Ma plume

Ecrire c'est lever toutes les censures (Jean Genet)







Toute ressemblance avec ...








jeudi 11 avril 2013

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué…


 
C’était un 11 avril 1982 la finale des Jeux Interscolaires. Bahira, Yvette et moi avions été sélectionnées pour représenter notre école au Concours Interscolaire organisé par Le Centre Culturel français : culture générale. Toutes les trois avions un bon niveau en français et avions commencé à nous préparer pour affronter les candidates d’une excellente école. Les dictionnaires et encyclopédies de la famille de Bahira ont beaucoup fait pour l’honneur de la francophonie à Alexandrie. Indépendamment du plaisir que nous avons pris à nous préparer, nous avions vraiment travaillé dur. Cela nous avait beaucoup rapprochées toutes les trois.

Arrive le premier jour J. Nous sommes chez nous : Une des premières consignes était de compléter le proverbe qui sert de titre à ce texte.

Nous avons fait fort ! Et nous avons gagné ! Si la directrice de notre école était arabophone, c’est dire si nous avions un mérite personnel pour ce succès.

Deuxième jour J. Nous devions affronter l’unique ’école francophone de garçons de la ville. Devant un public qui nous montrait les dents, les trois petits soldats que nous étions, soutenues par quelques supporters, devions nous mesurer aux MEILLEURS. Leur responsable un Frère de nationalité française leur apportait le soutien que ne nous apportait pas notre école…Aussi avons-nous du nous défendre vaillamment contre un début d’injustice. Et voilà-t-il pas que nous remportons cette deuxième manche ! Déjà à ce stade, il fallait nous porter en triomphe nous avions battu les imbattables.

Troisième jour J. La finale sur la scène de spectacles du Centre Culturel Français. Les deux prières manches nous étions placées à droite, là nous étions à gauche. Superstitieuse, je vois un signe. Ca se passait très bien et boum ! Une opération mathématique finale qui nécessitait des compétences en maths modernes nous a filé sous le nez et nous avons perdu ! Il y avait un voyage en France à la clé et nous sommes reparties bredouille.

Nous étions quand même fières et trente ans j’appelle Bahira pour en parler.

Pour la petite histoire, rentrée à la maison ma mère m’a passé un de ces savons dont elle a la spécialité qui m’a enlevé à tout jamais le goût de perdre. J’ai passé des années à briguer ces victoires imposées mais j’ai compris au fil des claques qu’il fallait savoir perdre et que ce sont les défaites encore plus que les victoires qui « humanisent » les anciens enfants auxquels on mettait la barre trop haut.

Ne demandez jamais trop à vos enfants !

jeudi 4 avril 2013

Jérôme Cahuzac


Ceux qui ne suivent pas l’actualité française d’avril 2013 ne comprendront sûrement pas ce texte.

Jérôme Cahuzac , Ministre du Budget, dans le gouvernement Hérault, a ouvert un compte en Suisse en 1992.

Le site Mediapart a révélé la chose. En décembre, j’ai entendu Jérôme Cahuzac parler à l’Assemblée Nationale et nier l’existence de comptes à l’étranger : c’était un homme qui avait peur et qui, comme un enfant, disait ce n’est pas moi.

Il m’a fait de la peine, nous avons tous connu le mensonge pour des raisons X, Y ou Z. Je ne fais pas partie de ceux qui jugent pour sanctionner. Je suis un être humain sensible à la l’injustice comme à l’honnêteté, qui voit un autre être humain avec ses faiblesses dans un monde où la justice est, pour le moins qu’on puisse dire, inexistante.

3 mois après la découverte de Médiapart, Jérôme Cahuzac passe aux aveux. Les médias s’en emparent ! Tous les problèmes du gouvernement de gauche deviennent imputables à cette erreur humaine ! Tout le monde s’empresse de condamner le mensonge, l’ouverture de ce compte en Suisse pour un ministre du Budget, tout le monde sans exception en France, y va de son analyse, de son grain de sel, de son détournement, de ses angoisses personnelles, …bref !

Dans la cohue, j’ai entendu Benjamin Lefèvre, son ami de 20 ans, et j’ai eu les larmes aux yeux. Cahuzac s’est construit dans l’adversité, Jérôme voulait être reconnu, Jérôme était un roc extérieurement et fragile intérieurement. Nul doute, je me suis identifiée ! Nous avons tous besoin d’une bonne thérapie pour excuser les faiblesses des autres sans s’ériger en juge impitoyable. Les circonstances atténuantes existent, c’est ma conception de la justice.

Suis-je en  train de dire que j’excuse la corruption ? Je suis simplement en train de dire : BALAYEZ TOUS DEVANT VOTRE PORTE avant de pousser un être humain au rejet universel et au suicide !

Le président de la République n’a jamais connu le mensonge ? Le Premier Ministre n’a jamais menti ? Les députés ont-ils toujours dit la vérité ? Les médias n’ont jamais maquillé la vérité ? Les politiques (et les personnages publics) ne font que des mensonges !

Tous ces pères Fouettards qui tombent sur Cahuzac comme des oiseaux charognards sur un cadavre ensanglanté devraient revoir leur copie : il a commis une erreur et sera jugé en fonction. Avant de le condamner au bûcher regardez la France : la société inégalitaire, le fossé qui sépare les trop riches et les trop pauvres, le pouvoir qui fait oublier les vrais problèmes, les problèmes humains, la politique qui n’est qu’un tissu de mensonges, les coûts de l’appareil d’Etat luxueux, la gauche qui imite la droite et la droite qui imite la gauche à en perdre leur identité.

Cahuzac a commis un crime d’argent ! Et le reste du monde ! Et les multinationales ? Et le capitalisme sauvage ? Et les fonds occultes qui financent le terrorisme ? Et les créateurs de paradis fiscaux ? Condamnez bonnes gens ! Vous ne condamnez pas ceci car vous y trouvez votre compte, votre intérêt personnel dans la corruption mondiale !

J’ai envie de dire la fraude fiscale est moins grave que la pédophilie mais c’est trop naïf et hors sujet !

 

Autant je comprends le mensonge de Cahuzac autant je refuse les mensonges de la créature qui sert à l’Egypte de président mais ceci est encore un autre sujet !

mardi 5 mars 2013

CINQ MARS


Ce même CINQ MARS il y a dix ans déjà, en l’année 2003

Je créais une section syndicale CFDT pour combattre l’injustice. Je savais ce que c’était l’injustice, j’étais bien placée pour en juger. J’ai voulu aider ceux qui, comme moi, n’avaient trouvé personne pour les aider et porter leur voix.

 

Sept ans après, quand le cycle a pris fin, un même CINQ MARS de 2010 j’ai décidé de partir de ce que je croyais être la maison familiale, j’ai quitté ce que je croyais être une famille adoptive. Ce n’étaient ni une maison, ni une famille mais une institution froide qui m’avait poussée vers la porte parce que je voulais le bon, le vrai, le propre, le correct …Dans ce genre d’institution, les naïfs dans mon genre s’appelle des fauteurs de troubles, des avides de pouvoir, des gens qui dérangent tout le monde en disant tout haut l’indicible.

 

2 ans après, ce même CINQ MARS, il m’a été confirmé que (même avec les meilleures intentions du monde) dans une seconde institution implacable, la justice, l’honneur, la droiture n’existaient pas que le scénario se répétait et qu’il fallait repartir.

 

Aujourd’hui CINQ MARS de l’année 2013, j’ai pensé à la planète Mars, au chocolat Mars, au dieu de la guerre Mars ; à l’anniversaire de ma défunte tante née en mars, à l’anniversaire du décès de mon oncle en mars  et la littéraire en manque que je suis, a repensé à ce cher Alfred de Vigny et à son roman Cinq Mars.

Dans mon pays aujourd’hui volé, alors que je sais que je n’aurais pas Internet pour longtemps, je suis allée sur Wikisource (http://fr.wikisource.org/wiki/Cinq-Mars) j’ai copié cet extrait, pour moi, très significatif .

 

Un traité sur la chute de la féodalité, sur la position extérieure et intérieure de la France au XVIIe siècle, sur la question des alliances avec les armes étrangères, sur la justice aux mains des parlements ou des commissions secrètes et sur les accusations de sorcellerie, n’eût pas été lu peut-être ; le roman le fut.

 

Plus que jamais, la littérature, ce « miroir que l’on promène le long du chemin », reste ma passion. Moi, éprise de vérité, je relis avec délectation ces réflexions de Vigny sur la Vérité dans l’Art, ô combien d’actualité, et dont la totalité suit :

L’étude du destin général des sociétés n’est pas moins nécessaire aujourd’hui dans les écrits que l’analyse du cœur humain. Nous sommes dans un temps où l’on veut tout connaître et où l’on cherche la source de tous les fleuves. La France surtout aime à la fois l’Histoire et le Drame, parce que l’une retrace les vastes destinées de l’HUMANITÉ, et l’autre le sort particulier de l’HOMME. C’est là toute la vie. Or, ce n’est qu’à la Religion, à la Philosophie, à la Poésie pure, qu’il appartient d’aller plus loin que la vie, au delà des temps, jusqu’à l’éternité.
Dans ces dernières années (et c’est peut-être une suite de nos mouvements politiques), l’Art s’est empreint d’histoire plus fortement que jamais. Nous avons tous les yeux attachés sur nos Chroniques, comme si, parvenus à la virilité en marchant vers de plus grandes choses, nous nous arrêtions un moment pour nous rendre compte de notre jeunesse et de ses erreurs. Il a donc fallu doubler l’INTÉRÊT en y ajoutant le SOUVENIR.
Comme la France allait plus loin que les autres nations dans cet amour des faits et que j’avais choisi une époque récente et connue, je crus aussi ne pas devoir imiter les étrangers, qui, dans leurs tableaux, montrent à peine à l’horizon les hommes dominants de leur histoire ; je plaçai les nôtres sur le devant de la scène, je les fis principaux acteurs de cette tragédie dans laquelle j’avais dessein de peindre les trois sortes d’ambition qui nous peuvent remuer, et, à côté d’elles, la beauté du sacrifice de soi-même à une généreuse pensée. Un traité sur la chute de la féodalité, sur la position extérieure et intérieure de la France au XVIIe siècle, sur la question des alliances avec les armes étrangères, sur la justice aux mains des parlements ou des commissions secrètes et sur les accusations de sorcellerie, n’eût pas été lu peut-être ; le roman le fut.
Je n’ai point dessein de défendre ce dernier système de composition plus historique, convaincu que le germe de la grandeur d’une œuvre est dans l’ensemble des idées et des sentiments d’un homme et non pas dans le genre qui leur sert de forme. Le choix de telle époque nécessitera cette MANIÈRE, telle autre la devra repousser ; ce sont là des secrets du travail de la pensée qu’il n’importe point de faire connaître. A quoi bon qu’une théorie nous apprenne pourquoi nous sommes charmés ? Nous entendons les sons de la harpe ; mais sa forme élégante nous cache les ressorts de fer. Cependant, puisqu’il m’est prouvé que ce livre a en lui quelque vitalité [1], je ne puis m’empêcher de jeter ici ces réflexions sur la liberté que doit avoir l’imagination d’enlacer dans ses nœuds formateurs toutes les figures principales d’un siècle, et, pour donner plus d’ensemble à leurs actions, de faire céder parfois la réalité des faits à l’IDÉE que chacun d’eux doit représenter aux yeux de la postérité ; enfin sur la différence que je vois entre la VÉRITÉ de l’Art et le VRAI du Fait.
De même que l’on descend dans sa conscience pour juger des actions qui sont douteuses pour l’esprit, ne pourrions-nous pas aussi chercher en nous-mêmes le sentiment primitif qui donne naissance aux formes de la pensée, toujours indécises et flottantes ? Nous trouverions dans notre cœur plein de trouble, où rien n’est d’accord, deux besoins qui semblent opposés, mais qui se confondent, à mon sens, dans une source commune ; l’un est l’amour du VRAI, l’autre l’amour du FABULEUX. Le jour où l’homme a raconté sa vie à l’homme, l’Histoire est née. Mais à quoi bon la mémoire des faits véritables, si ce n’est à servir d’exemple de bien ou de mal ? Or les exemples que présente la succession lente des événements sont épars et incomplets ; il leur manque toujours un enchaînement palpable et visible, qui puisse amener sans divergence à une conclusion morale ; les actes de la famille humaine sur le théâtre du monde ont sans doute un ensemble, mais le sens de cette vaste tragédie qu’elle y joue ne sera visible qu’à l’œil de Dieu, jusqu’au dénoûment qui le révélera peut-être au dernier homme. Toutes les philosophies se sont en vain épuisées à l’expliquer, roulant sans cesse leur rocher, qui n’arrive jamais et retombe sur elles, chacune élevant son frêle édifice sur la ruine des autres et le voyant crouler à son tour. Il me semble donc que l’homme, après avoir satisfait à cette première curiosité des faits, désira quelque chose de plus complet, quelque groupe, quelque réduction à sa portée et à son usage des anneaux de cette vaste chaîne d’événements que sa vue ne pouvait embrasser ; car il voulait aussi trouver, dans les récits, des exemples qui pussent servir aux vérités morales dont il avait la conscience ; peu de destinées particulières suffisaient à ce désir, n’étant que les parties incomplètes du TOUT insaisissable de l’histoire du monde ; l’une était pour ; dire un quart, l’autre une moitié de preuve ; l’imagination fit le reste et les compléta. De là, sans doute, sortit la fable. — L’homme la créa vraie, parce qu’il ne lui est pas donné de voir autre chose que lui-même et la nature qui l’entoure ; mais il la créa VRAIE d’une VÉRITÉ toute particulière.
Cette VÉRITÉ toute belle, tout intellectuelle, que je sens, que je vois et voudrais définir, dont j’ose ici distinguer le nom de celui du VRAI, pour me mieux faire entendre, est comme l’âme de tous les arts. C’est un choix du signe caractéristique dans toutes les beautés et toutes les grandeurs du VRAI visible ; mais ce n’est pas lui-même, c’est mieux que lui ; c’est un ensemble idéal de ses principales formes, une teinte lumineuse qui comprend ses plus vives couleurs, un baume enivrant de ses parfums les plus purs, un élixir délicieux de ses sucs les meilleurs, une harmonie parfaite de ses sons les plus mélodieux ; enfin c’est une somme complète de toutes se leurs. A cette seule VÉRITÉ doivent prétendre les œuvres de l’Art qui sont une représentation morale de la vie, les œuvres dramatiques. Pour l’atteindre, il faut sans doute commencer par connaître tout le VRAI de chaque siècle, être imbu profondément de son ensemble et de ses détails ; ce n’est là qu’un pauvre mérite d’attention, de patience et de mémoire ; mais ensuite il faut choisir et grouper autour d’un centre inventé : c’est là l’œuvre de l’imagination et de ce grand BON SENS qui est le génie lui-même.
A quoi bon les Arts s’ils n’étaient que le redoublement et la contre-épreuve de l’existence ? Eh ! bon Dieu, nous ne voyons que trop autour de nous la triste et désenchanteresse réalité : la tiédeur insupportable des demi-caractères, des ébauches de vertus et de vices, des amours irrésolus, des haines mitigées, des amitiés tremblotantes, des doctrines variables, des fidélités qui ont leur hausse et leur baisse, des opinions qui s’évaporent ; laissez-nous rêver que parfois ont paru des hommes plus forts et plus grands, qui furent des bons ou des méchants plus résolus ; cela fait du bien. Si la pâleur de votre VRAI nous poursuit dans l’Art, nous fermerons ensemble le théâtre et le livre pour ne pas le rencontrer deux fois. Ce que l’on veut des œuvres qui font mouvoir des fantômes d’hommes, c’est, je le répète, le spectacle philosophique de l’homme profondément travaillé par les passions de son caractère et de son temps ; c’est donc la VÉRITÉ, de cet homme et de ce TEMPS, mais tous deux élevés à une puissance supérieure et idéale qui en concentre toutes les forces. On la reconnaît, cette VÉRITÉ, dans les œuvres de la pensée, comme l’on se récrie sur la ressemblance d’un portrait dont on n’a jamais vu l’original ; car un beau talent peint la vie plus encore que le vivant.
Pour achever de dissiper sur ce point les scrupules de quelques consciences littérairement timorées que j’ai vues saisies d’un trouble tout particulier en considérant la hardiesse avec laquelle l’imagination se jouait des personnages les plus graves qui aient jamais eu vie, je me hasarderai jusqu’à avancer que, non dans son entier, je ne l’oserais dire, mais dans beaucoup de ses pages qui ne sont peut-être pas les moins belles, L’HISTOIRE EST UN ROMAN DONT LE PEUPLE EST L’AUTEUR. — L’esprit humain ne me semble se soucier du VRAI que dans le caractère général d’une époque ; ce qui lui importe surtout, c’est la masse des événements et les grands pas de l’humanité qui emportent les individus ; mais, indifférent sur les détails, il les aime moins réels que beaux, ou plutôt grands et complets.
Examinez de près l’origine de certaines actions, de certains cris héroïques qui s’enfantent on ne sait comment : vous les verrez sortir tout faits des ON DIT et des murmures de la foule, sans avoir en eux-mêmes autre chose qu’une ombre de vérité ; et pourtant ils demeureront historiques à jamais. — Comme par plaisir et pour se jouer de la postérité, la voix publique invente des mots sublimes pour les prêter, de leur vivant même et sous leurs yeux, à des personnages qui, tout confus, s’en excusent de leur mieux comme ne méritant pas tant de gloire Alfred de Vigny Cinq Mars et ne pouvant porter si haute renommée. N’importe, on n’admet point leurs réclamations ; qu’ils les crient, qu’ils les écrivent, qu’ils les publient, qu’ils signent, on ne veut pas les écouter, leurs paroles sont sculptées dans le bronze, les pauvres gens demeurent historiques et sublimes malgré eux. Et je ne vois pas que tout cela se soit fait seulement dans les âges de barbarie, cela se passe à présent encore, et accommode l’Histoire de la veille au gré de l’opinion générale, muse tyrannique et capricieuse qui conserve l’ensemble et se joue du détail. Eh ! qui de vous n’a assisté à ses transformations ! Ne voyez-vous pas de vos yeux la chrysalide du FAIT prendre par degré les ailes de la FICTION ? — Formé à demi par les nécessités du temps, un FAIT est enfoui tout obscur et embarrassé, tout naïf, tout rude, quelquefois mal construit, comme un bloc de marbre non dégrossi ; les premiers qui le déterrent et le prennent en main le voudraient autrement tourné, et le passent à d’autres mains déjà un peu arrondi ; d’autres le polissent en le faisant circuler ; en moins de rien il arrive au grand jour transformé en statue impérissable. Nous nous récrions ; les témoins oculaires et auriculaires entassent réfutations sur explications ; les savants fouillent, feuillettent et écrivent ; on ne les écoute pas plus que les humbles héros qui se renient ; le torrent coule et emporte le tout sous la forme qu’il lui a plu de donner à ces actions individuelles. Qu’a-t-il fallu pour toute cette œuvre ? Un rien, un mot ; quelquefois le caprice d’un journaliste désœuvré. Et y perdons-nous ? Non. Le fait adopté est toujours mieux composé que le vrai, et n’est même adopté que parce qu’il est plus beau que lui ; c’est que l’HUMANITÉ ENTIÈRE a besoin que ses destinées soient pour elle-même une suite de leçons ; plus indifférente qu’on ne pense sur la RÉALITÉ DES FAITS, elle cherche à perfectionner l’événement pour lui donner une grande signification morale ; sentant bien que la succession des scènes qu’elle joue sur la terre n’est pas une comédie que, puisqu’elle avance, elle marche à un but dont faut chercher l’explication au delà de ce qui se voit.
Quant à moi, j’avoue que je sais bon gré à la voix publique d’en agir ainsi, car souvent sur la plus belle vie se trouvent des taches bizarres et des défauts d’accord qui me font peine lorsque je les aperçois. Si un homme paraît un modèle parfait d’une grande et noble faculté de l’âme, et que l’on vienne m’apprendre quelque ignoble trait qui le défigure, je m’en attriste, sans le connaître, comme d’un malheur qui me serait personnel, et je voue presque qu’il fût mort avant l’altération de son caractère.
Aussi, lorsque la MUSE (et j’appelle ainsi l’Art tout entier, tout ce qui est du domaine de l’imagination, à peu près comme les anciens nommaient MUSIQUE l’éducation entière), lorsque la MUSE vient raconter, dans ses formes passionnées, les aventures d’un personnage que je sais avoir vécu, et qu’elle recompose ses événements, selon la plus grande idée de vice ou de vertu que l’on puisse concevoir de lui, réparant les vides, voilant les disparates de sa vie et lui rendant cette unité parfaite de conduite que nous aimons à voir représentée même dans le mal ; si elle conserve d’ailleurs la seule chose essentielle à l’instruction du monde, le génie de l’époque, je ne pourquoi l’on serait plus difficile avec elle qu’avec cette voix des peuples qui fait subir chaque jour à chaque fait de si grandes mutations.
Cette liberté, les anciens la portaient dans l’histoire même ; ils n’y voulaient voir que la marche générale et le large mouvement des sociétés et des nations, et, sur ces grands fleuves déroulés dans un cours bien distinct et bien pur, ils jetaient quelques figures colossales, symboles d’un grand caractère et d’une haute pensée. On pourrait presque calculer géométriquement que, soumise à la double composition de l’opinion et de l’écrivain, leur histoire nous arrive de troisième main, et éloignée de deux degrés de la vérité du fait.
C’est qu’à leurs yeux l’Histoire aussi était une œuvre de l’Art ; et, pour avoir méconnu que c’est là sa nature, le monde chrétien tout entier a encore à désirer un monument historique, pareil à ceux qui dominent l’ancien monde et consacrent la mémoire de ses destinées, comme ses pyramides, ses obélisques, ses pylônes et ses portiques dominent encore la terre qui lui fut connue, et y consacrent la grandeur antique.
Si donc nous trouvons partout les traces de ce penchant à déserter le POSITIF, pour apporter L’IDÉAL jusque dans les annales, je crois qu’à plus forte raison l’on doit s’abandonner à une grande indifférence de la réalité historique pour juger les œuvres dramatiques, poëmes, romans ou tragédies, qu’empruntent à l’histoire des personnages mémorables. L’ART ne doit jamais être considéré que dans ses rapports avec sa BEAUTÉ IDÉALE. Il faut le dire, ce qu’il y a de VRAI n’est que secondaire, c’est seulement une illusion de plus dont il s’embellit, un de nos penchants qu’il caresse. Il pourrait s’en passer, car la VÉRITÉ dont il doit se nourrir est la vérité d’observation
 

dimanche 10 février 2013

Ephéméride 10 février


J’ai rêvé qu’on pouvait parler sans être interrompu. J’ai rêvé qu’on pouvait parler et être entendu. J’ai rêvé qu’on pouvait exprimer sa colère sans que trente-six censeurs ne s’érigent en vous disant : « calme-toi », « ne t’énerve pas », «  ce n’est pas bien de s’énerver comme ça ». J’ai rêvé qu’on pouvait être franc sans être vulnérable. J’ai rêvé qu’on pouvait être tolérant sans être stupide. J‘ai rêvé qu’on pouvait être généreux sans être idiot. J’ai rêvé qu’on pouvait être courageux sans être téméraire. J’ai rêvé qu’on pouvait être chef sans être avide de pouvoir.  J’ai rêvé qu’ils pouvaient être honnêtes, qu’elles pouvaient être claires, que vous pouviez comprendre, que nous puissions rêver d’un monde meilleur. Et je me suis réveillée…

mardi 5 février 2013

Ephéméride 5 février 2013


Ephéméride

 

Quand on veut modifier ses papiers d’identité dans mon pays, il faut s’attendre à tout ! Jusqu’en 2011, il était normal de n’avoir aucun droit, normal de se faire traiter de sous-merde par un fonctionnaire miteux ou une voilée qui pue. Il fallait attendre Godot tout en ne sachant pas qu’on l’attendait. Il fallait supplier, soudoyer, gueuler, se taper la tête contre le mur… c’était c comme ça et pas autrement.

Après l’éjection de Moubarak (puisque ça se limite à ça ce qu’on fait depuis deux ans) c’est la boîte-surprise tout le temps, partout, et avec tout le monde. Dans la rue, dans les administrations, avec autorité, avec les défuntes lois…

Toujours est-il que je voulais changer mon adresse et la dénomination de ma profession. Du 18 au 39 il y a au moins 11 points ! Quant à ma profession, je trouvais plutôt patibulaire de continuer à être consultante du directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie puisque je n’ai été consulté en rien et que mon pauvre métier est malmené et que tout le monde ne comprend pas de la même manière ce que veut dire une bibliothèque.

Bref, je remplis les formulaires, je fais les photocopies, je réponds sagement à monseigneur moustachu et bureaucrate et je m’entends dire : vous êtes « demoiselle » en français on aurait dit célibataire et ça passait… Indépendamment du fait que la question était superflue puisque je ne demandais pas à changer mon état civil, ça fait bizarre quand même qu’une personne que vous ne connaissez ni d’Adam ni d’Eve s’inquiète de l’état de votre hymen ou de votre potentielle virginité. J’ai osé un timide « comme c’est écrit » et j’ai avalé ma colère. Ma carte d’identité avec la mention responsable de la médiathèque (je ne suis pas responsable et il n’y a plus de médiathèque) avait déjà été déchirée par un petit officier de merde, je ne voulais pas que la nouvelle subisse le même sort avant de voir le jour. 

jeudi 15 septembre 2011

Moi qui croyais ne plus écrire !

Ca faisait très longtemps que je n’avais pas eu envie de dire « je vais faire un texte » et pourtant ce 12 février 2009 (avant le vendredi 13 heureusement) je prends le train pour aller à la capitale infernale de l’Egypte. Un peu assommée par le manque de sommeil et par l’achats de deux billets qui n’ont servi à rien et le paiement d’un troisième in extremis je ne me rends pas trop compte de la « froidure » qui règne dans le wagon de ce train autrefois qualifié d’espagnol. Ne voyez là aucun clin d’œil ibérique, voyez simplement une garantie des railways d’Egypte que toute autre nationalité hormis l’égyptienne arrive à l’heure. Bon bref, ce n’est pas notre propos. Notre propos c’est le retour dans le même train qualifié d’espagnol (encore)
Je suis au téléphone, ce qui est pléonasme concernant ma modeste petite personne. Pendant une heure une amie me « mange les oreilles » comme dirait l’autre et je m’aperçois à peine qu’un vent glacial commence à pénétrer mes pauvres bras devenus graisseux et autrefois maigres.
Au même instant, je vois un jeune homme, vêtu d’une chemise grise (style balzacien : moi, pas la chemise) qui se penche vers un passager du train, qui lui chuchote aimablement des choses en tenant à la main quelque chose qui ressemble à une poignée de porte, puis il traverse élégamment le wagon avec un sourire qui se voudrait charmeur mais qui n’est que niais. Arrivé à ma hauteur, une communication supranaturelle s’établit entre nous et je comprends que c’est le technicien de la climatisation.
Oui oui vous avez bien lu, je ne me suis pas trompée, ce n’est pas le chauffage c’est la climatisation, en février, avec 18 °degrés à l’extérieur, des pulls, des écharpes, des manteaux …. Mais climatisation quand même.
Avec ma superbe naïveté d’égyptienne qui s’entête à ne pas comprendre les rouages mystérieux qui régissent ce pays, je me lève, portable à la main et je lui dis :
-          Attendez, j’ai bien compris, il y a  la clim dans ce train
et il me répond avec un clin d’œil malin, « Je vais la baisser »
et je lui rétorque soulagée « ah oui s’il vous plaît, sauf erreur de ma part, nous sommes en février »
Quelques minutes passent, je suis toujours au téléphone et je recommence à sentir le même souffle glacial (je suis dans les polars actuellement pour raisons de thèse)
Le souffle glacial me dérange donc et je me lève pour chercher le jeune homme charmant à la chemise grise. Je le trouve devant les WC qui par un hasard extraordinaire se trouvent juste en face de l’énorme armoire abritant des centaines de petits interrupteurs et que l’on ouvre avec la poignée de porte qui eut l’audace de traverser le wagon au bout de celui que j’appelais le technicien de la climatisation.
Parmi ces centaines de petits interrupteurs il y en avait un qui m’intéressait : celui de la clim ; j’avais l’outrecuidance d’avoir froid en février dans un train dont le billet m’a coûté 50 livres (tous pourboires compris)
Celui que j’appelle encore le jeune homme à la chemise grise est là avec son sourire voulu séducteur mais imbécile.
J’entame à nouveau la conversation (celle-ci étant intacte) avec lui :
Vous avez remis la clim ?
  • Si j’éteins la clim il fera trop chaud
  • Mais cher Monsieur nous sommes dans la saison hivernale qui comprend si je ne m’abuse le mois de février
  • Ce n’est pas possible d’éteindre complètement la clim je l’ai baissée et cela suffit
(Changement de ton de part et d’autre)
Ah oui et qui est-ce qui décide si ça suffit ou pas ?
  • moi
Et vous êtes qui ?
  • je travaille ici
C’est quelqu’un de responsable qui vous a demandé ça ou c’est de votre propre initiative ?
  • de quoi vous vous mêlez ?
Aie Aie Aie, on dérape là et je commence à hausser ce ton qui en dérange plus d’un !
Ecoutez, j’ai payé un billet et j’estime avoir le droit de ne pas avoir froid en février à cause de la climatisation
  • je suis responsable et c’est moi qui m’en occupe
Peut-être alors on pose la question aux autres voyageurs ?
Le Wagon contenant une soixantaine d’êtres humains (je suppose) dont 57 êtres masculins ; 1 dame normale et une dame voilée et bibi est en émoi mais en émoi tranquille. Ca voudrait dire qu’à peu près 50 personnes une centaine de paires d’yeux (je n’ai pas compté les borgnes, les non-voyants, les endormis et les téléphoneurs) sont tournés vers moi et celui que jadis j’appelais le jeune homme à la chemise grise et qui maintenant s’appelle maintenant le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été.
Ils sont encore silencieux, à leur regard je dénombre une quarantaine de machos et une dizaine d’abrutis
A leur regard, je comprends, c’est quoi cette nana hystérique qui a froid et qui engueule le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été ? C’est vous dire si l’hostilité est ambiante
  • Vous voulez qu’on éteigne la clim ? harangue la foule le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été.
Je suis dans l’expectative où me rejoint un bonhomme de type maffieux qui discutait le bout de gras avec son copain debout devant moi.
 Il était 20 heures et des poussières et le monsieur arborait de superbes lunettes de soleil lui donnant un air légèrement maffieux teinté de ridicule (l’air pas les lunettes)
  • Pourquoi vous ne mettez pas votre manteau ? car il a admirablement déduit que ce truc noir suspendu à côté de mon siège et fabriqué en laine devait être mon manteau
Je fulmine intérieurement et grande dame ne répond pas
J’attends les résultats du référendum. Vous aussi je suppose ?
Eh bien ? Vous ne connaissez pas l’Egypte ? 50 mecs qui se taisent et une nana qui parle, vous croyez que c’est normal ? une nana qui agresse (allez-y c’est la mode, la jardilliaire me l’a déjà faite) le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été. ? une nana qui hausse le ton (ça aussi c’est pas bien du tout) ?
Résultats : ils hochent la tête en disant n’éteignez pas la clim.
Paf dans mes gencives !
Le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été me regarde d’un air victorieux, commence à pavaner dans le wagon et s’incline devant un monsieur barbu qui doit lui dire : qu’est-ce qu’on ne doit pas entendre, c’est une nana et c’est un pécher d’entre sa voix.
Deux gros rigolent avec lui et moi je rumine ma défaite.
C’est alors que le maffieux teinté de ridicule me répète d’un ton goguenard : mettez votre manteau »
Et c’est alors mes enfants qu’il se prend la plus méprisante et la plus glaciale des réponses de sa vie de macho :
  • Toi Coco, tu ne te mêle pas, on ne t’a pas demandé ton avis, au lieu de te mêler de ce qui ne te regarde pas et de bavarder debout avec ton copain et de déranger ma lecture (alors que je téléphonais) tu devrais gagner ta place illico presto
Mon souffre-douleur qui en a pris pour tout le monde est stupéfait mais trouve la force de me répondre :
« Doucement pourquoi vous criez ?» (Cette phrase qui a l’air anodine comme ça est devenue la devise passe-partout de l’Egypte moderne et fera l’objet d’un texte prochain)
Je ne criais pas encore et c’est là pour lui montrer la différence que je hurle :
TA GUEULE
Coup de théâtre !!!
le directeur du chaud et froid responsable de la climatisation en hiver et du chauffage en été est abordé par un petit monsieur que j’avais mal classé dans mes catégories arbitraires, subjectives et fières de l’être, un petit monsieur barbichu qui hausse le ton (lui aussi) et dit :
  • Qu’est-ce que vous avez tous ? en hiver on met le chauffage pas la clim
Dieu du ciel, je croyais (comme Dupont pour les mirages : vous ne lisez pas tintin ? c’est dommage) qu’on les avait supprimés !
Je bondis de ma place en ayant la ferme intention d’embrasser ce monsieur sur les deux joues et de le serrer contre mon cœur ulcéré par l’injustice de la foule.
La traversée du wagon calme mes ardeurs et je me penche, je lui serre la main et je déclame :
Cher Monsieur, heureusement que vous existez sinon je me serai crue folle comme en est convaincu la totalité de ce wagon.
Ce cher barbichu n’était donc ni borgne, ni aveugle, ni abruti, ni macho, ni voilé…Il y en a de moins en moins en Egypte !

La parole s’en va, l’écrit reste…



Les plumes, on les perd, on nous les casse, on les encense, on les récompense et on les punit.
A l’école nous avons appris à lire et à écrire. Nous avons écrit des choses qui nous étaient demandées. Nous avons écrit des pages et des pages dont ne nous sommes peut-être pas  souvenus. Nous avons tenté de mettre des signes noirs sur une feuille blanche. Certains étaient à l’aise à l’oral, d’autres l’étaient plus à l’écrit. L’oral a toujours terrorisé plus que l’écrit. Les affres de la feuille blanche étant certainement plus supportables que les intimidations du jury de l’oral.
Ceux qui ont fait de l’écrit leur métier ont dû mettre dans la balance, le positif, le négatif et tout ce qui s’en suit.
Ceux qui ont fait de l’écriture leur moyen d’expression avaient certes des raisons de le faire.
Ceux qui ont fait de l’écrit leur canal d’expression étaient peut-être trop francs, trop téméraires.
Ceux qui ont lu ont jugé : ils aiment, ils n’aiment pas, ils interdisent, ils menacent, ils répriment.
Une chose est certaine, c’est qu’on peut écrire sans danger mais gare à ceux qui écrivent pour déranger.
Ceux qui écrivent sont courageux, ceux qui sont dérangés sont faibles, ceux qui répondent sont courageux, ceux qui punissent sont INQUALIFIABLES