux, colonels, officiers en tout genre ( la suite fera l’objet d’une publication indépendante pour ne pas déranger le lecteur).
Ma petite idée tordue, c’est qu’à l’issue de ces trois mois, si l’éducation civique est correctement faite, les citoyens se révolteront naturellement contre ces abus de l’armée…Il n’est pas interdit de rêver, de faire dans la science-fiction, l’anticipation et même dans l’ésotérisme !
            Une fois les coffres renfloués, la ministre fera appel à la rédactrice de ce modeste papier (eh oui c’est normal et en plus présidente !) pour mettre en place un plan d’enfer. Un comité de spécialistes en éducation civique sera constitué, ces oiseaux rares au nombre de 67 se chargeront chacun de mettre en place un système pour l’éducation d’un million de personnes. Le recensement, la répartition, l’organisation se feront par miracle (j’ai fait une demande là-haut).
1 éducateur civique disposera d’un million de tracts, de stylos, de cassettes audio, de cassettes vidéos, de télés, de magnétoscopes, de chaînes hi-fi, d’ordinateurs, de panneaux, d’écriteaux, de pancartes, de livres, de cahiers, de livres électroniques, de rétroprojecteurs, de vidéos projecteurs, d’écrans géants, de tables de travail, de salles de réunions, de walkmans, de lecteurs de cd, de lecteurs de DVD, de « palm pilot »…Pourquoi faire ? Je vous en pose des questions moi ?
24 heures sur 24 tout ce matériel servira à diffuser, expliquer, développer,   commenter,   analyser,   examiner,   approfondir,   inculquer,  enseigner des notions jusque là inconnues : droits, devoirs, démocratie, respect, communauté, civisme, citoyenneté, élections, public, privé, liberté, tolérance, « Luxe, calme, et volupté »
Les langues utilisées seront l’arabe écrit, parlé, dialectal, classique, oral, braille et sourd-muet.
Voilà, c’est simple, non ? Et au bout de trois mois, ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux.

            Sixième ministre : Ministre de la conduite ou de la mauvaise conduite selon l’humeur et la température ambiante.
Cette ministre intrépide aura la charge de réglementer le respect des voies par les automobilistes, cyclistes, motocyclistes, charettistes (néologisme signifiant conducteur de charrettes, microbistes (néologisme signifiant conducteurs de microbus) ;
Elle se chargera au préalable de retirer tous les permis de conduire, notamment ceux obtenus par correspondance.
Dans un hangar immense à deux issues on construira 9 murs pour permettre le passage de 10 voitures (une seule entre deux murs au cas où vous ne l’auriez pas compris).
Les conducteurs devront apprendre par cœur avant d’effectuer le parcours du combattant les phrases suivantes :
Ceci est une voie et je dois la respecter
Ceci n‘est pas un mur mais une ligne jaune
Je ne dois pas rétrécir la chaussée et bloquer une voie
Je ne dois pas changer de voie comme je change de culotte
Les autres existent aussi
La rue ne m’appartient pas
            Une fois le texte appris, les conducteurs devront entrer et sortir du hangar en longeant les murs une centaine de fois.
            Avant de récupérer leur permis, ils devront jurer sur l’honneur de bannir de leur vocabulaire : patientez, y a pas le feu, c’est pas grave, vous n’aviez qu’à faire attention , doucement , pourquoi gueulez-vous ?
Les textes appris par cœur seront également enregistrés et diffusés sur des écrans géants, des lecteurs de cassettes, des magnétoscopes, des lecteurs de cd à longueur de journée.
            On a montré qu’on était parfaitement réceptifs au lavage de cerveau, pourquoi ne pas utiliser cette méthode à des fins utiles ?

                        Septième ministre : Ministre des voyous
            Pour les voyous, voyez-vous, il vaudrait mieux un ministre moustachu et ressemblant vaguement à un policier en civil. Il opérerait des rafles dans les rues muni d’un questionnaire :
Sauriez-vous laisser passer une jolie fille sans émettre de commentaires obscènes ?
Sauriez-vous discuter avec vos collègues voyous sans ameuter tout le quartier ?
Sauriez-vous ne pas vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ?
Sauriez-vous ne pas adresser la parole à des inconnues pour les agresser ensuite si elles vous rabrouent ?
Sauriez-vous ne pas gueuler comme un putois devant votre étalage ?
Sauriez-vous distinguer un chauffeur de microbus d’un tueur en série ?
6 réponses négatives et on vous embarque dans une maison de redressement (il y aura un ministre des maisons de redressement qui s’occupera de cette sympathique population).

                        Huitième ministre : Ministre des abus de pouvoir
Comme son précédent collègue, elle opèrerait des rafles, non seulement dans les rues, mais  aussi dans les foyers, les cafés, les administrations, les écoles, les usines, les universités, les postes de police, les casernes militaires, chez les gouverneurs, les directeurs, les ministres, les consuls pédophiles…bref chez tous les petits chefs !
            Cette saine activité lui permettrait de repérer
o       Les profs incompétents qui martyrisent leurs élèves
o       Les pères incestueux qui abusent de leurs enfants
o       Les policiers qui torturent les détenus
o       Les hauts placés qui dilapident l’argent de l’Etat
o       Les directeurs qui harcèlent leur secrétaires
o       Les officiers qui asservissent leurs esclaves/soldats
o       Les chauffeurs de taxis qui refusent des courses
o       Les parents qui exercent un pouvoir abusif sur leur progéniture
o       Les fonctionnaires qui font du chantage aux honnêtes citoyens
o       Les médecins qui n’écoutent pas leurs patients
o       Les restaurateurs qui saupoudrent de poivre et de piment leurs plats
o       Les consuls qui violent les petits orphelins
o       Les chauffeurs de bus qui imposent une musique tonitruante
o       Les fumeurs qui ne respectent pas les zones non-fumeurs
o       Les chefs de trains qui imposent une climatisation de l’ère glaciaire
o       Les ministres qui s’en foutent plein les poches
o       Les responsables qui imposent les états d’urgence
o       Les présidents réélus pour plus de 50 ans
o       Les « deubliou bouche » qui font la loi partout dans le monde
o       Les banquiers qui détournent des fonds
o       Les individus qui ne tiennent pas leur parole
o       Les ariel charogne qui boivent le sang des petits palestiniens
o       Les censeurs qui ouvrent votre courrier
o       Les abrutis qui censurent les films
o       Les fanatiques qui vous imposent leurs croyances
o       Les décideurs qui prennent les mauvaises décisions
o       Les juges qui vendent leur conscience
o       Les directeurs de centres culturels qui se saoulent la gueule dans leurs bureaux
o       Les directeurs de cours qui font pas leur boulot
o       Les délateurs qui s’attaquent aux honnêtes gens
o       Les petits arrivistes qui écrasent tout sur leur passage
o       Les pères qui ne tiennent pas leurs promesses
o       Les dirigeants qui se mêlent de votre vie privée
Ouf ! Je suis en panne d’inspiration. Les pointillés vous permettront  d’allonger  la  liste  à  votre  guise. Si vous n’avez pas suffisamment de place, téléphonez-moi, je vous offrirai des cahiers de mille pages
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Neuvième ministre : Le Ministre des sans-abri
Je prendrai un général à la retraite qui a eu plein de problèmes, de malheurs, de désastres, de drames, de catastrophes qui l’auraient rendu humain et je lui demanderai de conduire une armée de 100 bus pour ramasser tous les sans abris et les installer dans les hôtels réservés aux militaires et à leurs familles. Les sans-abri coûteront moins cher et puis la société leur doit bien ça.

            Dixième ministre : La Ministre du travail bien fait
Oh la la ! La pauvre ! Elle aura du mal celle-là. Elle se retroussera les manches, prendra une loupe très puissante et s’attaquera à ce gros morceau : dénicher puis recenser les professionnels, les vrais, dans tous les domaines. (ne vous bagarrez pas, il n’y aura pas bousculade au portillon, c’est une espèce en voie de disparition). En admettant qu’elle saura dénicher les perles rares (à mettre tous au féminin, je n’ai pas le temps):
L’enseignant compétent sera ministre de l’Education, tous les autres se livreront à la saine occupation de l’alphabétisation.
Le banquier honnête sera ministre des finances, tous les autres compteront les mouches.
Le bibliothécaire digne de ce nom sera nommé à la Bibliothèque d’Alexandrie, tous les autres recopieront des livres pour les mettre sur Internet.
Le gestionnaire rigoureux sera Secrétaire général de la République, tous les autres lui ramasseront le pain et les planches.
Le cheikh sans haut-parleur sera ministre de la laïcité, tous les autres partiront en Afghanistan.
Le bon cuisinier sera ministre de l’approvisionnement, tous les autres seront mandatés de nourrir ceux qui crèvent de faim.
Bon , ça suffira comme ça, et moi, si vous voulez bien, je me chargerai des Affaires Sociales puisque le cumul des mandats sera autorisé. Et puis si vous ne voulez pas, tant pis, je nomme qui je veux dans mon gouvernement et puis j’adopterai un enfant qui me succèdera à la tête du pays. Na ! Vive la démocratie !

Soyons tous des étonnés

Soyons tous des étonnés

Juillet 1996
« Quid en latin c’est le réflexe du curieux qui sommeille en nous et qui ne se satisfait pas des idées toutes faites. Aristote disait : la science commence avec l’étonnement. Soyons tous des étonnés ! »
Ainsi commence ce malheureux bouquin que j’eus l’audace de commander par correspondance, en recommandé et en France. Il s’accompagnait également d’un livre intitulé « Guide de survie au bureau ». Le club auquel je suis inscrite, Le Grand Livre du mois, a joint gentiment au colis (en recommandé je vous le rappelle) deux cadeaux : un réveil de voyage fabriqué en Corée et un portefeuille. La commande totale faisait environ 400 francs.
Jusqu’ici vous ne devez pas comprendre grand chose, patientez un peu l’aventure ne fait que commencer !
Alors que j’attendais ces bouquins depuis 3 mois, un mercredi malheureux du mois de juin, je vois débarquer dans ma bibliothèque un messager de la SOS Sky qui me présente gauchement une série de papiers en me demandant de les signer. Abasourdie, je jette un coup d’œil. Please pay this amount : 50 livres égyptiennes. Je me dis il doit y avoir une erreur, c’est pourtant bien mon nom !
Sur les papiers de la SOS Sky, de la Middle East Courier Services et ceux de Midex France, c’est marqué Nazly Farid. C’est donc à moi que ça s’adresse forcément… Mais pourquoi, quand, comment ?
J’essaye d’interroger le messager, mais le pauvre, à part conduire sa moto et vous fourrer sous le nez des factures à payer et signer, il ne savait pas faire grand chose.
Docilement, je m’exécute, les 50 livres sont payées malgré la candide question restée sans réponse : et le colis où est-il ?
Je prends mon téléphone et tombe sur une charmante secrétaire qui me dit gentiment que c’est à moi maintenant d’aller récupérer mon colis au « Cargo village » du Caire. Midex France l’a envoyé, Middle East Courrier l’a récupéré et SOS Sky m’a avertie ( à 50 livres). Je lui lance un discret merci avant de raccrocher. A ma mine, mes collègues  rappliquent, l’une d’elles me prend en pitié et veut bien m’accompagner au Caire pour aller chercher mon colis (en recommandé).
En catastrophe, nous prenons une demi-journée de congé et toutes guillerettes nous prenons la route le lendemain 27 juin à destination du cargo village. Traversée infernale du Caire et arrivée entre l’ancien et le nouvel aéroport. Il est 9 heures du matin, tenez-vous bien l’aventure commence. A un jeune homme adossé contre un arbre, nous demandons notre chemin . et celui-ci très serviable nous propose de nous y emmener. « Je travaille là-bas », nous a-t-il dit. Voilà un coup de chance exceptionnel, il va nous faciliter l’existence.
Nous arrivons, réussissons à trouver une place au parking et sorties de voiture nous entendons le jeune gringalet, imbu de son importance, nous demander d’un ton impératif : « Où sont les papiers, je vais m’en occuper ». Intimidée, je lui tends le tout et nous voilà à trottiner derrière lui en direction d’une ruche de bureaux au fond d’une immense cour. C’est dommage que je n’avais pas d’appareil photo sur moi (avec l’autorisation du ministre de l’Intérieur et la signature de deux fonctionnaires de plus de cinquante-sept ans – pour immortaliser ces lieux enchanteurs qui ont marqué ma mémoire et mon sens de l’esthétique)
Imaginez une espèce d’immense cour de cinq cent mètres de long sur cent mètres de large, parsemée de petits kiosques d’un bleu affreux et d’un rouge douteux (provenant probablement du sang des malheureux suicidés s’étant ouvert les veines sur ce lieu). Au fond de la cour :les fameux bureaux auxquels on accède par de petites passerelles branlantes. C’est l’une d’elles que nous empruntons avec notre chevalier servant pour FAIRE LES DEMARCHES NECESSAIRES pour la récupération du colis.
Premier bureau : celui de la toute-puissante Egyptair qui a l’audace de souhaiter la bienvenue aux idiots de mon espèce. Un fonctionnaire maussade (c’est presque un pléonasme) jette un coup d’œil dégoûté sur ma paperasse et marmonne : tout est fait , il n’y a plus qu’à retirer le colis au guichet 46. En entendant ces bonnes paroles, un espoir immense naît en moi. Notre accompagnateur, lui, décide de demander au « hadj » de s’en occuper. Il  nous  accompagne  à la cafétéria d’Egyptair (encore) et le fameux « hadj » ne voyant pas de passeport en provenance des pays du Golf et entendant que mon colis pèse trois kilos et demi, prend un air des plus renfrognés et nous conseille un autre « hadj ». Un peu écœurée par tous ces hadjs je propose timidement de faire les formalités moi-même. Ce à quoi le jeune gringalet répond : Jamais ! Et nous voilà repartis pour d’autres bureaux. En chemin nous rencontrons des dizaines de personnes dévouées qui nous aiguillent sur des destinations erronées. Traversée de la cour, passage stérile par trois ou quatre bureaux, réponses vagues et contradictoires, retraversée de la cour… Excédée, je dis au jeune gringalet : tu es bien gentil, tu auras un bakchich puis tu nous lâches les baskets. Figurez-vous il a accepté ! Il est 9h45 et rien n’a été fait, mon instinct de conservation me souffle d’aller au guichet 46. Là, une fois n’est pas coutume, je tombe sur un jeune fonctionnaire sympa qui a l’air d’avoir un faible pour les alexandrins naïfs perdus dans la poussière cairote. Il me dit qu’il faut acheter un formulaire timbré, pour demander l’autorisation de pénétrer le sanctuaire (comme si nous n’y étions pas déjà), il faut aussi acheter un dossier à la caisse et revenir le voir pour COMMENCER LES DEMARCHES. Légèrement sonnée par cette multitude de choses à faire, je retraverse la cour avec ma dévouée collègue et je vais voir une vieille dame borgne, vêtue de noir, accroupie par terre et qui vend des formulaires sur papier huileux, noircis au carbone, timbrés et illisibles. Munie du formulaire, je sors pour demander l’autorisation de rentrer. Un kiosque en métal m’attend, il est envahi par mes braves compatriotes qui pensent que faire la queue signifie s’agglomérer par grappes humaines en se bousculant au guichet. J’attends patiemment mon tour et achète à dix livres une autorisation qui en coûte sept (on ne rend pas la monnaie, merci, revenez nous voir) . Passage à la caisse où j’achète le dossier (encore dix livres) et retourne au guichet 46. Le fonctionnaire sympa m’aide à remplir le dossier en trois exemplaires.
Un valeureux collègue à lui, estime mon colis (qu’il n’a jamais vu) à 50 livres et disserte longuement sur la valeur du réveil de voyage (que je n’ai pas le droit de jeter à la poubelle si je veux ! ).
Maintenant , je peux COMMENCER LES DEMARCHES (oui vous avez bien lu COMMENCER).
Munie de mon autorisation, je peux pénétrer dans le hangar qui tient lieu de sanctuaire qui m’était interdit jusque là. Je quitte là ma collègue, qui n’a pas d’autorisation, elle, je ne la reverra qu’à treize heures ! Elle m’attendra sur une chaise bancale qu’elle a négociée auprès d’un soldat en échange de 5 livres.
Un premier fonctionnaire qui étudie mon dossier en buvant un thé noir et en papotant avec son collègue, me dit qu’il me faut remplir un autre formulaire avant d’aller chercher mon colis au dépôt. Par bonheur, une matrone, vêtue de noir, circulant dans les parages me sort de son attaché-case un formulaire (un de plus vous me direz !) Après l’avoir rempli, je demande où est le fameux dépôt. J’ai droit à une longue description de l’itinéraire infernal que j’aurai à suivre. Légèrement abrutie, j’observe : couloirs, bureaux, cris , piaillements, bagages, marchandises, fonctionnaires, tables branlantes, paquets défaits, cordages, paperasse, poussière…L’enfer de Dante à côté, c’est de la rigolade !
J’enjambe les cartons et les caisses, je traverse des couloirs, je me laisse bousculer par des troupeaux humains et arrive jusqu’au dépôt. D’un pas tranquille, je franchis le portail et un gardien gros et court m’arrête d’une voix de stentor : « où allez-vous comme ça ? »
Récupérer mon colis de trois kilos et demi, dis-je placidement.
Il faut attendre les conducteurs de grues
Ah bon ! Pour trois kilos et demi ?
Oui, oui c’est le système !
Il m’offre gentiment son fauteuil branlant. Je ne peux qu’attendre. Les grues font la navette devant moi, me narguent et vous ne croirez jamais quelle en est la marque : HYSTER (il ne manquait plus que le I, E)
Après avoir attendu une heure, je demande au gardien discrètement s’il faut donner quelque chose à « Am Moawad » qui a fait la navette au moins dix fois sans me ramener mon colis. Il me répond : il ne faudrait pas m’oublier moi non plus !
Je fais miroiter un billet de dix livres et mon colis arrive miraculeusement dans la seconde. Embrassant mes chers bouquins, pleurant presque de joie, je retourne au premier fonctionnaire (il a fini son thé) qui me dit : maintenant on peut COMMENCER LES DEMARCHES. Ca doit être un tic de langage monologuais-je intérieurement.
Il m’envoie au collègue d’en face qui me regarde d’un œil suspect et me dit : ouvrez le colis. Tremblante, je m’exécute. De ses mains sales, il farfouille et cueille MES livres, MON réveil, MON portefeuille ! Il les palpe, les soupèse, les retourne et me dit : qu’est-ce que c’est ? Dans un premier temps , je ne trouve pas mes mots puis réussis à balbutier : des livres et des cadeaux, votre excellence !
Des livres de quoi ?
Toute bibliothécaire que je sois, je me trouve dans l’impossibilité de répondre. Il attend…Brisant le silence insoutenable je tente :c‘est un guide et une encyclopédie. Le guide n’a pas l’air de le déranger mais il doit trouver qu’encyclopédie est décidément un drôle d’oiseau !
Aimablement, il me fait remarquer que j’aurais dû me les faire envoyer par la poste.
Ca mon cher monsieur, on ne le dira jamais assez.
Allez à côté faire estimer tout ça.
Je vais à côté mais le monsieur qui devait être à son bureau était probablement allé faire pipi. Je l’attends, il arrive, griffonne rapidement un reçu de cinq livres et dix piastres et me demande de retourner chez son collègue. Qu’est-ce qu’ils sont affables ! Le collègue noircit trois formulaires et me demande d’aller les faire viser par le chef . Le chef n’est pas là. Je l’attends, il arrive, il gribouille une signature au stylo rouge (le plus redoutable) et m’envoie chez le collègue d’en face. Au bord de la crise de nerfs, je trottine en direction du collègue avec mon colis bien-aimé dans les bras.
Quelle abrutie je fais .Une âme charitable me dit que dans ce haut lieu, la sécurité régnait et que je pouvais laisser mon paquet. Je m’empresse d’obéir. Le collègue d’en face me signale que le collègue de tout à l’heure a oublié de signer l’un des formulaires. En nage, je fais le parcours inverse, c’est fait ouf ! L’étape suivante est le bureau de la censure, un grand directeur perché sur un grand fauteuil, tient mes bouquins à l’envers, y laisse la marque de ses doigts crasseux, estime qu’ils  ne sont  pas dangereux  et  m’autorise  à  aller  payer !  Une file  de quelques mètres m’attire irrésistiblement. Je dédaigne tous les autres guichets vides. Un monsieur , camarade de calvaire, me fait la conversation et m’apprends à ma grande joie que si j’avais à dédouaner 15 tonnes de riz j’aurais effectué les mêmes démarches. Après avoir patienté un bon quart d’heure, je me sens envahie par un sentiment de curiosité indescriptible : pourquoi cette file n’avance-t-elle pas ? Je me faufile et qu’aperçois-je ? Deux bureaux perpendiculaires, sur l’un un monsieur compte les mouches alors que l’autre (bigleux le malheureux) compte des liasses de milliers de livres billet par billet régulièrement interrompu par l’autre collègue (qui doit se tromper en comptant les mouches) Que valent mes cinq livres et dix piastres dans cette affaire ? Cette étape franchie, non sans mal, il faut m’adresser à Egyptair (encore) qui a eu l’amabilité, la charité et l’obligeance, d’héberger mon colis et de lui consacrer quarante centimètres carrés. Cette action charitable est estimée à 26 livres. C’est à ce moment historique que ma collègue, s’inquiétant de ma disparition, m’envoie à la rescousse le fonctionnaire sympa (celui du guichet 46, le seul, l’unique). Il me trouve au bord de l’évanouissement et s’occupe des dernières démarches (il faut l’espérer) révision du dossier, dédouanement, signatures, tampons…
Sortie à l’air libre et contemplant mes bouquins je me suis livrée à une réflexion hautement philosophique :
C’est beau la bureaucratie ! Soyons tous des bureaucrates !

Serrez la ceinture !

               Le cauchemar en place, depuis le 1er janvier 2001 en Egypte,  a sûrement fait couler beaucoup d’encre. Une plume célèbre, celle d’Alexandre Buccianti (Le Monde) s’est déjà attaqué au problème, ceci devrait dissuader la modeste rédactrice de ce non moins modeste témoignage mais non…je me lance.
               Pour qui sillonne les rues d’Alexandrie ou d’Egypte, une conduite légèrement brouillonne le saisit à la gorge. Cela pourrait avoir un aspect sympathique, cette allègre cohabitation des bus, des chiens, des poids-lourds, des piétons, des ânes, des voitures et des charrettes. L’obtention du permis de conduire (délivré souvent par correspondance) ne veut pas nécessairement dire la maîtrise de la conduite ou la connaissance élémentaire du code de la route. Les voitures en infraction sont hélas le plus souvent les voitures officielles : police, pompiers, officiers en tout genre. Les piétons, même s’ils ont tendance à se mesurer aux véhicules motorisés en leur coupant le chemin ou en essayant de les doubler, n’ont que de maigres droits dans la rue. Et la liste est longue…
               De ce magma dantesque, émerge une nouvelle loi sur la circulation : port obligatoire de la ceinture de sécurité ! Branle-bas de combat ! Rigueur soudaine et implacable, amendes, contrôle, retrait de permis…bref l’application d’une règle qui, ma foi, paraîtrait au prime abord légitime.
               Les derniers mois précédant l’application de cette loi spartiate marqueront l’histoire de l’Egypte. Signalons au passage qu’un pourcentage important de véhicules circulant librement est privé de l’invention grotesque nommée « ceinture de sécurité ». Il fallait donc pallier le manque et mettre en avant la célèbre débrouillardise égyptienne. « Ceinture de sécurité » ?
Qu’à cela ne tienne, je t’en donne moi des ceintures, je te les vends même au marché noir, je te les fabrique, je te les invente. Les matériaux les plus bizarres ont été utilisés pour cette opération sacrée : bouts de satin noir, bandoulière de sac à main, laisse de chien, ceinture de robe de chambre et bien sûr parfois ceinture originale du constructeur automobile.
               Je ne pense pas que les innombrables Mercedes ou véhicules d’origine asiatique aient souffert cette recherche ingénieuse.
               Les transports en commun, eux, soumis à la même réglementation, se désolent. Une même ceinture de x mètres de long devra-t-elle unir dans la rigueur ambiante, hommes, femmes et enfants ? 
Si on ne veut voir que l’aspect comique de la chose, on pourrait dire : qu’ils sont mignons ces sages automobilistes ficelés dans leur siège et se mouvant avec précaution. 
               Et la polémique bat son plein : débats à la télé, interviews de haut gradés de la police, discussions dans les cafés, rumeurs, crises, coups de gueule, montée de l’adrénaline…Rien n’y fait, vous serrerez la ceinture ! 
               N’est-il pas légèrement étonnant de voir que les seuls conducteurs non-exposés aux dangers de la conduite sans ceinture de sécurité sont ceux qui ont imposé cette loi (ou leurs chauffeurs). Ceinture de sécurité incompatible avec le port de l’uniforme.